Jane Got A Gun, un film de Gavin O’Connor : Critique

Avant même sa sortie, Jane got a gun a fait beaucoup parler de lui du fait de ses difficultés de productions, et en particulier de l’abandon le premier jour de tournage de la réalisatrice Lamsay (officiellement découragée au vu des conditions météorologiques, officieusement à cause de ses problèmes d’alcool), entrainant avec elle une partie du casting et le chef opérateur et remplacée à la dernière minute par Gavin O’Connor.

Synopsis: En 1871, Jane Hammond vit dans une ferme avec sa fille et son mari. Quand ce dernier rentre à la maison criblé de balles et annonçant que le gang auquel il appartenait va l’attaquer, elle n’a pas d’autre choix que de demander l’aide de son ancien fiancé. En même temps qu’elle s’entrainera au maniement des armes, les souvenirs referont surface, réveillant entre eux des sentiments qu’ils croyaient enfuis.

This is a man’s world

Le report de sa sortie suite aux attentats du 13 novembre contribuait aussi à sa manière à son statut de film maudit, mais rendait aussi sa sortie plus attendue. Longtemps resté sur la blacklist hollywoodien, le scénario de Brian Duffield a été moult fois remanié, ce qui rend difficile de savoir à quelle étape le projet de réaliser un western féministe s’est retrouvé vidé de son sens premier.

Depuis True Grit, il semble évident que le western peut être le terreau pour créer des personnages féminins forts autres que le stéréotype de la pionnière ultra-masculine Calamity Jane. Mais il est difficile de voir dans le personnage incarné par Natalie Portman un emblème de l’émancipation féminine tant son parcours et sa survie ne peuvent se faire que grâce aux hommes qui l’entourent. Même si cette mère courage est au centre du récit, il faut reconnaître que sans l’aide de ses deux hommes (Joel Edgerton et Noah Emmerich), le récit ne saurait pas comment lui donner une quelconque ampleur. Mais le véritable problème du scénario n’est pas tant l’échec du contournement des écueils machistes propres au genre, mais bel et bien sa construction. La façon dont le récit se construit autour d’une succession de flashbacks, introduits par des fondus enchainés ringards, fait subir au rythme  des ruptures maladroites du début à la fin alors que la tension ne se crée jamais. S’ajoute à cela une tonalité fleur bleue dans la relation entre Jane et son protecteur qui nuit elle aussi à la radicalité vers laquelle prétend tendre l’ambiance crasse qu’essaie vainement de mettre en place la photographie et ses filtres ocres et jaunâtres.

Que dire des acteurs, sinon que Natalie Portman, qui est pourtant la principale productrice et donc à l’origine du film, semble peu investie dans ce rôle. Aucune fulgurance, jamais émouvante. C’est à croire qu’elle a préféré prendre le moins de risque possible quant à l’interprétation de son personnage, ne sachant jamais choisir entre en faire un être fragile ou au contraire redoutable. Joel Edgerton et Noah Emmerich ne sont eux non plus pas convaincants, sans pour autant atteindre le niveau de grotesque d’Ewan McGregor qui, ne serait-ce qu’en s’étant taillé la même moustache que dans Jack le chasseur de géants, s’est fermé à la moindre crédibilité. Des personnages qui sont trop propres sur eux pour un univers qui se voudrait difficile. La mise en scène subit le même défaut, à savoir une incapacité de capter la violence ambiante, jusqu’à la fusillade finale expédiée trop rapidement pour ne pas être qualifiée de pétard mouillé, alors qu’elle condensait tous les enjeux du long-métrage. Quant à la scène de conclusion, elle nous renvoie à une morale désuète qui ne fait que confirmer ce que la réalisation kitch nous laissait présager : la modernité auquel prétend ce western n’est en fait qu’un regrettable passéisme.

Jane Got a Gun – Bande annonce:

Jane Got a Gun – Fiche technique:

Réalisation : Gavin O’Connor
Scénario : Brian Duffield, Anthony Tambakis, Joel Edgerton
Interprétation: Natalie Portman (Jane Hammond), Joel Edgerton (Dan Frost), Noah Emmerich (Bill Hammond), Ewan McGregor (John Bishop)…
Décors : James F. Oberlander, Tim Grimes
Costumes : Catherine George
Photographie : Mandy Walker
Montage : Alan Cody
Musique : Marcello De Francisci, Lisa Gerrard
Producteur(s): Natalie Portman, Mary Regency Boies, Terry Dougas, Aleen Keshishian, Scott Steindorff…
Production: 1821 Pictures, Boies / Schiller Film Group, Handsomecharlie Films, Scott Pictures, Straight Up Films, Unanimous Pictures
Pays d’origine : États-Unis
Langue : Anglais
Durée : 98 minutes
Distributeur: Mars Distribution
Date de sortie: 27 janvier 2016
Genre : Western

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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