The Homesman, un film de Tommy Lee Jones : Critique

The Homesman : Road-Movie des Grandes Plaines 

Synopsis : 1855. Trois femmes sont chassées de leur village. Jugées « folles », elles sont confiées à Mary Bee Cuddy, une pionnière – forte et indépendante – venant du Nebraska. Durant le voyage vers l’Iowa, où les trois femmes trouveront refuge, Mary Bee Cuddy sauve Georges Biggs de la mort par pendaison, à condition qu’il lui rende service en retour. Ce rustre vagabond accepte alors de participer au voyage des quatre femmes.

Vitrine d’un cinéma intellectuel qui s’attire toujours autant de détracteurs au fil des ans, Cannes demeure également le bastion d’un classicisme poussé à son firmament, qui tel un membre du jury, agit sur le choix (souvent répétitif) des potentiels récipiendaires à la Palme d’Or (Cronenberg, Dardenne) et l’absence manifeste de films audacieux au sein de la Compétition. Ou sont-ils les Fahrenheit 9/11, les Pulp Fiction, les Sin City et autre films, qui tout en montrant une véritable envie de cinéma, laissait transparaître une originalité assumée ? Une question qui hante chaque année ce Festival, toujours en quête de preuve parvenant à légitimer son statut de Mecque du cinéma mondial.

Au milieu du cru 2014, composé de drames sociaux emplis de démence et de réalisme tels que Maps to the Stars ou 2 Jours 1 Nuit, de biopic tels que Saint-Laurent, ou de films de réalisateurs en fin de course tels que L’Adieu au Langage de Jean-Luc Godard, figure un film qui a lui seul, parvient à nous faire espérer que la veine créatrice et originale de la Croisette ne s’est pas tari : The Homesman !

2ème réalisation du vétéran Tommy Lee Jones (l’agent K de Men In Black), The Homesman cherche à assumer cette originalité dès sa tag-line en dépeignant selon cette dernière « le vrai visage du mythe américain », loin de la vision enjouée que John Wayne et consort nous ont donné il y a 60 ans avec gunfight et poursuite au galop à outrance et opère de manière implicite une certaine continuité filmique par rapport au précédent film de son réalisateur, 3 Enterrements.

Il est clair que ces deux œuvres présentent des similitudes. Malgré un changement d’époque et de lieu, Lee Jones reste fidèle à une vision d’un monde sombrant dans la folie et l’acharnement. Des sols désertiques du Nouveau Mexique aux Grandes Plaines du Nebraska, de 1855 à aujourd’hui, Lee Jones cherche à établir que la nature de l’homme et ici plus majoritairement de la femme reste condamnée à la violence, la solitude, et la démence et ce, quelque que soit le morceau d’Histoire choisie.

Toutefois, afin de transmettre ce même constat, Lee Jones n’hésite pas à véhiculer d’autres thématiques, plus adéquates à sa vision de l’Ouest, notamment par le biais d’une mise en scène qui voit apparaître une platitude entremêlée d’âpreté, une démence caractérielle faisant office de violence et un humour noir empli de cynisme remplaçant la terreur vengeresse type Western.

Pourtant, Lee Jones livre un film dont l’originalité n’égale jamais la beauté. En préférant s’attarder sur son tandem composé par Hilary Swank, entre fermeté, autorité et ton monolithique et lui-même, entre complexité, humanité et malice, à la place du nid de coucou qu’ils transportent, Lee Jones passe presque à côté de son sujet. En cons »quence, la vision originale que son sujet pouvait véhiculer se retrouve noyée dans un amas de normalité représentée ici par la présence du révérend qui veille sur ses ouailles, de brigands violeurs, d’Indiens farouches et chose un peu plus surprenante, de restaurateurs odieux.

Des restaurateurs qui par leur mépris donneront au film sa meilleure scène ; scène parvenant à conjuguer l’originalité attendue tant sur le papier que sur la pellicule où plus que jamais, Lee Jones pourra justifier de son air de chien battu.

Tel un grain de sable dans l’engrenage, Lee Jones parvient lors de cette scène, à casser la dynamique amorphe d’un monde en proie au doute, aux préjugés et au mépris en laissant éclater sa violence trop souvent contenue au cours d’un film qui malgré l’originalité contenue dans son scénario, ne parvient pas à la retranscrire de manière efficace sur la pellicule ! The Homesman est un Raod-Movie des plaines qui pêche par son approche trop classique.

The Homesman : Bande-annonce

The Homesman : Fiche Technique

Réalisation: Tommy Lee Jones
Scénario: Tommy Lee Jones, Kieran Fitzgerald, Wesley Oliver d’après: le roman homonyme de: Glendon Swarthout
Interprétation: Tommy Lee Jones (Georges Briggs), Hilary Swank (Mary Bee Cuddy), David Dencik (Thor Svendsen), William Fichtner (Vester Belknap), Grace Gummer (Arabella Sours), John Lithgow (Révérend Alfred Dowd)…
Image: Rodrigo Prieto
Décor: Wendy Ozols-Barnes
Costume: Lahly Poore
Son: David Bach
Montage: Roberto Silvi
Musique: Marco Beltrami
Producteur: Javelina Film Company, EuropaCorp, Ithaca
Production: Brian Kennedy, Luc Besson, Peter Brant
Distributeur: EuropaCorp Distribution
Durée: 2h02
Genre: Historique, Drame
Date de sortie: 18 mai 2014
USA – 2014

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Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
J'ai une profonde admiration pour les sushis, James Bond, Leonardo DiCaprio, Apocalypse Now, Zodiac, les bons films et le ski. Pas forcément dans cet ordre. Et à ceux pouvant critiquer un certain amateurisme, je leur répondrais simplement que l'Arche de Noé a été fabriqué par des amateurs et le Titanic par des professionnels.

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