Festival Lumière : Butch Cassidy, Tarantino et le Kid…

La métropole lyonnaise était à la fête aujourd’hui. Et pour cause, elle lançait les hostilités de son Festival Lumière, événement la voyant se muer le temps d’une semaine riche en surprises et invités, en un cinéma à ciel ouvert brassant autant du coté de Quentin Tarantino que Marcel Carné. Ça valait bien un débrief.

Chaque année, le rituel recommence. En 2015, Thierry Frémaux, insatiable cinéphile au débit mitraillette avait choisi Martin Scorsese, « Marty » pour les intimes ; un cinéaste à la carrière légendaire et à la cinéphilie dévorante. Un an après, et alors que le monde du cinéma ploie sous les attaquées liées à l’inhérent sexisme qui s’y dissimule, voir ce même Frémaux décerner son prix à l’égard d’une femme parait donc tout sauf anodin. Et encore plus quand la femme choisie est l’une des plus grandes de sa profession. Mais, lorsque interrogé sur le sujet, l’actuel Monsieur Loyal du Festival de Cannes botte en touche. « Ce n’est pas une question de politique » dit-il, « c’est une affaire artistique ». Et malgré tout ce qui se dit, on ne peut que lui donner raison. De Jacques Demy à Régis Wargnier en passant par Tony Scott, celle que l’on connait à l’état civil sous le nom de Catherine Dorléac, a depuis longtemps fait état de son talent. Un talent qui ne pouvait se voir ignoré davantage et que Frémaux, accompagné de son fidèle comparse/mentor Bertrand Tavernier a tenu à célébrer par une soirée inaugurale aux airs de manifeste de ce que sera l’évènement : une bonne fête de potes.

Une soirée très détendue…

Car oui, à peine le temps de voir les dernières lueurs de soleil se lézarder sur le carreau de la Halle Tony Garnier que déjà l’ambiance est là. Posée. Du U2 qui tourne à pleins tubes, des festivaliers pressés à la recherche des meilleures places, des bénévoles convertis en vendeur (on vous conseille le T-Shirt), bref ça bourdonne comme dans une ruche qui attend (impatiemment) sa reine. Maintes fois prononcé, susurré et crié, on ne voit cela dit toujours pas Catherine Deneuve arriver. On se contente de Monica Bellucci (sublime), puis Lambert Wilson (fringuant comme jamais),festival-lumiere-quentin-tarantino-thierry-fremaux ou encore Walter Hill, Jerry Schatzberg, Elza Zylberstein, ou plus étonnant, Laurent Wauquiez, qui se fera copieusement huer. Très vite, un va-et-vient se perpétue sur le tapis rouge, le tout au son d’«Ecstasy of Gold» d’Ennio Morricone, comme pour mieux galvaniser une foule déjà (presque) en délire. Thierry Frémaux, en chef de file, multiplie les escortes, accompagnant l’humoriste Ramzy Bédia avec qui il échange une boutade, ou épaulant Line Renaud, 88 ans au compteur. Tout ça pour finalement voir le joyeux brouhaha auquel on venait à peine de s’acclimater, se transformer en un silence de cathédrale lorsque résonne les premières notes de «Little Green Bag», chanson emblématique du Reservoir Dogs de Tarantino et aussi jingle sonore utilisé en long, en large et en travers pour annoncer la venue du natif du Tennessee dans la salle. A peine le temps de réaliser que voilà Mr Pulp Fiction, tout sourire débarquant avec la nonchalance et ce degré de confiance qui le caractérise. Les invités réunis au grand complet, Frémaux peut alors mettre la machine en marche. Il est 18h30, et ça tombe bien car c’est justement l’heure qu’il a choisi pour donner fièrement au public le spot du cru 2016. L’occasion de voir Buster Keaton se mélanger à Park Chan Wook ; Gaspard Noé se frotter à la douceur de l’œuvre de Dorothy Azner, ou encore David Lean (Lawrence d’Arabie) rencontrer Brad Bird (Le Géant de Fer). Bref, encore une fois un programme très éclectique, qui sera cette année encore très vaste car pas moins de 395 séances pour 177 films différents sont à prévoir. Mais, point question pour lui de faire étalage de l’éclectisme du programme puisque Frémaux, très avenant dès lors qu’on parle du festival, se lance dans une (longue) session de remerciements. Il faut dire que vu l’armada déployée chaque année, entre sponsors, bénévoles et autres producteurs, la liste est longue pour remercier quiconque a aidé à transformer cette lubie de cinéphile en festival couru de par la ville. L’occasion pour lui, outre de remercier la métropole de Lyon, puis le couple (disparu) Alice et Bernard Chardière qui ont crée l’Institut Lumière, de se pencher sur ce qui est le thème de ce cru 2016 : les femmes. Qu’elles soient fatales, prédatrices, amoureuses ou dominatrice, elles sont le fer de lance du programme concocté par ses soins et auquel il y a justement dédié un encart, sobrement nommé « Hollywood et les Femmes ». De quoi afficher avec toute la lucidité qu’on lui connait, le signe d’un festival conscient des problématiques inhérentes à la représentation féminine. Il en a dans les idées le Frémaux. Des idées qui justement l’auront incité à proposer Quentin Tarantino comme parrain du film d’ouverture. Sans surprises avec QT, place à un chef d’œuvre du cinéma américain, qui plus est porté par 2 stars incontournables, Paul Newman et Robert Redford : Butch Cassidy et le Kid.

Butch Cassidy & Le Kid : un western majeur.

Western solaire, impertinent et irrévérencieux, Butch Cassidy et le Kid est de l’aveu de Tarantino, un des films les plus marquants du cinéma US. Autant dire une cible de choix pour quiconque s’estime cinéphile, et ce, d’autant plus pour QT qui, émotion aidant, se livre au public et notamment le rapport qu’il entretient vis à vis de ce western. Ainsi, on apprend, non sans curiosité, que c’est le premier film qu’il a vu à Hollywood, et que déjà le ton furibard et très décontracté l’avait séduit (rappelons qu’il n’avait que 6 ans à l’époque).  A l’arrivée, le film est une rareté sans égale. Niché dans une copie pellicule qui en a vu hélas beaucoup d’autres, le film étaye la vie du tandem Butch Cassidy / Sundance Kid, joué respectivement par Paul Newman et Robert Redford. Un duo à l’alchimie imparable, qui fait sans surprise le sel de ce western comique, un brin irrévérencieux et franchement blagueur, surtout quant l’on sait qu’il tend à représenter les derniers jours du célèbre bandit du début du 20ème siècle. Porté par deux acteurs au sommet et une musique sentant bien bond le vintage, le film déploie les moments de bravoures. Entre des attaques de trains, des poursuites à cheval et une balade en vélo sur « Raindrops Keep Falling on My Head », le film déploie une telle sincérité et vitalité en même temps qu’on à peine à penser qu’il fêtera son demi-siècle d’existence dans à peine 3 ans.

Butch Cassidy et le Kid : Bande-Annonce

 

 

Festival

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Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
J'ai une profonde admiration pour les sushis, James Bond, Leonardo DiCaprio, Apocalypse Now, Zodiac, les bons films et le ski. Pas forcément dans cet ordre. Et à ceux pouvant critiquer un certain amateurisme, je leur répondrais simplement que l'Arche de Noé a été fabriqué par des amateurs et le Titanic par des professionnels.

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