A Touch of Zen, un film de King Hu : Critique

Quand le zen touche au sublime
Le cinéma asiatique est décidément à l’honneur cette année. Fort de sa présence au festival de Cannes 2015, et particulièrement remarquée grâce à the Assassin de Hou Hsiao-Hsien récompensé par le Prix de la mise en scène, il occupe cet été les salles avec deux films restaurés du chinois King Hu, A Touch of Zen en juillet et Dragon Inn en aout, jamais sortis en France.

King Hu, né à Pékin en 1931, débute sa carrière à Hong-Kong comme décorateur, d’où son goût prononcé pour le travail pictural des images et des plans. Lancé par le succès international de l’Hirondelle d’or et de Dragon Inn, King Hu, s’inspirant d’une œuvre de Songling Pu, réalise a Touch Of Zen, un film plus personnel à la narration riche et subtile.

Si celui-ci appartient sans conteste au « wu xia pian » chinois, genre cinématographique « de chevalier errant ou de sabre » conformément à la traduction littérale, A Touch of Zen effleure aussi la comédie et le drame en les mélangeant habilement.

A Touch of Zen présente avant tout un fabuleux récit d’aventure rythmé par de spectaculaires scènes de combat, chorégraphiées comme un véritable opéra. Les corps s’élancent, sautent et se meuvent avec grâce et fluidité, puis virevoltent dans les airs au gré de plans successifs rapides, entrecoupés de ralentis. Le célèbre Tigre et Dragons d’Ang Lee n’a en la matière rien inventé en reprenant cette esthétique martiale.
Les personnages affluent dans l’histoire mais ne l’intègrent souvent que périodiquement, furtivement. Ils vont et viennent, disparaissent comme le souffle du vent qui nous berce tout au long du film. Pour les principaux, on rencontre successivement un écrivain célibataire et peu ambitieux, Gu Shengzai, une jeune femme guerrière fuyant les assassins de son père, Yang Huizhen, et un moine bouddhiste expert en arts martiaux, doté d’une inégalable force spirituelle, Maître Hui-Yuan. Ils sont tous amenés à développer leurs facultés et à affronter ce qu’ils tentent de fuir. Gu, qui refuse d’exercer une charge officielle, se découvre un talent de stratège et lutte contre le pouvoir. Yang Huizhen, fugitive, fait face aux ennemis de son père. Enfin, Maître Hui-Yuan, défenseur de la paix des lieux sacrés, est contraint de combattre et de tuer.

A travers ce long récit aux multiples rebondissements, King Hu aborde des thématiques très variées, à commencer par le rapport de l’homme à la nature.

Le cadre naturel, qui sert d’arrière-plan aux images est omniprésent dès les premières minutes. Dans les tons vert ou bleu, il contraste et souligne comme dans un tableau les couleurs chaudes des costumes. Les hautes montagnes, le ciel bleu, la forêt de bambous et sa brume dégagent une atmosphère de sérénité qui enveloppe les personnages. Seul le moine Hui-Yuan fait pourtant corps avec cette nature, en particulier avec le soleil, porteur de symboles dans le bouddhisme. Vairocana, un bouddha central dans le bouddhisme tantrique japonais était en effet appelé « Illuminateur » ou « Grand soleil ». On retrouve aujourd’hui cette présence à part entière de la nature dans le cinéma de Terence Malick, qu’a Touch of Zen a probablement influencé.
L’art de la guerre est aussi évoqué par le biais de Gu Shengzai, qui élabore des stratagèmes pour affronter l’armée ennemie de la Chambre de l’Est, contrôlée par l’eunuque Wei. Les citations qu’il utilise, comme « connais ton ennemi », ou « affaiblis le moral de l’ennemi » sont directement tirées de l’Art de la Guerre. Les Trois Royaumes de John Woo quant à lui, présente près de quarante ans plus tard, un stratège appliquant les préceptes de Sun Tzu.

Outre l’aspect technique ou le rendu graphique, la pellicule ne reste pas absolument neutre sur le plan politique. On peut voir en filigrane dans les méthodes violentes de la police du Grand eunuque Wei, une satire des procédés utilisés par les gardes rouges de Mao, lors de la Révolution culturelle chinoise à la fin des années 1960, contemporaine du film. Les soldats sont d’ailleurs vêtus de rouge.

Par sa beauté visuelle désarmante et ses scènes de combat virtuoses, a Touch of Zen reste un modèle du genre dans lequel des cinéastes comme Ang Lee, Zhang Yimou ou Quentin Tarantino puisent une inspiration intarissable. Une touche de zen, un trait d’humour, une ligne esthétique parfaite et un fond riche sont à l’origine de ce chef d’œuvre unique et précurseur, devenu une toile magistrale et intemporelle.

Synopsis : En Chine, sous la dynastie Ming, Gu Shengzai, un vieux garçon, peintre et écrivain public, vit paisiblement avec sa mère qui souhaite ardemment lui trouver une épouse. Lorsqu’une nouvelle voisine s’installe dans le fort abandonné à côté de chez eux, l’occasion est inespérée. Mais cette mystérieuse jeune fille n’est autre que Yang Huizhen, une fugitive dont le père a été assassiné par la police politique du grand eunuque Wei, depuis recherchée pour trahison…

A Touch Of Zen : Bande-annonce

A Touch of Zen : Fiche technique

Titre original : Xia Nu (la guerrière chevaleresque)
Date de sortie : 29 juillet 2015 (version restaurée), 17 novembre 1971 (version d’origine)
Nationalité : Taïwanais
Réalisation : King Hu
Scénario : King Hu
Interprétation : Feng Hsu (Yang Huizhen), Shih Chun (Gu Shengzai), Ying Bai , (Le Général Shih Wen-chiao), Roy Chiao (Hui Yan), Ying-Chieh Han (Hsu)
Musique : Tai Kong Ng, Dajiang Wu
Photographie : Huiying Hua, Yeh-hsing Chou
Décors : NR
Montage : Chin-Chen Wang, King Hu
Production : Liang Fang Hsia-Wu, Jung-Feng Sha
Sociétés de production: Talent International Film Cultural Company, Asian Union Film Company, Ltd
Société de distribution : Carlotta Films
Budget : NR
Genre : Aventure, Action
Durée : 2h59 min
Récompense(s) : Festival de Cannes : Film en compétition 1975 (Grand Prix de la Commission supérieure technique), Sélection Cannes Classics, 2015

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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