Cannes 2016 : Nous nous sommes tant aimés d’Ettore Scola, (Cinéma de la Plage)

Ce samedi 22 mai, alors que la fin du festival est au seuil de la croisette, les projections Cinéma de la Plage qui, comme l’indique le nom, ont lieu sur la plage de la croisette, se sont terminé hier avec la projection de Nous nous sommes tant aimés (C’eravamo tanto amati), la formidable comédie à l’italienne du regretté Ettore Scola, décédé en Janvier 2016. Réalisé en 1974, le film suit la rencontre de trois personnages, Gianni, Nicola et Antonio en 1944 dans les combats contre les forces nazis, puis leurs retrouvailles et séparations au fur et à mesure de années. Durant ces différentes décennies, chacun va connaître une relation avec Luciana, jeune et belle italienne rêvant d’être actrice de cinéma et qui finira par épouser l’un d’entre eux.

En suivant ces trois personnages à partir de la fin de la guerre, le film retrace l’histoire de l’Italie, depuis la fin du fascisme aux tourments politiques qui l’ont divisé, à l’image des films du néo-réalisme italien qui filmaient des personnages vivant et traversant la guerre, et surtout l’après-guerre. On peut citer Païsa (1946) et Allemagne Année Zéro (1948) de Roberto Rossellini, ainsi que Le Voleur de Bicyclette (De Sica, 1948)… L’un des personnages, Nicola, interprété par Stefano Satta Flores, est d’ailleurs un connaisseur absolu du renouveau du cinéma italien, à tel point qu’il devra répondre à des questions sur ce thème lors d’un jeu télévisé. Ettore Scola a d’ailleurs dédié son film à Vittorio De Sica. Il s’agit donc d’un hommage double, puisque De Sica est à la fois l’un des pères du néo-réalisme, mais aussi l’un des grands noms, si ce n’est le plus grand, de la comédie à l’italienne : on peut vous conseiller Mariage à l’Italienne (1964, toutefois plus dramatique que drôle), ou encore le génial Hier, aujourd’hui et demain (1963), tous deux avec les sublimes et talentueux Marcello Mastroianni et Sophia Loren. Ce genre s’impose dans les années 50 et 60, et poursuit les héritages du néo-réalisme, on pense ici particulièrement au traitement de l’Italie, de ses individus, de leur vie, leur quotidien, et des problèmes sociaux, économiques et politiques du pays. Cette pratique se fait désormais avec humour, même si le drame est bel et bien là. Ce genre a quelque chose de très particulier, son équilibre étrange, formidable et même miraculeux entre drame, humour du vivant, et comédie cinématographique (burlesque, ou encore via les dialogues parfois succession de punchlines). Scola ne s’arrête pas là dans son voyage dans le cinéma italien, puisqu’il va jusqu’à nous faire vivre la séquence de répétition sur le tournage d’une des plus grandes scènes du cinéma : celle de Marcello Mastroianni et Anita Ekberg à la fontaine de Trevi, dans La Dolce Vita (1960) de Federico Fellini. À noter que Mastroianni et Fellini ont joué leur propre rôle pour cette reconstitution (voir photographies à droite).

Sur la plage, le public était au rendez-vous, l’émotion aussi. Rire, effroi, « oh… » ou bien même des « Oh ! » pouvaient se faire entendre dans les rangs des spectateurs. Flores, Nino Manfredi, et Vittorio Gassman sont toujours aussi vivants. Le film a été projeté dans sa version restaurée, formidable au passage, qui expose à quel point l’œuvre de Scola semble avoir la capacité de traverser les âges, sans freins, avec ses élans de vies inarrêtables. Le film a été salué par des applaudissements et des ovations. Et les spectateurs sont partis souriants, émus et sereins.

Nous nous sommes tant aimés : Bande-annonce originale

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

L’Être aimé : l’autre « Abandon »

Prenant le point de départ du Valeur sentimentale de Joachim Trier, l'histoire d'un cinéaste qui tente de renouer avec sa fille par l'intermédiaire d'un projet cinématographique, Rodrigo Sorogoyen propose une tout autre approche. L'intensité de sa mise en scène raconte le poids d'un passé qui vient perturber le tournage. Un abandon qui hante ce père comme sa fille. Analyse, en cinq scènes fortes.

Mata : Mata Hantée

Avec "Mata", Rachel Lang (Mon légionnaire) plonge son héroïne dans les brumes de la DGSE, entre désert nigérien et labyrinthes déshumanisés. Eye Haïdara y incarne une espionne déchirée, animée par une quête de vérité aussi pure qu'impossible. Un film magnétique et troublant.

Cosmos : la splendeur modeste d’une rencontre

Dans Cosmos, Germinal Roaux filme la rencontre bouleversante entre un paysan maya et une intellectuelle en fin de vie. Une œuvre lente, poétique et sensorielle, où la nature, la mort et la transmission composent une intense expérience de cinéma.

Le Virtuose : accord majeur, impact mineur

Entre thriller de casse et drame intime, "Le Virtuose" joue sur plusieurs cordes à la fois, mais pas avec la même justesse. Daniel Roher signe une première fiction habitée par de vraies intentions, portée par un Leo Woodall magnétique, mais qui manque parfois de profondeur dans sa partition. Un film qu'on suit sans déplaisir, sans être mémorable pour autant.

Tout va super : Voir Habib et mourir

Drôle, subtil et bouleversant, Tout va super mêle comédie romantique et réflexion sur la fin de vie. Porté par une distribution éclatante (Hakim Jemili, Noémie Lvovsky, Marie Colomb, Camille Chamoux, Rudy Milstein), le nouveau film de Patrick Cassir a des airs de Blier en plus suave.

Cannes 2016 : Interview de Paul Lê pour La Vie Rêvée de David L (Marché du Film)

CineSeriesMag a rencontré Paul Lê, co-réalisateur, coscénariste et coproducteur de La Vie Rêvée de David L, un film inspiré de la jeunesse et des éléments de l’œuvre cinématographique et picturale de David Lynch.

Cannes 2016 : Interview de Paul Schrader (Dog Eat Dog, Taxi Driver)

Palme d'Or en 1976, Paul Schrader a présenté Dog Eat Dog en clôture de la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2016. Le lendemain de la projection, le cinéaste s'est prêté au jeu des questions-réponses pour CineSeriesMag.

Cannes 2016 : Elle, de Paul Verhoeven (Compétition Officielle)

Review de l'un des derniers films présentés à la Séléction Officielle à Cannes, Elle de Paul Verhoeven est un film qui dérange et surprend, de par son humour mais surtout par la position de voyeur dans laquelle il place le spectateur. Un grand film du maître, l'hollandais violent, Paul Verhoeven.