Série Black Sails : Critique Saison 1

Black Sails : A song of blood and powder

Plus sombre que les voiles du Black Pearl. 

Black Sails fait un double pari risqué : la piraterie n’est pas forcément synonyme de succès, la saga Pirates des Caraïbes faisant office d’exception, et reprendre les personnages du roman mythique de Stevenson aurait de quoi énerver bon nombre de puristes, pourtant, bien que le premier épisode laisse un peu sur sa faim, la série gagne en qualité et réussi à éviter les plus dangereux écueils. Il ne faut toutefois pas se laisser avoir par le pilote qui nous présente un très bel abordage dans la pure tradition du genre, la majorité de l’action se passe sur le sable. Les pirates ne passent pas leurs temps à couler des navires et amasser un butin, ils vivent, complotent, boivent, se battent, s’amusent et vont assouvir leurs pulsions laissée de côté en mer. C’est tout l’intérêt de Black Sails, ne pas tenter de copier ses ancêtres du grand écran en jouant sur le spectaculaire et l’action, mais en préférant une approche plus réaliste, presque naturaliste, de la flibuste. Un soin particulier est apporté aux décors, aux accessoires et aux dialogues : les opérations passées sous silences au cinéma comme nettoyer la coque du bateau, calculer une trajectoire et vendre son butin (qui n’est pas toujours d’or et de bijoux), tout cela est montré avec une finesse et une précision du détail quasiment de l’ordre du documentaire. Ainsi une poursuite en mer durera plusieurs jours et un abordage s’étirera sur une bonne dizaine d’heures. Rarement l’univers de la piraterie aura été aussi crédible et vivant. L’action prend le temps qui lui faut pour démarrer, ce qui peut sembler un peu longuet, mais lorsqu’elle se lance, on sait exactement pourquoi et les enjeux derrière tout cela. On s’éloigne de l’ambiance des récits d’aventures souvent naïve pour quelque chose de plus sombre, de plus crade.

Avant l’île au trésor 

Il serait alors facile de comparer Black Sails a Game of thrones, et si les intentions de faire une série sombre et violente n’est sûrement pas étrangère au succès de la série phare d’HBO (le sublime générique réussissant presque à concurrencer la carte vivante de Westeros), la série se démarque de son hypothétique modèle en superposant à son fond réaliste un certain lyrisme apporté à ses personnages. Le roman de Stevenson regorgeait de figure malicieuses, effrayantes ou machiavéliques, leurs donner une jeunesse un passé, aurait pu détruire cette aura de mystère qui entourait Flint et son équipage tandis que l’on suivait les aventures du jeune Jim Hawkins. La première apparition de John Silver sous les traits d’un minet aux yeux bleu n’était pas rassurante, mais les acteurs réussissent finalement à donner une humanité aux salauds qu’ils seront 20 ans plus tard, restant fidèle aux modèles de bases, tout en apportant chacun leur originalité, comme Toby Stephen (le méchant de Meurs un autre jour) qui arrive finalement à jouer entre la raison et la folie qui tiraille le capitaine Flint. Les auteurs ajoutent à cette galerie quelques figure majeures de l’histoire de la piraterie comme Charles Vane et Jack Rackham, même Barbe Noire aura son mot à dire dans ce joyeux bordel. Reste la question des personnages féminins. L’erreur aurait été de tomber dans le cliché de la femme pirate et badass qui aurait alors mit à mal le réalisme voulu, mais ne pas mettre de femmes du tout aurait transformé l’ensemble en anthologie de la virilité exacerbée.

Les femmes sont donc peu nombreuses à Nassau, mais elles ont leurs rôles à jouer, et surtout loin d’être des cruches, elles n’en sont pas pour autant des coupes. Au milieu de ce festival de tronches burinées, elles gèrent le commerce, manipulent, se défendent, prennent leur destins en main…et assument même leur bisexualité, sans attendre forcément le retour ou l’arrivée d’un homme qui les prendrait dans leurs bras comme un trophée facilement accessible (ce qui pour une série américaine n’est pas vraiment courant).

Black Sails ne se contente pas d’être un simple prologue à l’île au trésor, elle présente un univers dense et reste assez pudique par rapport à son modèle. Les personnages du roman apparaissent petit à petit (et on finit par trouver amusant de chercher à deviner qui deviendra qui), et l’écriture fait finalement peu de référence aux écrits de Stevenson, préférant d’abord voguer là où le vent l’emmène…

 Synopsis : Vingt ans avant les événements du roman L’Île au trésor de Robert Louis Stevenson, durant l’âge d’or de la piraterie, le légendaire capitaine Flint et son équipage se retrouvent au centre d’une guerre de pouvoir pour le contrôle de l’île de Nassau, refuge de tous les flibustiers des Caraïbes. Opposé à d’autres légendes des mers tel Jack Rackham, Charles Vane et Anne Bonny, Flint risque également la mutinerie due à la méfiance grandissante de son équipage envers ses plans de plus en plus dangereux…

Fiche Technique : Black Sails

Genre : Drame, historique, Aventure
Créateur(s):John Steinberg, Robert Levine, John Wirth
Avec: Toby Stephen, Luke Arnold, Hannah New, Jessica Parker Kennedy, Mark Ryan, Zach McGowan
Production : Michael Bay, John Steinberd, Robert Levine
Pays d’origine : États-Unis
Date: 2014
Chaîne d’origine: Starz
Épisodes : 8
Durée: 50 minutes
Statut : en cours (saison 2 annoncée)

 

 

 

 

 

 

 

 

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Vincent B.https://www.lemagducine.fr/
Intéressé par tout, mais surtout n’importe quoi. Grand amateur de fantastique et de Science fiction débridé. Spécialiste Normand expatrié à Lille de la vague Sushi Typhoon (le seul qui s'en vante en tout cas). Je pense très sérieusement que l’on ne peut pas juger qu’un film est bon si l’on en a jamais vu de vraiment mauvais.

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