3 Days to Kill, un film de McG – Critique

3 Days to Kill, une production Besson trop paresseuse

Synopsis : Ethan Renner (Kevin Costner) est un redoutable agent secret résolu à renoncer à sa vie trépidante pour se rapprocher enfin de sa femme et sa fille, qu’il a longtemps tenues à distance pour les protéger, après voir appris qu’il n’en a plus pour longtemps à vivre. Lorsqu’on lui impose une ultime mission avec un remède à la clé, il doit mener de front les deux combats les plus difficiles de sa carrière : traquer un dangereux terroriste et s’occuper de sa fille adolescente pour la première fois depuis dix ans.

Taken a lancé une mode pour le cinéma d’action franco-américain signé par Luc Besson (scénariste/producteur) : faire venir dans notre chère capitale une star hollywoodienne pour que cette dernière « s’amuse » comme il se doit, flingue à la main. Après Liam Neeson et John Travolta (ce dernier dans From Paris with Love), c’est au tour de Kevin Costner. L’acteur emblématique des années 80 (Les Incorruptibles, Sens unique) et 90 (Danse avec les Loups, Robin des Bois : Prince des Voleurs, Bodyguard, Waterworld), qui s’est fait bien rare ces dernières années et qui tente de revenir via les seconds rôles (Man of Steel, The Ryan Initiative) et la télévision (Hatfields & McCoys). Premier rôle principal au cinéma depuis longtemps donc. Mais est-ce un retour qui s’annonce gagnant ?

Ce qui a de bien avec une production Besson, c’est le visionnage du générique du film. Notamment lorsque l’on s’attarde du côté des scénaristes, et qu’apparaît la mention « d’après une idée originale de Luc Besson ». 3 Days to Kill, c’est l’histoire d’un tueur d’élite qui va devoir rempiler contre son gré tout en le cachant à sa fille, avec qui il désire passer un peu de temps sans pour autant lui dévoiler sa double-identité. Une idée originale ? Du déjà-vu, oui ! Et ce n’est pas l’apport d’un enjeu anecdotique ni d’une relation père-fille déjà exploitée par la saga Taken qui vont y changer quoique ce soit.

En même temps, c’est une production Besson, rappelons-le. Ce qui induit que ce n’est pas du côté du scénario qu’il faut critiquer ce film mais plus vers le divertissement annoncé sur le papier. Avec son lot de fusillades, de bastons et de courses-poursuites. À l’instar du tout premier Taken qui ne perdait pas de temps en blabla ni en séquences dramatiques, allant directement à l’essentiel : un protagoniste dangereux qu’il ne faut pas énerver, qui en fait vraiment voir de toutes les couleurs à ceux qui croisent sa route (même la réplique « je vais vous retrouver et vous tuer » sonnait admirablement bien !). Malheureusement, 3 Days to Kill prend tellement de temps à mettre en valeur cette relation père-fille mille fois vues qu’il en oublie le principal : divertir.

Il faut bien avouer qu’on peut se laisser toucher par quelques moments dramatiques pourtant fort appuyés et qui font clichés. Mais ce que nous désirons avant toute chose, c’est de l’action. Or, ce genre de séquences se fait rare dans ce film, un comble ! Une fusillade au début, une autre à la fin, et une course-poursuite en voiture au milieu de tout cela. Rien d’autre. Alors que le film affiche au compteur 1h50, ce qui est largement au-dessus de la moyenne (1h30). Pourtant, il y avait matière à titiller notre attention quand on voit la séquence en voitures, filmée de manière énergique. Mais non, l’ensemble préfère rester paresseux, alambiqué par un montage anarchique (nous avons souvent l’impression de passer du coq à l’âne, certaines scènes ayant l’air incomplètes) et se contentant d’invraisemblances (le héros tirant à travers un épais bloc en béton servant de toit à un hall d’hôtel, par exemple ) qui ne peuvent passer inaperçues.

Sans oublier que 3 Days to Kill se veut être un film cool, voulant flirter avec l’humour. Mais en vous rappelant une nouvelle fois Taken, le long-métrage de Pierre Morel allait à l’essentiel, avec sérieux. Et ça marchait ! Là, le film de McG traîne tellement des pieds que les moments comiques ne font que trop rarement mouche. Si au début on peut se marrer d’une séquence où notre héros compte passer à l’action mais qui se retrouve freiner par la sonnerie de portable de sa fille, ou encore du délire du vélo violet, ces passages s’alourdissent à force d’être répétés sur toute la durée du film. Ponctués par d’autres moments tellement débiles (le héros demandant la recette de sauce tomate au mec qu’il torture) qu’on se retrouve obligé de rigoler devant tant de ringardise non voulue. Au moins, 3 Days to Kill fait sourire, mais pas de la manière dont l’avait prévue Besson ni McG. Et quand ça tombe dans le sujet d’actualité (les squatteurs), on reste impassible devant tant d’intérêts à un thème qui, finalement, n’en a aucun pour ce film.

De trop rares scènes d’actions arrivant à redorer le blason de ce film ? Pas tout à fait… Car d’un point de vue technique, 3 Days to Kill n’est pas une franche réussite. Que ce soient les effets visuels (un décor de fond comme une vue panoramique de Paris en pleine nuit depuis à balcon) qui sentent bons l’écran vert, les effets de styles foireux de la caméra (notamment quand le héros tombe dans les vapes, comme si la mise en scène passait par le found footage à la Projet X) et des défauts de tournage qui sautent aux yeux (les figurants continuant de passer comme si de rien n’était alors qu’un accident de la route vient tout juste de se dérouler). Après avoir pourtant réalisé Terminator Renaissance, McG fait preuve d’amateurisme sur bien des points, ainsi que d’une trop grande négligence.

Bref, 3 Days to Kill est ni plus ni moins un divertissement loupé. Qui ne peut compter que sur le charisme de Kevin Costner et sur le ton de légèreté qui pourra en faire rire certaines par moment. Quoiqu’il en soit, Costner méritait mieux que cela pour revenir sur le devant de la scène. Peut-être qu’un futur projet, qui sait, lui redonnera sa gloire d’antan.

Fiche technique : 3 Days to Kill

France, États-Unis – 2014
Réalisation : McG
Scénario : Luc Besson et Adi Hasak
Interprétation : Kevin Costner (Ethan Renner), Amber Heard (Vivi Delay), Connie Nielsen (Christine Renner), Hailee Steinfeld (Zoey Renner), Richard Sammel (Le Loup), Tómas Lemarquis (L’Albinos), Marc Andreoni (Mitat Yilmaz), Bruno Ricci (Guido)…
Date de sortie : 19 mars 2014
Durée : 1h53
Genre : Action
Image : Thierry Arbogast
Décors : Sébastian Inizan
Costumes : Olivier Bériot
Montage : Audrey Simonaud
Musique : Guillaume Roussel
Budget : 28 M$
Productions : EuropaCorp. et Relativity Media
Distributeur : EuropaCorp. Distribution

 

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.