Warm bodies : de Frankenstein à Roméo et Juliette

Jouant avec les codes d’un genre vu et revu, Warm bodies est un teen-movie jubilatoire, décalé, audacieux et original. Un film à découvrir si vous voulez savoir ce qui passe dans la tête d’un zombie!

Adaptation d’un roman éponyme d’Isaac Marion, Warm Bodies de Jonathan Levine[i] est un film original et sympathique, au format court et compact, entre pastiche du film d’horreur et comédie romantique, entre film de zombies et teen movie.

Cette originalité se fait sentir dès les premières minutes du film, où le zombie, interprété par un Nicholas Hoult[ii] inspiré, est choisi comme narrateur. L’intelligence de Jonathan Levine est donc de partir du point de vue, de la conscience du zombie. Évoluant dans un monde post-apocalyptique, ravagé par un virus menaçant toute civilisation, le zombie, R, une sorte de héros romantique des temps modernes nous délivre, non sans humour et en voix off, ses pensées les plus profondes : « Qu’est-ce que je vais faire de ma vie ? Pourquoi suis-je tout mou ? Pourquoi est-ce que j’ai du mal à communiquer ? Parce que je suis un mort vivant ». Les osseux mangent tous ceux qui ont un cœur qui bat. Les rescapés vivent dans des bunkers fortifiés et redoutent les mangeurs de chair qui évoluent dans un aéroport abandonné et ne ressentent rien. Malgré ce contexte peu favorable, R, tombe littéralement amoureux de Julie, interprétée par la belle et convaincante Teresa Palmer, une rescapée, et décide de la protéger de la voracité de ses compagnons. Au fil des jours, la jeune femme réveille chez lui des sentiments oubliés depuis longtemps. Elle-même découvre chez ce zombie autre chose qu’un regard vide et des gestes de mort-vivant.

Jonathan Levine a le génie de mixer comique, romance et gore sans excès et cela de manière très subtile, mettant à mal, pour notre plus grand plaisir, les « codes » zombies habituels. Reprenant cette trame universelle de l’amour entravé par des familles ennemies, Warm Bodies est pour nos deux héros comme une forme d’épopée romantique, sous fond d’amour à la Roméo et Juliette avec une pointe de Freudisme (les séquences des flashs back sont vraiment réussies), et une bande son délirante.

En outre, l’évolution de R vers sa renaissance est touchante à suivre. Le film aborde un certain nombre de problématiques sociales intéressantes, tel que le rejet et/ou l’acceptation de l’autre. On nous parle de tolérance, de communication, de la force de la rédemption et sur ce qu’il faut pour l’obtenir, mais également sur l’importance de créer des connexions avec les autres et de prendre soin d’eux. Plus on avance dans le film, plus on a de mal à distinguer qui est humain et qui est zombie : n’est-ce pas un clin d’œil du réalisateur à la société contemporaine de zombies humains que nous sommes devenus ? Chacun d’entre nous a e effet la vocation de suivre les mouvements de masse, à vivre sans but précis. De même, les zombies retrouvent peu à peu leur humanité rêvent, se mettent à ressentir, s’allient aux humains, saignent… Les disques vinyles rendent une musique « plus vivante » que les ipod nous dit R ; de même aujourd’hui pour la pellicule délaissée au cinéma au profit du numérique… Les repères deviennent flous entre humanité et non-humanité tout le long du film, et oblige le spectateur à une forme d’introspection, de réflexion, sur ce que signifie : être humain.

Warm Bodies est bien plus qu’une sorte de Twilight sous fond de Walkind dead. Il est vrai que le thème du zombie conscient a déjà été traité par Romero[iii] dans sa Saga des Zombie, notamment dans Day of Dead, puis de manière un peu plus poussée, dans Land of the Dead. Il est possible que les puristes du genre s’offusquent du pari osé du réalisateur et préfèrent les livres de Max Brooks[iv]. D’un point de vue parodie zombiesque, on peut préférer Shaun of the Dead ou Bienvenue à Zombieland. Il est également possible de reprocher au scénario une certaine faiblesse, un manque d’action (quoique ce la ne soit pas le but), une fin prévisible qui manque de noirceur. Mais je crois qu’il faut prendre Warm Bodies tel qu’il est, un très bon mélange de romance, d’humour. En le regardant on ne s’ennuie pas. Il faut le regarder le cerveau ouvert, sans référence en tête ou besoin de comparaison. Il ne faut pas y chercher un remake de L’Armée des Morts : vous serez déçus ! Warm Bodies est tout simplement une belle histoire d’humanité, agréable à regarder, une belle histoire d’amour improbable, un vrai divertissement. Oui, l’amour rend vivant et c’est en cela que Warm Bodies réinvente le film de zombie. A voir en VO si possible, bien-entendu !

Warm Bodies Renaissance : Bande-annonce

Synopsis : Un mystérieux virus a détruit toute civilisation. Les rescapés vivent dans des bunkers fortifiés, redoutant leurs anciens semblables devenus des monstres dévoreurs de chair. R, un mort-vivant romantique, sauve contre toute attente Julie, une adorable survivante, et la protège de la voracité de ses compagnons. Au fil des jours, la jeune femme réveille chez lui des sentiments oubliés depuis longtemps… Elle-même découvre chez ce zombie différent autre chose qu’un regard vide et des gestes de momie… Perturbée par ses sentiments, Julie retourne dans sa cité fortifiée où son père a levé une armée. R, de plus en plus humain, est désormais convaincu que sa relation avec Julie pourrait sauver l’espèce entière… Pourtant, en cherchant à revoir Julie, il va déclencher l’ultime guerre entre les vivants et les morts. Les chances de survie de ce couple unique sont de plus en plus fragiles…Warm Bodies Renaissance porte un regard aussi réjouissant qu’étonnant sur l’amour, la fin du monde et les zombies… De quoi nous rappeler ce que c’est d’être humain !

Warm Bodies : Fiche technique

Tire original : Warm Bodies Renaissance
Réalisateur : Jonathan Levine
Interprétation : Nicholas Hoult (R), Teresa Palmer (Julie), Analeigh Tipton (Nora), Rob Corddry (M), Dave Franco (Perry), John Malkovich (Grigio)…
Scénario : Jonathan Levine d’après : Warm Bodies de : Isaac Marion
Date de sortie 20 mars 2013
Durée : 1h 37min
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Genres : Comédie, Romance, Epouvante-horreur
Image : Javier Aguirresarobe
Son : Louis Marion
Montage : Nancy Richardon
Musique : Marco Beltrami, Buck Sanders
Producteur(s) : Bruno Papandrea, David Hoberman, Todd Lieberman
Production : Summit Entertainment, Mandeville Films, Make Movies
États-Unis – 2012


[i] Jonathan Levine, scénariste et réalisateur américain, s’est distingué par son film d’horreur « All the Boys Love Mandy Lane » (Tous les garçons aiment Mandy Lane), où l’on retrouve sa bonne touche d’humour

[ii] Nicholas Hoult ; que l’on peut retrouver en ce moment dans Jack le chasseur de géants.

[iii] George Andrew Romero est réalisateur, scénariste, acteur et auteur américain, réputé pour ses films d’horreur particulièrement gores et violents, mettant souvent en scène des morts-vivants (Zombie, La Nuit des morts-vivants) ou encore sa Chronique des morts-vivants.

[iv] Max Brooks est l’auteur du Guide de survie en territoire zombie (2009) ou de World War Z (2009) qui traite de la guerre entre les humains et les zombies.

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