Au nom de ma fille, un film de Vincent Garenq : Critique

Vincent Garenq est un habitué du monde judiciaire sur grand écran. Apres Présumé Coupable et L’enquête, le réalisateur se penche sur l’affaire Dieter Krombach, fait divers survenu dans les années 80, et s’étalant sur 30 ans.

Synopsis : Un jour de juillet 1982, André Bamberski apprend la mort de sa fille Kalinka. Elle avait 14 ans et passait ses vacances en Allemagne auprès de sa mère et de son beau-père le docteur Krombach. Rapidement, les circonstances de sa mort paraissent suspectes. L’attitude de Dieter Krombach ainsi qu’une autopsie troublante laissent beaucoup de questions sans réponse. Très vite convaincu de la culpabilité de Krombach, André Bamberski se lance dans un combat pour le confondre. Un combat de 27 ans qui deviendra l’unique obsession de sa vie…

Que justice soit faite !

Au scénario, il est aidé par Julien Rappeneau, réalisateur de Rosalie Blum, bientôt sur nos écrans.
Le scénario tient toute ses promesses et passionne. Les frasques et le combat d’André Bamberski s’avèrent saisissants. D’une durée d’une heure et demie, le long-métrage ne délaisse pas le spectateur un seul instant. La lutte de ce père de famille ne peut qu’emporter toute l’estime du spectateur. On affronte les difficultés avec Bamberski, et ses échecs ne peuvent que nous affecter, tant Dieter Krombach est un salaud.
Toutefois, le schéma scénaristique est peu original, voire commun, et se cantonne aux films policiers et judiciaires actuels, a la manière de L’affaire SK1. Le réalisateur nous offre un film passionnant, mais il manque ce petit quelque chose, ce petit détail significatif qui pourrait le surclasser. Des partis pris esthétiques plus pertinents, et plus singuliers auraient fait d’Au nom de ma fille un film qui marque les esprits. Or, le film a un impact momentané sur le spectateur, mais une fois le récit avalé et réfléchi, il ne nous reste que la prestation de Daniel Auteuil à l’esprit.
Aussi, le pari de Vincent Garenq était osé, car il fallait trouver le moyen d’illustrer 30 ans de la vie d’un homme en un peu plus d’une heure vingt. Ainsi, Au nom de ma fille est une composition continue d’ellipses, et malheureusement, certaines périodes ne sont pas assez exploitées pour être réellement comprises. On aurait aimé en savoir plus sur le devenir de l’ex-femme de Bamberski, tout comme l’instant qu’est la rupture entre Bamberski et Cécile, incarnée par Christelle Cornil, qui survient comme un cheveu sur la soupe, même si l’on perçoit les émois émotionnels des personnages.
Ces tranches de vie ne sont que partiellement survolées, et on aimerait s’y appesantir afin d’avoir plus de détails de l’enquête. Si le fond est saisissant, la forme est à nuancer.

Mais l’affaire Dieter Krombach, aussi appelée Kalinka Bamberski, et ainsi Au nom de ma fille, ce sont des personnages caractéristiques. Certains sont des ordures, d’autres se voilent la face, les derniers cherchent à rendre la justice.
Daniel Auteuil est magistral. Un rôle de la sorte lui fait du bien. Ses précédents rôles qui relevaient de la comédie l’avaient quelque peu décrédibilisé, il était donc nécessaire de lui proposer un rôle lui permettant de dégager le meilleur de lui-même. Et l’acteur nous prouve qu’il en a encore sous le capot. Oscillant entre indignation, rage, tristesse, et quasi début de folie, Daniel Auteuil agrippe le spectateur et l’émeut. Son combat et sa persévérance nous livre un personnage d’une humanité folle, aimant sa famille, et toujours aussi fou de sa fille.
Toutefois, on aura plus de recul sur la prestation de Marie-Josée Croze, qui ne fait pas tout le temps dans la justesse. Aussi, son personnage est détestable tant elle s’obstine à défendre le meurtrier de sa fille et à s’opposer au combat de son ex-mari.
Sebastian Koch, sous ses faux airs de Liev Schreiber, ne rend pas son personnage assez crédible, faisant de ce dernier un personnage passif vis à vis du sort qu’il lui tombe dessus. Toutefois, on ne cessera de le détester. Dieter Krombach est un homme ingrat, mythomane, qui mérite tout le malheur du monde, et qu’on ne peut s’empêcher de détester au plus haut point.
On aurait aimé une confrontation plus marquée entre les deux hommes, car ces trente années ne sont rien d’autre qu’un incessant duel, dans lequel chacun tente de tirer la couette de son côté.

Le nouveau film de Vincent Garenq est donc une réussite. Malgré une narration classique, Au nom de ma fille est porté par un Daniel Auteuil au sommet de son art et une intrigue captivante, qui ne saura laisser le spectateur indifférent.

Au nom de ma fille : Bande-annonce

Au nom de ma fille : Fiche technique

Réalisateur : Vincent Garenq
Scénario : Vincent Garenq, Julien Rappeneau
Interprétation : Daniel Auteuil, Sebastian Koch, Marie-Josée Croze, Christelle Cornil, Christian Kmiotek, Fred Personne…
Photographie : Renaud Chassaing
Montage : Valérie Deseine
Musique : Nicolas Errera
Direction artistique : François Abelanet
Producteurs : Cyril Colbeau-Justin, Jean-Baptiste Dupont, Hugo Bergson-Vuillaume, Serge de Poucques, Sylvain Goldberg
Sociétés de production : LGM Productions, Black Mask Productions, StudioCanal, TF1 Films Production
Distribution (France) : StudioCanal
Durée : 87 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 16 mars 2016

France – 2016

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.