Mechanic Resurrection, un film de Dennis Gansel : Critique

En bon donneur de torgnoles qu’il est, Jason Statham a cru bon de faire état de son talent de poutreur de méchants pour la belle Jessica Alba. Mais avec un script inexistant, une menace risible et un casting aux fraises, difficile de s’éprendre pour cette (involontaire) comédie de série B qui vire au nanar.

Synopsis : Arthur Bishop pensait qu’il avait mis son passé de tueur à gages derrière lui. Il coule maintenant des jours heureux avec sa compagne dans l’anonymat. Mais quand son plus redoutable ennemi enlève sa femme, il est obligé de parcourir le monde pour remplir trois assassinats impossibles. Et comme toujours, il doit faire en sorte que ses exécutions ressemblent à des accidents. Une course contre la montre sans relâche s’engage.

Il est de ce monde, des addictions qui nous dépassent. Les pizzas hawaïennes, Pokemon Go, le tuning ou encore, et c’est là que ça nous intéresse, le besoin qu’à Jason Statham de donner des tatanes. Qu’il soit chauffeur, ex-barbouze, taulard, ou homme respectable, l’ex-plongeur officiel de sa Majesté aura passé une bonne partie de sa carrière à s’improviser boxeur en herbe, quitte à transformer sa filmographie en une gigantesque suite de coup de poings, plaquages et autres jets de violence ininterrompus. Fatalement, le voir donc s’approprier l’habit d’un tueur à gages sans scrupules ne pouvait guère nous impressionner. Cela dit, ce qui pouvait nous surprendre, c’était de le revoir fièrement arborer les habits de ce tueur porté sur la musique classique et les plans sans accrocs, alors que sa première aventure, sobrement appelé Le Flingueur (2011) dans l’Hexagone (The Mechanic dans la langue de Shakespeare) n’avait pour ainsi dire pas vraiment touché dans le mille. Pour autant, passé la surprise, si ce n’est l’incompréhension que de donner une suite au long-métrage susvisé, qu’on qualifiera sans problème ici de « petit » film dans la longue liste des Jason Statham’s movies (certains diront même la Stathamxploitation), on n’osait pas trop assumer le fait que les nouvelles aventures de ce soldat burné et pas trop adepte de la bienséance nous séduise. Et ce autant pour le nawak planant autour de son intrigue trop cliché pour être vrai que pour le bestiaire de vieux briscard qu’il renferme (Michelle Yeoh et Tommy Lee Jones en tête). Mais comme le dit si bien l’expression, l’enfer est pavé de bonnes intentions.

Un Hitman du pauvre.

Terré dans l’anonymat des suites de sa prétendue mort, Arthur Bishop a laissé derrière lui les plans bien rodés et les morts accidentelles dont il s’était fait l’artisan. Mais l’appel du devoir revient au galop le jour où sa compagne du jour, campée par la revenante Jessica Alba, se fait kidnapper par un obscur ennemi, ayant vraisemblablement une dent contre l’Expendable chauve. Le voilà alors contraint de procéder à trois meurtres maquillés en accident, s’il veut revoir sa dulcinée. Autant dire une mission limpide pour le britannique, qui s’il n’a rien perdu de son charisme d’arracheur de dents, semble accuser le coup d’une certaine lassitude à jouer les tueurs à la manque. Ne serait-ce que dans l’introduction, supposée se passer à Rio mais qu’on pressent sans trop se mouiller, se dérouler dans un obscur studio bulgare pour cause de fonds verts omniprésents, on sent que la lassitude a gagné toute l’équipe.  Ce n’est pas faute cela dit d’avoir voulu y déroger en rameutant l’un des espoirs du cinéma allemand, le dénommé Denis Ganssel, auquel on doit le reconnu La Vague. Mais à l’instar des gros majors draguant désespérément des cinéastes auteurs, la mécanique est parfois difficile à mettre en branle si bien que le film se paie une identité dualiste pour ne pas dire schizophrène entre un cahier des charges préétabli et un réalisateur carrément aux fraises et n’ayant aucune emprise sur son projet. Et ce clivage se révèle être bien plus présent qu’escompté. Entre une intrigue pour le moins absurde car jouant des poncifs inhérent au genre, un méchant aux intentions caricaturales et jouant des mécaniques à en faire pâlir Christoph Waltz, et une plante verte, pardon Jessica Alba, supposée être une ex-soldat et ne sachant pas se battre, le film multiplie les invraisemblances quitte à transformer Statham, pourtant aussi appréciable et charismatique qu’une endive au gruyère, en homme providentiel. Ne reste alors qu’une esthétique de série B et une intrigue délibérément voulue comme mondiale, comme pour mieux révéler son criant manque de génie, pour pouvoir un tant soit peu apprécier cette bouillie qu’on croirait tout droit sortie des studios Asylum.

Outre son caractère dispensable, ce Mechanic Resurrection multiplie les bévues à une telle vitesse qu’on a bien du mal à trouver ne serait-ce qu’une qualité pour le réhabiliter. Raté, crétin et hautement indigeste, nul doute que ce nanar sonnera le glas de la carrière de tueur à gage de Statham. Mais qu’importe, il y aura toujours une profession où le bougre pourra passer son temps à poutrer du vilain. Il suffit d’être patient. 

Mechanic Resurrection : Bande-Annonce

Mechanic Resurrection : Fiche Technique

Titre original : Mechanic: Resurrection
Réalisation : Dennis Gansel
Scénario : Philip Shelby et Tony Mosher
Interprétation : Jason Statham (Arthur Bishop), Jessica Alba (Gina), Tommy Lee Jones (Max Adams), Michelle Yeoh (Mae), Sam Hazeldine (Craine)…
Direction artistique : Sebastian T. Krawinkel
Décors : Aaron Haye
Costumes : Preeyanan Suwannathda
Montage : Ueli Christen
Musique : Mark Isham
Photographie : Daniel Gottschalk
Production : Robert Chartoff, Frank DeMartini et David Winkler
Sociétés de production : Chartoff-Winkler Productions, Davis-Films et Millennium Films
Sociétés de distribution : Lionsgate / Summit Entertainment (États-Unis), Metropolitan Filmexport (France)
Budget : NC
Langue originale : anglais
Genre : action
Durée : 99min
Date de sortie : 31 Aout 2016

Etats-Unis/France – 2016

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Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
J'ai une profonde admiration pour les sushis, James Bond, Leonardo DiCaprio, Apocalypse Now, Zodiac, les bons films et le ski. Pas forcément dans cet ordre. Et à ceux pouvant critiquer un certain amateurisme, je leur répondrais simplement que l'Arche de Noé a été fabriqué par des amateurs et le Titanic par des professionnels.

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