TCM Cinéma Programme : Outland

On ne retiendra de Peter Hyams que ses films de science-fiction : Capricorn One (1977), son faux documentaire sur la falsification de l’alunissage, 2010 : l’année du premier contact (1984), sa suite du chef d’œuvre de Kubrick, ou encore Timecop (1994), qui offrit un de ses rôles emblématiques à Jean-Claude Van Damme.

Synopsis : Dans un futur lointain, le marshall William T.O’Neil accepte un poste sur une station de forage minier installée sur une lune de Jupiter et abritant plus de deux mille ouvriers. Là-bas, il remarque une série d’accidents liés aux conditions de travail très difficiles. Son enquête le mène à soupçonner le directeur de l’exploitation, qui n’entend pas voir ses pratiques mises à jour.

Dans l’espace, personne n’entend les syndicats crier

Technicien minutieux qui prenait soin d’être directeur de la photographie de la plupart de ses réalisations, Hyams est à présent considéré par ses fans comme un précurseur à la conception cinématographique de James Cameron. Au cœur de sa filmographie concentrée sur l’avenir de l’Homme et son rapport souvent difficile aux technologies futuristes, le plus connu de ses films est incontestablement Outland. Lorsqu’il fut réalisé, en 1981, le space-opéra était alors un sous-genre imminent marqué par deux mastodontes : La saga Star Wars d’une part, et Alien d’autre part. Comme toujours désireux d’introduire un fort réalisme dans sa représentation du futur, Hyams -même s’il a pour l’occasion embauché Jerry Golsdmith, compositeur du film de Ridley Scott- n’a pas succombé aux voies de l’épopée épique ni du fantastique, mais a, au contraire, fait le choix audacieux d’orienter sa mise en scène vers un modèle plus terre à terre, celui du western. Ce n’est ainsi pas pour rien que le shérif auquel Sean Connery prête ses traits est représenté de la même manière que le stéréotype du brave héros incorruptible du far-West, et en particulier à celui qu’incarne Gary Cooper dans Le Train sifflera trois fois, dont le scénario est finalement très proche dans la façon dont ce représentant de la loi va se retrouver isolé face à une menace imminente.

L’intrigue a beau se dérouler sur Io, une lune de Jupiter, elle pourrait tout aussi bien avoir pu être transposée sur une plateforme offshore sur la Terre du 20ème siècle. L’univers futuriste et les magnifiques décors qui l’illustrent ne font que renforcer le discours hautement anticapitaliste du film. En cela, Outland est une œuvre atypique à une époque où l’on sait à quel point l’idéologie reaganienne au pouvoir imprégnait la production hollywoodienne. La façon dont le pouvoir économique, incarné ici par Shepard, l’impitoyable directeur du chantier, exploite avec autant de véhémence des ressources minières du satellite que des ouvriers, est porteuse d’un regard très dur sur la mentalité fordienne, prônant la quête effrénée de productivité, telle qu’elle était (et reste un quart de siècle plus tard) défendue par l’Etat américain. De la même manière, la froideur clinique dans laquelle se déroule l’enquête que mène William T. O’Neil révèle la crainte de déshumanisation que le cinéaste a des avancées technologiques. Car oui, au-delà du pamphlet politique, Outland est avant tout un polar au déroulement fluide profitant d’un suspense diablement efficace  mais aussi un divertissement dont les scènes d’action sont rendues remarquables par des effets spéciaux et un montage ingénieux qui ne font que renforcer l’ambiance claustrophobique.

A la tête de cette aventure spatiale, Sean Connery est comme à son habitude irréprochable. A une étape de sa carrière où il essayait encore de faire oublier son rôle iconique de James Bond en multipliant les expériences ambitieuses (Zardoz, L’Homme qui voulut être roi…) et avant d’obtenir son Oscar pour Les Incorruptibles en 1987, le comédien écossais âgé alors d’une cinquantaine d’années fait preuve ici d’une virilité auquel peu d’acteurs contemporains auraient pu prétendre. Pris dans la tourmente d’une tension qui monte crescendo, son personnage reste tout aussi crédible du début à la fin. La réussite du long-métrage est également liée à sa direction artistique qui donne vie à cet univers futuriste. L’usage de maquettes et de décors à grande échelle d’une qualité sidérante donne à Outland un réalisme spectaculaire qui n’a rien à envier à 2001. Pour toutes ces raisons, le thriller qui prend place dans les couloirs aseptisés de cette usine peut se targuer d’être un formidable film d’anticipation qui, contrairement à beaucoup de films comparables de l’époque, subit sans flancher le poids des années.

Outland : Bande-annonce

Oultand : Fiche technique

Réalisation : Peter Hyams
Scénario : Peter Hyams
Interprétation : Sean Connery (William T. O’Neil), Peter Boyle (Mark B. Sheppard), Frances Sternhagen (Dr Marian Lazarus), James Sikking (Sgt. Montone)…
Image : Stephen Goldblatt
Montage : Stuart Baird
Direction artistique : Malcolm Middleton
Musique : Jerry Goldsmith
Budget : 16 millions de dollars
Producteur : Richard A. Roth
Société de production : The Ladd Company et Outland Productions
Récompense : Saturn Award de la meilleure actrice dans un second rôle pour Frances Sternhagen
Date de sortie Fr : 2 septembre 1981
Durée : 110 minutes
Genre: Science-fiction

Etats-Unis – 1981

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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