Irréprochable, un film de Sébastien Marnier : Critique

Au fur et à mesure que le film avance, Constance (Marina Foïs), l’héroïne d’Irréprochable, héroïne si on peut dire, semble gagner dans sa chevelure blonde  (« Tu t’es prise pour Catherine Deneuve ou quoi ?», lui dira Philippe, interprété par Jérémie Elkaïm, son ex), des racines noir corbeau de plus en plus voyantes qui jaillissent de sa tête malade comme autant de fiel symptomatique de sa monstruosité.

Synopsis: Sans emploi depuis un an, Constance revient dans sa ville natale quand elle apprend qu’un poste se libère dans l’agence immobilière où elle a démarré sa carrière, mais son ancien patron lui préfère une autre candidate plus jeune. Constance est alors prête à tout pour récupérer la place qu’elle estime être la sienne. …

Les racines du Mal

Constance est une jeune quadra, agent immobilier au chômage depuis plus d’un an. La première scène du film la montre face à une fenêtre, les yeux perdus dans le vague, le visage dur, fumant une cigarette qu’elle aspire à toute vitesse sans aucun plaisir. La solitude du personnage est criante dès ce début, et la maîtrise du cinéaste, Sébastien Marnier, évidente. La fenêtre est celle d’un appartement géré par son ancienne agence qu’elle occupe illégalement, et qu’elle quitte la tête haute quand elle sera prise sur le fait par une de ses anciennes collaboratrices accompagnée de visiteurs. Car telle est la caractéristique principale de ce personnage trouble : un aplomb maladif et sans limite qui lui donne le ressort pour agir d’une manière de plus en plus désordonnée.

Devenue sans domicile fixe et obligée de retourner dans sa petite province natale, espérant reprendre son poste dans son ancienne agence immobilière, mais la loi du marché étant ce qu’elle est, le poste a été attribué à une nouvelle recrue, moins gourmande en salaires. Pour tenter de récupérer son job, Constance accumule méfaits et mensonges qui la rendent immédiatement antipathique. Anciennes connaissances, ex, ex-employeur, amant de passage, personne n’a le privilège d’être épargné par ses pulsions psycho-névrotiques qui se manifestent sous des formes très variées qui font du film un thriller très abouti, en plus d’être une histoire intime et intimiste sur son héroïne. Contrairement aux thrillers plus classiques, le cinéaste s’attarde beaucoup sur son héroïne dans sa solitude, et il excelle à montrer comment elle fait de son corps une forteresse, afin de protéger plus ou moins inconsciemment son âme vide et/ou tourmentée, et ce, à grands renforts d’activités sportives qui confinent parfois à du pur masochisme. Son corps est sa carapace, mais c’est aussi son seul outil pour attirer le monde dans ses obsessions, que ce soit en proposant à Audrey (Joséphine Japy), la jeune femme qui a « volé » sa place à l’agence, de s’entraîner avec elle, ou que ce soit pour attirer Gilles (Benjamin Biolay), son amant passager (« Je suis à Paris et j’ai une chatte », lui dira-t-elle un jour en guise d’invitation sur le répondeur de son téléphone).

Alors, le corps musclé de Constance (et de Marina Foïs) est exposé à tous vents dans le film, comme rempart donc, mais également comme un moyen de rester en contact avec la réalité, comme une tentative de s’échapper peut-être de sa propre folie : il faut la voir s’allonger nue, arcboutée contre le carrelage de la cuisine comme y cherchant un appui, dans les seuls moments où elle arrive à amener un tant soit peu le spectateur vers l’empathie, car les seuls moments où elle semble vraie, débarrassée de ses monstrueux oripeaux, mais surtout seule, infiniment seule. Rien que pour ces quelques scènes-là, on peut avancer sans se tromper l’idée que Sébastien Marnier, écrivain, scénariste, réalisateur, dont c’est ici le premier long métrage, sera un grand cinéaste dont l’exigence et la justesse de vue, ainsi que la sobriété de la mise en scène seront les atouts majeurs.

Marina Foïs délivre une partition intensément intérieure, centrée sur des jeux de regard totalement en raccord avec le titre choisi pour le film, Irréprochable, : un air d’être dans son droit en toutes circonstances, quelle que soit l’énormité de la forfaiture. Elle n’en fait jamais ni trop, ni trop peu. Dans Darling de Christine Carrière (2007), l’actrice a déjà prouvé que les rôles intensément dramatiques et loin de son répertoire « comique » habituel ne lui font pas peur, bien au contraire… Ses partenaires ne sont pas en reste (Jérémie Elkaïm, Benjamin Biolay, ou encore Joséphine Japy), et parviennent tous à renvoyer en creux une facette ou une autre du personnage de Constance. Chacun a un rôle très précis et clair sans pour autant verser dans les stéréotypes et contribue de manière égale à la réussite d’Irréprochable.

Si on rajoute la lumière extraordinairement chaude du chef opérateur Laurent Brunet,  un travail très intéressant sur le son qui est souvent comme décadré et très présent à l’écran (respirations, pas,…) et une musique que le groupe électro français Zombie Zombie a créée à l’image du film : inquiétant sans en faire trop, à l’image de ces stridences à la Psychose du maître Hitchcock, mais complètement emballées dans un tempo électronique ultra-moderne (L’effondrement – Zombie Zombie, Versatile Records ), alors on a un tableau complet  sur les qualités de ce film, qui à l’instar de son titre, est tout simplement irréprochable…

Irréprochable : Bande annonce

Irréprochable : Fiche technique

Réalisateur : Sébastien Marnier
Scénario : Sébastien Marnier
Interprétation : Marina Foïs (Constance Beauvau), Jérémie Elkaïm (Philippe), Joséphine Japy (Audrey Pailleron), Benjamin Biolay (Gilles Lenquin), Jean-Luc Vincent (Alain), Véronique Ruggia (Avocate)
Musique : Zombie Zombie
Photographie : Laurent Brunet
Montage : Laurence Bawedin
Productrice : Caroline Bonmarchand
Maisons de production : Avenue B Productions
Distribution (France) : Mémento films distribution
Récompenses : –
Budget : 2 300 000 EUR
Durée : 103 min.
Genre : Thriller
Date de sortie : 06 Juillet 2016
France – 2016

 

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Beatrice Delesalle
Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal. Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme. Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent. Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.

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