Zootopie, un film de Byron Howard et Rich Moore: Critique

Depuis ses premiers dessins animés, qu’il s’agisse des courts-métrages mettant en scène Mickey Mouse et ses amis ou des longs-métrages, les productions de Walt Disney ont toujours donné une place belle aux animaux.

Synopsis: Judy Hops est une idéaliste : Dès son plus jeune âge, elle rêvait de d’intégrer les forces de l’Ordre pour faire régner la justice. Sortie première de l’académie de Police de son village, elle rejoint la ville, symbole de tous les possibles, mais là-bas, elle est victime d’une sévère discrimination. Déterminée, elle se penche néanmoins sur une affaire de disparition, l’obligeant à faire alliance avec Nick Wilde, arnaqueur notoire. Un détail : Tous les personnages sont des animaux.

Nos amis les bêtes

Dans le genre, trois dates sont à retenir : D’abord Bambi, en 1942, premier long-métrage dont un animal est le personnage principal, ensuite Robin des Bois, en 1972, où l’anthropomorphisme fut poussé au point d’avoir remplacé tous les humains par des animaux et enfin, dans une moindre mesure, Le Roi Lion, en 1994, qui replaçait les animaux dans leur milieu naturel loin d’une quelque influence humaine. Sans aucun doute, on considérera sous peu Zootopie comme une quatrième étape dans l’aboutissement de ce travail grâce à la réussite de son concept qui est d’imaginer une ville réunissant toutes les espèces de mammifères. Plutôt que d’adapter les animaux à un univers réaliste, ce sont  à l’inverse tous les aspects d’une vie urbaine moderne qui se retrouvent adaptés à la nature de ses habitants très différents les uns des autres. C’est en cela que Zootopie est un tour de force à tous les niveaux.

Un coup de génie technique d’abord, tant les efforts pour animer chaque espèce d’animaux présente dans le film en leur donnant une démarche et des comportements calqués sur les humains sont payants. Dans un premier temps déstabilisant même si l’on en a l’habitude, le fait de voir des animaux habillés devient si vite un fait établi que de voir des animaux naturistes après seulement une trentaine de minutes de film réussit à susciter un malaise pudique et ô combien hilarant. Au-delà du design et du look des animaux, le travail sur les décors urbains est surement plus remarquable encore. La scène de l’entrée dans la ville de l’héroïne évoque bien le potentiel que peut générer l’idée de cloisonner cette cité selon le milieu d’origine et la taille de ses habitants. Ainsi, les quartiers désertiques, tropicaux ou encore polaires se juxtaposent autour d’un centre-ville follement cosmopolite et chacun foisonne d’une multitude d’éléments de décors et de détails qui mériteraient plusieurs visionnages pour être pleinement appréciés.

Un coup de génie scénaristique également, car le  concept même de cette ville segmentée en fonction de la nature de ses habitude ne pouvait aller sans sous-tendre à des problématiques sociétales que l’on ne pensait pas voir aborder dans un film Walt Disney. Derrière sa devise « Ici, chacun est ce qu’il veut » (quelle plus belle allégorie du rêve américain ?), la ville de Zootopia est en proie à la ghettoïsation, aux préjugés raciaux, à la peur de l’autre, mais aussi à un certain formatage culturel et à la surconsommation. Autant de problématiques qui résonnent avec un gout amer dans notre réalité et sur lesquelles l’intrigue du film, une affaire policière relativement simple, joue avec une intelligence remarquable. Sans jamais chercher à être moralisateur, le duo de réalisateurs/scénaristes (Byron Howard et Rich Moore, à qui l’on doit respectivement Raiponce et Les Mondes de Ralph) nous rappelle que là où Walt Disney fait preuve du plus de maturité n’est certainement dans ses franchises Marvel ou Star Wars, mais bel et bien dans ses films d’animation.
Un coup de génie humoristique enfin car le décalage sur lequel joue constamment le film entre les comportements humains et les animaux qui l’adoptent est la source d’un nombre incalculable de situations cocasses. L’extrait des paresseux fonctionnaires asséné par la promotion n’en est qu’un exemple parmi tant d’autres. Au-delà du pouvoir comique du concept anthropomorphique, la structure scénaristique qu’est d’avoir pensé l’enquête policière comme un buddy-movie est déjà, en soi, un irrésistible apport comique issu des codes classiques du genre. Cerise sur le gâteau, l’ingéniosité dont fait preuve le scénario pour digérer les références culturelles populaires apporte  non seulement au film une incroyable modernité (ce qui veut aussi dire que les enfants de nos enfants le trouveront désuets), mais aussi à certaines scènes et répliques une force de résonance irrésistiblement hilarante. Et le caractère intergénérationnel des films et séries auxquels les scénaristes s’amusent à faire référence -allant même jusqu’à titiller la mythologie Disney- participera au plaisir de tous les publics. L’empathie pour les personnages et l’énergie qu’ils dégagent sont, quant à elles, liées à la présence d’acteurs et autres guest-star de renom en guise de doubleurs.

Loin d’être les personnages les plus attachants que le studio aux grandes oreilles nous aient offerts, les héros de Zootopie sont des êtres dont on se sent proches, grâce à quoi leur apparence animale s’efface, n’étant plus que le prétexte à des gags qui, paradoxalement, renvoient aux travers de notre propre nature humaine. Véritable leçon de ce que l’on nomme timidement le « vivre-ensemble », ce chef d’œuvre permet enfin aux studios Disney de s’émanciper de Pixar (de plus marqué par son premier échec commercial) pour retrouver sa place de leader dans le domaine de l’animation. Espérons qu’ils se maintiennent à un tel niveau.

Zootopie : Bande-annonce

Zootopie :Fiche technique

Etats-Unis – 2016

Titre original : Zootopia
Réalisation : Byron Howard, Rich Moore, Jared Bush
Scénario : Byron Howard, Rich Moore, Jared Bush, Phil Johnston
Doublages (VO) : Ginnifer Goodwin (Lieutenant Judy Hopps), Jason Bateman (Nick Wilde), Idris Elba (Chef Bogo), J.K. Simmons (Le maire, Leodore Lionhearted), Shakira (Gazelle), Alan Tudyk (Duke Weaselton)…
Doublages (VF) : Laëtitia Lefebvre (Judy Hopps), Alexis Victor (Nick Wilde), Jean-Claude Donda (Flash), Claire Keim (l’adjointe au maire Bellwether), Pascal Elbé (le chef Bogo), Fred Testot (Benjamin Clawhauser), Thomas Ngijol (Yax)…
Direction artistique : Matthias Lechner
Montage : Fabienne Rawley
Musique : Michael Giacchino
Récompenses : Oscars 2017 du Meilleur film d’animation
Durée : 108 minutes
Date de sortie : 17 février 2016
Producteurs : John Lasseter, Clark Spencer
Société de production : Walt Disney Animation Studios
Société de distribution : Walt Disney France

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Graham Swon — La parole comme territoire

Trois films, une carte blanche, et une même ligne de force : chez Graham Swon, la parole ne se contente pas d’accompagner l’image, elle la traverse, la déplace, parfois même la remplace. De la dérive poétique d’An Evening Song (for three voices) à l’expérience quasi hypnotique de The World Is Full of Secrets, en passant par l’étrangeté expressionniste de Careful, se dessine un cinéma où dire, c’est déjà faire advenir.
Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.