Fleabag, une mini-série de Phoebe Waller-Bridge, épisodes 1 et 2 : Critique

Adaptée de sa propre pièce et produit par les frères Williams (Tripped, The Missing), Fleabag, littéralement traduisible par « sac à puce », rejoignant les comédies de la BBC (People Just Do Nothing, Cuckoo, Josh, Witless, Sunny D), est une plongée subversive dans le quotidien d’une jeune femme pas comme les autres.

Synopsis: Fleabag est une jeune femme délurée qui couche avec quiconque s’approche un peu trop près, soutire de l’argent à tous ses proches et refuse toute aide dans sa quête d’une vie indépendante. Brisant souvent le quatrième mur, elle n’hésite d’ailleurs pas à interpeller le spectateur qui porterait un jugement moral sur ses actions…

Vaut mieux en rire qu’en…

Relativement originale, détonante et provocatrice, l’actrice/auteure/productrice Phoebe Waller-Bridge (Broachurch, Crashing) repousse les limites de l’immoralité tout en s’adressant au misérable qui se cache en chacun de nous. Celui ou celle qui cherche à s’accomplir, celui ou celle qui cherche éperdument les secrets du bonheur au travers les multiples relations, au travers les erreurs renouvelées, les relations bancales entretenues avec sa propre famille… Entre la short com française Bref, Louie et Amy Schumer, cette nouveauté en 6 épisodes a débuté le 21 juillet pour nous faire rire tout l’été. Pourquoi les deux premiers épisodes méritent-ils le détour?

La première surprise, sans compter le jeu « hilarant » entre Alexandra Lamy et Tina Fey de l’actrice principale, est la mise en scène, couplée à une écriture simple et décomplexée. En s’adressant directement à la caméra, les maux à la fois pathétiques et risibles de cette jeune trentenaire apparaissent universels. Entre paresse et pis aller, difficile de trouver le petit amant parfait, surtout lorsqu’il revient de lui-même ou qu’il préfère la sodomie pour se sentir tout puissant. Jamais vulgaire, les répliques souvent justes, frappent au coeur de tous ceux qui sont nés entre la génération X et Y. Problèmes financiers, deuil et relations familiales conflictuelles, le tout servi entre deux orgasmes inégaux, le spectateur ne peut que s’attendrir devant ce qu’il a le « malheur » de reconnaître, sa propre déchéance. Heureusement que l’on finit par en rire. En même temps que pourrait-on faire de plus?

Plutôt que de s’apitoyer sur notre sort, Fleabag (en costume de Batman pour enfant dans le clip promotionnel de sa pièce de théâtre), choisit de tourner la situation à un tout autre avantage. Son intérêt propre, sans jamais être égoïste. D’où sort-elle cette force exemplaire après avoir perdue sa meilleure amie et croulant sous les dettes suite à l’ouverture de son café, avec un petit ami tendre à excès? Vivre au temps présent, profitant du peu de ce que la vie semble nous offrir. Y aurait-il une boîte de tampons adaptée à toutes nos fuites existentielles? Bien au contraire, mais la surprise est journalière. Au coin d’un rayon, chez sa belle-mère hypocrite (Olivia Coleman est une incroyable surprise en soi, après la sitcom inégale Flower et bientôt Broadchurch saison 3!!!), auprès de son beau-frère un peu gauche (Brett Gelman, autre surprise, après Married, Another Period et « bientôt » Twin Peaks saison 3!!!), son plan cul du moment, sa sœur coincée, son père absent, son ex futur ex (Hugh Skinner vu dans Poldark et The Windsors), un inconnu rencontré dans le bus … Le relationnel est primordial pour combattre la solitude et les paradoxes.

Brillant de simplicité, cette comédie flirtant avec l’humour noir (ce que les anglais savent faire de mieux) est un bijou incomparable, faisant de notre propre misère, un gage sensationnel vers l’acceptation et l’accomplissement. A suivre…

Fleabag : Extrait épisode 2

Fleabag : Fiche technique

Créatrice : Phoebe Waller-Bridge
Réalisateurs : Harry Bradbeer, Tim Kirkby
Scénariste :  Phoebe Waller-Bridge
Interprètes :  Phoebe Waller-Bridge, Ben Aldridge, Sian Clifford, Bill Paterson, Jenny Rainsford, Hugh Skinner, Olivia Colman, Brett Gelman…
Photographie : Tony Miller, Laurie Rose
Montage : Gary Dollner, Paul Machliss
Musique : Isobel Waller-Bridge
Producteurs : Lydia Hampson, Phoebe Waller-Bridge, Harry Williams, Jack Williams, Adam Browne, Hsinyi Liu
Sociétés de production : Two Brothers Pictures
Genre : Comédie
Format : 22 minutes – en production
Diffusion :BBC3

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Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

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