Mimosas, la voie de l’Atlas, un film d’Olivier Laxe : Critique

Une œuvre unique qui offre une magnifique vision mystique de l’islam, à peine appesantie par l’obscurantisme propre à son lyrisme coranique et par le rythme étiré imposé par sa dimension picturale.

Synopsis : Dans les hautes plaines de l’Atlas marocain, une caravane est reconvertie en escorte funéraire, chargée d’accompagner un cheikh dont la dernière volonté est d’être enterré auprès des siens. Mais, à la mort de celui-ci, et malgré l’abandon de nombre des leurs, Saïd et Ahmed, mus par l’appât du gain, rejoint par le mystérieux Shakib, tentent de mener le voyage jusqu’à son terme.

Bien plus profond qu’une escapade contemplative

Même s’il est plus linéaire que son premier film, Vous êtes tous des capitaines, réalisé en 2010, ce second long-métrage d’Oliver Laxe n’en reste pas moins une œuvre baroque dans sa façon d’être bâtie sur une narration éclatée teintée de mysticisme religieux. Sa grande réussite est en fait d’avoir su insuffler une atmosphère de conte fantastique dans un récit romanesque que l’on peut aisément qualifier de l’improbable qualificatif de « western moderne musulman». Laxe nous fait partager son image du Maroc, son pays d’adoption, celle d’un point de télescopage entre traditions ancestrales et modernité désenchantée. C’est ainsi qu’il a conçu sa fiction comme la rencontre entre des personnages dont le parcours, localisé dans les montagnes escarpées à l’écart de la civilisation, semble intemporel, et d’autres issus d’un milieu moins attirant puisqu’on y reconnait ce que le monde d’aujourd’hui peut avoir de moins glamour, à savoir une horde de demandeurs d’emploi dans une fourrière de voitures abandonnées.

Mais la question que le film laisse dès lors en suspens est celle de la réalité de ces deux espaces temporels. Shakib, ce chauffeur de taxi et prédicateur raté à ses heures perdues, ne serait-il pas en plein voyage intérieur, sa destination n’étant alors pas le village de ce cheikh mort mais bien une sorte d’épiphanie religieuse ? Ou n’est-il pas, à l’inverse, un esprit venu aider Saïd et Ahmed à faire de leur aventure la source de leur propre rédemption ? Les deux peut-être. L’interprétation allégorique est libre à chacun, mais une chose est certaine, c’est que la foi des personnages sera malmenée, pour être mieux renforcée à l’issue de leur équipée. Si l’on pourra alors toujours reprocher au scénario de ne pas savoir où il va, sa volonté de faire partager au spectateur cette évasion mystique est inattaquable tant sa façon d’éviter de sombrer dans un discours bigot lourdaud est louable. Au lieu de ça, son choix d’avoir recours à la poésie filmique, et aux inévitables égarements narratifs qui vont avec, apparait comme la meilleure solution pour nous faire astucieusement profiter de la réflexion sur l’âme humaine qui vient pimenter ce très beau road-trip.

Car il serait dommage de ne pas mentionner que Mimosas nous offre avant tout des images resplendissantes sur des paysages trop rarement exploités avec un tel aplomb au cinéma. Les nombreux plans larges sur  de vastes étendues désertiques, dans lesquelles les personnages semblent littéralement noyés (avec une force évocatrice qui n’est pas sans rappeler le magnifique Gerry de Gus Van Saint), sont d’une magnificence mémorable et ouvrent une autre piste de lecture –certes plus matérialiste que les précédentes– qui est celle du courage qu’il faut à l’homme pour affronter la nature dans ce qu’elle de plus mortellement aride. Mais puisque la religion n’est jamais loi dans la conception qu’Olivier Laxe donne à son long-métrage, la façon dont les personnages vont surmonter leur couardise face aux contraintes géographiques et autres obstacles mis sur leur trajet  apparaît,  pour les uns comme un acte de foi, pour les autres comme un véritable miracle.

Impossible de nier, au sortir de ce Mimosas, que l’épure formaliste et  l’obscur découpage en chapitres de cette fable ont à peine égratigné la finalité ascétique vers laquelle le réalisateur a su mener sa peinture hypnotique et immersive du Haut-Atlas.  

Mimosas, la voie de l’Atlas : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=8ZytyNjVuF4

Mimosas, la voie de l’Atlas : Fiche technique

Réalisation: Oliver Laxe
Scénario: Oliver Laxe, Santiago Fillol
Interprétation: Ahmed Hammoud, Shakib ben Omar, Said Aagli, Ikram Anzouli, Ahmed el-Othemani, Hamid Fardjad…
Image: Mauro Herce
Costumes: Nadia Acimi
Son: Amanda Villavieja, Emilio García
Montage: Cristóbal Fernández
Producteur(s): Felipe Lage Coro, Lamia Chraïbi, Michel Merkt, Nadia Turincev, Julie Gayet
Production: Zeitun Films, Rouge International, La Prod
Distributeur: UFO Distribution
Récompense: Grand prix de « La semaine de la critique » Cannes 2016
Genre : Drame, western
Durée: 1h36
Date de sortie: 24 août 2016

Espagne, Maroc, France – 2015

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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