L’Histoire de l’Amour, un film de Radu Mihaileanu : Critique

Cinq ans après La Source des femmes Radu Mihaileanu revient avec L’Histoire de l’Amour, une adaptation du roman de Nicole Krauss. Entre amour passionnel et déchirements émotionnels, Mihaileanu sacralise un récit magnifique, malgré des lourdeurs passagères.

Synopsis: Il était une fois un garçon, Léo, qui aimait une fille, Alma. Il lui a promis de la faire rire toute sa vie. La Guerre les a séparés – Alma a fui à New York – mais Léo a survécu à tout pour la retrouver et tenir sa promesse. De nos jours, à Brooklyn, vit une adolescente pleine de passion, d’imagination et de fougue, elle s’appelle aussi Alma. De l’autre côté du pont, à Chinatown, Léo, devenu un vieux monsieur espiègle et drôle, vit avec le souvenir de « la femme la plus aimée au monde », le grand amour de sa vie. Rien ne semble lier Léo à la jeune Alma. Et pourtant… De la Pologne des années 30 à Central Park aujourd’hui, un voyage à travers le temps et les continents unira leurs destins.

Une fresque romanesque, lourde mais juste, sur l’Amour et l’Homme

Depuis ses prémices en tant que cinéaste, Radu Mihaileanu a construit son style sur une base sentimentale prépondérante. Parfois lourde mais toujours juste, cette volonté d’haranguer les sentiments du spectateur permet de s’identifier formellement aux personnages, une prouesse aux abords minime, mais qui s’avère bien plus réussie qu’il n’y paraît. En effet, l’émotion constitue le personnage récurrent de sa filmographie, une force puissante et inarrêtable, puisant dans la justesse la plus pure pour nous émouvoir. Malgré la lourdeur sous-jacente à cette exaltation, la beauté symbolique de son œuvre nous emporte autant qu’elle nous marque et place son auteur, dans le cercle très fermé des réalisateurs majeurs de notre société. C’est donc avec une impatience non assumée qu’on attendait L’Histoire de l’Amour, adaptation de l’auteure américaine passionnée Nicole Krauss, un récit choral transgénérationnel qui sonne comme une évidence dans l’esprit de Mihaileanu. Ainsi, le long métrage est digne de l’auteur, à la fois tragique et drôle, bouleversant et pathétique. Malgré ses lourdeurs, L’Histoire de l’Amour est le successeur d’un genre cinématographique absent des productions françaises : la fresque romanesque.

Une technique au service de l’Émotion

Malgré une signature visuelle peu évidente, on reconnaît sans peine la patte de Radu Mihaileanu dans la conception du long métrage. Entre séquences émotionnelles fortes, caractérisations simples (parfois convenues) de certains personnages et humour réjouissant, L’Histoire de l’Amour est bien le film de son auteur. Une ferveur qui se ressent à chaque instant, tant l’énergie et la passion déployées transparaissent des deux heures et quinze minutes de pellicules. De même, la performance tout en justesse des acteurs, permettent une immersion totale dans un récit faisant la part belle aux relations humaines, ces dernières étant en conséquence, différentes, selon la génération abordée. Sans nul doute, ce sont Derek Jacobi et Elliot Gould, deux « gueules » du cinéma américain des années 80, à qui l’on accorde notre plus grand attachement, tant leurs compositions nous provoquent un camaïeu d’émotions (joie, doute, tristesse) et reflète la force profonde du long métrage. Ce sont également les talentueuses Sophie Nelisse (La voleuse de Livres) et Gemma Arterton qui procurent un plaisir réel de visionnage. De même, la photographie chaude et agréable de Laurent Dailland, collaborateur historique du réalisateur, réchaufferait même le plus gelé des cœurs. Enfin, la partition musicale d’Armand Amar finit d’émouvoir aux larmes le spectateur adepte du genre, quand celui désireux d’une prise de risque sera déçu par un classicisme inhérent au style de Radu Mihaileanu. La reconstitution historique, notamment celle du New York post Seconde Guerre Mondiale est également à mettre au crédit du réalisateur et du long métrage, confirmant un travail visuel soigné, une véritable réussite source d’émerveillement pour le spectateur.

Malgré la justesse, un rythme décousu et des lourdeurs parsemées

Si la performance technique de L’Histoire de l’Amour est une réussite, Mihaileanu conserve malheureusement ce qui lui a fait défaut de nombreuses fois : forcer le sentiment jusqu’à écœurement. Si le long métrage reste correctement dosé, certaines séquences émouvantes restent démesurément larmoyantes, au point de sortir les violons et d’appuyer jusqu’à la rupture. Ce sentiment désagréable d’être volé dans sa propre sensibilité entraîne, ainsi, un détachement du spectateur face au métrage. Un problème que Radu esquive le plus possible mais qui reste comme une gangrène dans le récit, ce qui paraîtra comme un calvaire pour le spectateur peu réceptif à l’émotion constante. De même, le récit choral décousu et faussement complexe en début de long métrage empêche une quelconque immersion, tant l’attention se porte sur la cohérence du récit plutôt que la découverte des enjeux. Le rythme reste donc inégal, oscillant entre instants feel-good très divertissants et discours étonnamment guimauves d’une longueur interminable. De ce fait, c’est l’adaptation même qui souffre de son statut, du fait d’une transcription le plus fidèlement possible au support originel de Nicole Krauss. C’est l’une des seules choses à imputer à l’auteur, plutôt passif dans sa capacité d’adapter, quand son talent d’écriture aurait apporté plus de surprises à une intrigue au déroulement confus. Enfin, on regrettera une durée sûrement un peu trop longue, la faute à un fil rouge bien trop étiré pour le peu de thématiques traitées.

Ainsi, L’Histoire de L’Amour renoue avec la grande tradition du drame romanesque, tout en stylisant un récit des plus émouvants et magnifie un propos sur l’Homme et l’Amour. Le talent de Radu Mihaileanu transcende les âges pour émerveiller et donner envie d’aimer. De ce fait, malgré quelques longueurs, cette fresque romanesque à travers les générations et les sociétés, marque par sa générosité, sa justesse et sa beauté.  Il s’impose donc comme une référence au sein de la filmographie de son auteur et se place aisément comme l’un des meilleurs films de l’année.

L’Histoire de l’Amour : Bande-annonce

L’Histoire de l’Amour : Fiche Technique

Titre original : The History of Love
Réalisation : Radu Mihaileanu
Scénario : Radu Mihaileanu et Nicole Krauss
Interprétation: Gemma Arterton (Alma Mereminski), Derek Jacobi (Léo), Sophie Nélisse (Alma jeune), Elliot Gould (Bruno Leibovitch), Mark Rendall (Léo jeune)
Décors : Kris Moran, Suzanne Cloutier et Christian Niculescu
Costumes : Viorica Petrovici
Montage : Ludo Troch
Musique : Armand Amar
Production : Radu Mihaileanu, Xavier Rigault et Marc-Antoine Robert
Sociétés de production : 2.4.7 Films et Oï Oï Oï Productions
Sociétés de distribution : Wild Bunch (France)
Langue : Anglais
Durée : 134 minutes
Genre : Drame, Romance, Fantastique
Dates de sortie : 9 novembre 2016

France, Canada, USA, Roumanie – 2015

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Aaahh Belinda : pépite féministe du cinéma turc

Fort d’un dispositif mêlant confusion des réalités et dédoublement des identités, Aaahh Belinda d’Atıf Yılmaz s’affirme comme un conte féministe moderne, à la croisée de la comédie, du fantastique et de la fable allégorique. Derrière une esthétique parfois modeste, le film révèle une richesse de lecture et une portée politique affirmée : en faisant basculer Serap dans la vie de Naciye, il montre combien le quotidien constitue à la fois le lieu de la domination et le premier espace de résistance.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.
Louis Verdoux
Louis Verdouxhttps://www.lemagducine.fr/
Louis Verdoux : Lycéen passant en première économique et sociale, j'ai commencé ma passion cinéphilique avec le film Spider-Man de Sam Raimi, devenu mon super héros préféré. Cependant mon addiction au cinéma s'est confirmé avec deux films, The Dark Knight de Christopher Nolan et surtout Drive de Nicolas Winding Refn que je considère encore comme mon film préféré. En si qui concerne mes goûts, je suis quelqu'un de bon public donc je déteste rarement un film et mes visionnages ne se limite à aucun genre, je suis tout aussi bien tenté par Enemy que par Godzilla. Le cinéma est bien plus qu'un art et j'espère vous le faire partager

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.