Passengers, un film de Morten Tyldum : Critique

Après le biopic à Oscars, le réalisateur Morten Tyldum se lance avec Passengers dans le blockbuster estampillé SF. Avec savoir-faire, il livre une romance classique mais sympathique pour finalement tomber très vite dans le grand n’importe quoi.

Synopsis : L’Avalon est un vaisseau faisant route vers une lointaine planète colonisée. À son bord, plus de 5 000 passagers sont plongés dans un coma artificiel, afin de supporter ce périple de 120 ans. Mais durant le voyage, une capsule d’hibernation dysfonctionne et réveille son occupant, James Preston, 90 ans trop tôt. Devant faire face à l’incapacité de se « rendormir » et donc à une dure réalité, il va devoir y mener sa vie en solitaire. Au bord de la déprime, il décide de réveiller Aurora Dunn, une jeune femme dont il est tombé éperdument amoureux. Ainsi commence pour les deux passagers une longue existence isolée de tous, que menacent les nombreuses avaries du vaisseau…

Une rafraîchissante romance spatiale qui part à la dérive

Pour son premier long-métrage en langue anglophone (Imitation Game), Morten Tyldum était entré par la grande porte. Et pour cause, le cinéaste norvégien a su se faire remarquer par les studios hollywoodiens en livrant un biopic à Oscars (huit nominations, dont Meilleur scénario adapté en poche), mené d’une main de maître par Benedict Cumberbatch. Une œuvre certes imparfaite mais qui convainquit les producteurs de lui donner les rênes d’un projet bien plus ambitieux. Un blockbuster à gros budget (120 millions de dollars) se déroulant dans l’espace tiré d’une nouvelle de Philip K. Dick. Mais le bonhomme avait-il suffisamment d’épaules pour y porter un tel projet ? Si le savoir-faire est au rendez-vous de ce Passengers, Tyldum n’aura pas su se démarquer de la machine hollywoodienne pour permettre à son film de s’envoler au-delà des étoiles.

En même temps, de la part du producteur Neal H. Moritz (Fast & Furious, xXx, Urban Legend, Souviens-toi… l’été dernier), il ne fallait vraiment pas s’attendre à monts et merveilles !  Les nombreuses bandes-annonces annonçaient la couleur, en dévoilant un divertissement alliant romance et action spectaculaire qui préfère en mettre plein la vue plutôt que de mettre en avant les thématiques propres à Philip K. Dick. S’il existe des exceptions (Blade Runner, Total Recall et Minority Report), les adaptations de l’auteur n’ont jamais réussi à lui faire honneur au cinéma. Et Passengers ne déroge pas à la règle en se présentant au public tel un film d’une banalité scénaristique désespérante. Pire, le script ne reprend que les premières lignes de la nouvelle (un homme se réveillant lors d’un voyage spatial de plusieurs décennies) pour emmener le tout en pleine foire des clichés hollywoodiens : romance prévisible, répliques téléphonées… Si vous pensiez avoir de l’intelligence ou même ne serait-ce qu’une once de suspense, vous vous êtes tout bonnement trompés de séance !

Pourtant, le film captive, du moins dans sa première partie. Malgré son classicisme aussi gros qu’une maison, Passengers possède suffisamment d’atouts en poche pour être un blockbuster efficace dans ce qu’il entreprend. À savoir mettre en scène une romance qui tient la route, notamment grâce à un couple vedette diablement glamour. Si Chris Pratt a encore du chemin à parcourir au niveau de son jeu d’acteur en matière de dramatisation, il sait y faire en matière de décontraction. Quant à Jennifer Lawrence, elle n’a décidément plus rien à prouver quant à ses talents de comédienne tout-terrain. À eux deux, ils forment un duo attachant que l’on a envie de voir évoluer dans ce somptueux vaisseau, mis en images par le biais de très bons décors et effets spéciaux. Le tout plongé dans une ambiance hypnotisante, se balançant entre les compositions mystérieuses de Thomas Newman et de la légèreté plus que bienvenue (principalement amenée par le personnage de Michael Sheen). Bref, vous l’aurez compris : Passengers se révèle être une romance très sympathique et touchante, par moments envoûtante avec ces plans spatiaux et qui mérite l’achat du ticket.

Malheureusement, la seconde partie vient tout gâcher, et pas qu’un peu ! Jusque là cantonné à son histoire d’amour, Passengers dévie vers l’action pure et dure mais surtout le grand n’importe quoi n’ayant tout simplement aucun sens. Tentant de régler les problèmes rencontrés par le vaisseau le conduisant à sa perte, les deux héros vont alors enchaîner des péripéties d’une invraisemblance grotesque. L’ensemble a beau se montrer tendu avec ses effets spéciaux et sa musique, c’est plutôt l’ennui qui pointera le bout de son nez, à cause d’un montage sans génie, de répliques qui feront plus rire qu’autre chose et de tant de clichés délivrés à la pelle que cela en devient indigeste. Et même si la romance reprend le dessus sur la fin, elle ne fonctionne plus du tout, Passengers étant tombé dans le ridicule le plus abyssal qui soit. Il suffit de voir les dernières minutes du film pour s’en rendre compte, ce dernier proposant un rôle très minimaliste à Andy Garcia (même pas 5 secondes à l’écran) et nous jetant à la figure une morale écologiste sortie de nulle part. « Quel beau gâchis » seront sans nul doute les mots qui vous viendront à l’esprit aussitôt le générique de fin commencé.

Surtout qu’à la vue de sa première partie, Passengers avait tout ce qu’il fallait pour finir l’année 2016 non pas en beauté (n’exagérons rien !) mais avec savoir-faire. Cependant, bien qu’il ait eu le talent nécessaire à mener ce blockbuster à bien, Morten Tyldum n’aura pas su se défaire d’un cahier des charges hollywoodien imposant action démesurée et happy end niaiseux, avec lesquels il n’est pas encore habitué. Peut-être pour la prochaine fois ! Mais ne vous inquiétez pas : si vous voulez une nouvelle adaptation de Philip K. Dick qui promet, nous vous conseillons de patienter jusqu’au 4 octobre prochain, date à laquelle sortira le très attendu Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve. Car là, comme peut déjà en témoigner la première bande-annonce, le chef-d’œuvre de science-fiction est quasiment à portée de mains !

Passengers : Bande-annonce

Passengers : Fiche technique

Titre original : Passengers
Réalisation : Morten Tyldum
Scénario : Jon Spaihts, d’après la nouvelle Le voyage gelé de Philip K. Dick
Interprétation : Jennifer Lawrence (Aurora Dunn), Chris Pratt (James ‘Jim’ Preston), Michael Sheen (Arthur), Lawrence Fishburne (Gus Mancuso), Andy Garcia (Morris), Kimberly Battista (l’officier Fitzgerald), Jamie Soricelli (une passagère), Aurora Perrineau (Céleste)…
Photographie : Rodrigo Prieto
Décors : Guy Hendrix Dyas
Costumes : Jany Temime
Montage : Maryann Brandon
Musique : Thomas Newman
Producteurs : Stephen Hamel, Michael Maher, Ori Marmur et Neal H. Moritz
Productions : Columbia Pictures, LStar Capital, Village Roadshow Pictures, Original Film, Company Films, Start Motion Pictures et Wanda Pictures
Distribution : Sony Pictures Releasing
Budget : 120 M$
Durée : 116 minutes
Genre : Science-fiction
Date de sortie : 28 décembre 2016

États-Unis – 2016

 

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Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

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