Une Vie entre Deux Océans, un film de Derek Cianfrance : Critique

Trois ans après l’exceptionnel The Place Beyond The Pines, Derek Cianfrance livre une histoire d’amour déchirante de véracité, illustrée d’images envoûtantes avec le film Une Vie entre Deux Océans.

Synopsis : Tom Sherbourn est un ancien combattant ébranlé par la Première Guerre Mondiale. De retour en Australie et désireux de s’isoler après le conflit, il se propose d’être le nouveau gardien du phare de Janus, une petite île perdue entre deux océans. Avant son départ, il fait la connaissance d’Isabel, victime elle aussi de la guerre, qui insiste pour l’accompagner.

Seuls au monde

Une Vie entre deux Océans est l’adaptation cinématographique du premier roman de l’Australienne M.L. Stedman, qui a connu un succès international impressionnant. Publié aux États-Unis en juillet 2012, il a immédiatement conquis le public et la critique. Inscrit sur les listes de best-sellers du New York Times et de USA Today, le roman a par ailleurs été sacré « Meilleur livre du mois d’août 2012 ». Depuis, il a été traduit en 35 langues et Derek Cianfrance en a fait un film.

Le réalisateur de Blue Valentine (2010) et de The Place Beyond The Pines (2013) est un amateur de beau et ça se voit. Ses plans de toute beauté ainsi que sa maîtrise et son audace technique font de Derek Cianfrance un réalisateur à suivre, un conteur capable d’embellir une histoire par l’image et la finesse de ses propos.

Amour, toujours

Dans ce dernier film en date, on retrouve les thèmes chers au cinéaste, à savoir la relation parents-enfant, les retrouvailles ou encore l’identité, déjà présents dans les deux œuvres précédentes du réalisateur.

Dans Une Vie entre deux Océans, ce n’est pas tant la révélation qui compte que la trajectoire. Le couple de personnages se retrouve confronté au mensonge et à la vérité, capables l’un comme l’autre de souder et détruire leur relation. C’est une histoire de vies, une histoire de pardon.

Un jeu de piste aussi. Les événements s’enchaînent et le contrôle échappe peu à peu aux personnages qui possèdent la clé, sans toutefois savoir quelle porte ouvrir. 

C’est également par le travail exceptionnel de la photographie ; panoramas à couper le souffle, portraits aériens, et à ses plans séquences caractéristiques, que Derek Cianfrance laisse son empreinte. 

Derek Cianfrance a très bon goût et ne lésine pas sur les moyens pour faire ressortir le meilleur de ses œuvres. Pour cela, il s’entoure de qualité, à commencer par ses acteurs.

Il délaisse pour ce troisième long métrage depuis 2010, son acteur fétiche Ryan Gosling, pour offrir le rôle de Tom Sherbourn, un soldat profondément marqué par les horreurs de la guerre, au non moins talentueux Michael Fassbender. On découvre l’acteur dans un rôle peu bavard mais particulièrement poignant, des caractéristiques que l’on retrouvait déjà chez le personnage de Brandon dans Shame, que Michael Fassbender avait interprété en 2011.

Le premier rôle féminin est confié à la jeune et charmante Alicia Vikander, très remarquée en Gerda dans le très beau The Danish Girl de Tom Hooper, sorti en janvier dernier. C’est son rôle dans Royal Affair qui a séduit le réalisateur. L’actrice revêt à nouveau le costume d’époque et il faut bien admettre qu’il lui va à ravir.

Rachel Weisz que l’on a pu voir l’année dernière dans The Lobster et Youth, surprend à nouveau par sa performance.

Anecdote amusante : Les deux actrices ont toutes les deux donné la réplique à Matt Damon dans la saga Jason Bourne. C’était en 2012 pour Rachel Weisz et dans l’opus récemment sorti, en août 2016, pour Alicia Vikander.

Pour la Bande Originale, Cianfrance fait appel au très côté Alexandre Desplat qui signe une nouvelle composition aussi envoûtante que les images du film.

Le duo Alicia Vikander/Michael Fassbender (en couple dans la vie) impressionne par sa sincérité et sa complicité, donnant vie à un scénario troublant. La mise en scène sert un décor unique et la musique emporte le spectateur si toutefois, jusqu’à présent, il n’avait pas encore été transporté.

Une Vie entre Deux Océans : Bande Annonce

Une Vie entre Deux Océans : Fiche technique

Titre original : The Light Between Oceans
Réalisation : Derek Cianfrance
Scénario : Derek Cianfrance
Interprétation : Michael Fassbender, Alicia Vikander, Rachel Weisz, Anthony Hayes, Caren Pistorius, Leon Ford
Photographie : Adam Arkapaw
Musique : Alexandre Desplat
Costumes : Erin Benach
Récompense et Festival : Sélection officielle à la Mostra de Venise 2016
Durée : 133 minutes
Genre : Drame, Romance
Date de sortie : 5 octobre 2016

Etats-Unis-2016

Auteur : Yael Calvo

 

 

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Toy Story 5 tire la corde vers l’infini et au-delà

"Toy Story 5" déçoit malgré une belle animation. Woody trahit sa fin du quatrième opus, Buzz reste secondaire et c'est Jessie qui porte tout le poids émotionnel du film. Un scénario qui ne décolle jamais, des décors paresseux... Disney a-t-il fini par essorer sa propre saga ?

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.

Toy Story 5 tire la corde vers l’infini et au-delà

"Toy Story 5" déçoit malgré une belle animation. Woody trahit sa fin du quatrième opus, Buzz reste secondaire et c'est Jessie qui porte tout le poids émotionnel du film. Un scénario qui ne décolle jamais, des décors paresseux... Disney a-t-il fini par essorer sa propre saga ?

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.