FEFFS 2018 : Jour 1 – La Nonne ouvre les hostilités

Le moment tant attendu par les amateurs de frissons est enfin arrivé. Et non, ce n’est pas la rentrée des classes, mais bien le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg qui vient de coloniser les cinémas de la capitale alsacienne. Avec son programme gargantuesque qui a été dévoilé fin août, le FEFFS compte une nouvelle fois marquer le coup pour sa 11ème édition. Quoi de mieux donc que de sortir le gros blockbuster horrifique de la rentrée, La Nonne pour lancer la grande messe du fantastique ? Après avoir vu le nouveau né de l’univers Conjuring, on est bien tenté de dire : beaucoup de choses.

[Film d’ouverture] – La Nonne

Réalisé par Corin Hardy ( USA). Date de sortie : 19 septembre 2018

Avec : Demian Bichir, Taïssa Farmiga, Jonas Bloquet…

C’est désormais devenu une tradition, le film d’ouverture du FEFFS est la grosse production horrifique de la rentrée. Après Eli Roth et son Keanu Reeves malmené par deux jeunes demoiselles dans Knock Knock en 2015 et le clown maléfique de Ça l’an dernier, c’est la dernière création estampillée James Wan qui a l’honneur de débuter les hostilités. Après la poupée diabolique de Annabelle, c’est donc la nonne de Conjuring 2 qui a le droit à son propre film. C’est d’ailleurs le réalisateur irlandais Corin Hardy qui s’y colle. Un cinéaste qui était déjà passé par la case FEFFS avec son film Le Sanctuaire, sympathique film d’horreur qui jouait plutôt habilement du folklore celte et témoignant d’une certaine patte d’auteur malgré quelques défauts et facilités. Cela n’avait pourtant pas empêché Hardy de repartir de Strasbourg avec le Méliès d’Argent. Le voilà donc cette fois-ci propulsé à bord d’une grosse machine qui représente aux côtés des productions Blumhouse, la nouvelle norme de l’horreur américaine grand public.

La Nonne avait un potentiel, une possibilité de créer une atmosphère gothique, faire renaître un certain pan de l’horreur dont était friand le studio de la Hammer dans les années 50-60 avec son abbaye perdue dans le fin fond de la Roumanie et son personnage éponyme. Sauf que les sirènes des productions James Wan vont très vite faire succomber le film de Corin Hardy à une horreur paresseuse et putassière. Il suffit de voir les séquences d’exposition pour comprendre à quoi on a affaire. Le pré-générique annonce directement l’avalanche de screamers et autres artifices racoleurs qui vont suivre tout au long des 1h30, tandis que la présentation des personnages torchée à la va-vite montre à quel point ces derniers seront insipides. Demian Bichir n’arrive pas à insuffler la moindre substance à son personnage de prêtre expert en « miracles » comme il les désigne et souffre très souvent de ridicule, notamment au cours de séquences d’exorcisme particulièrement grotesques. À ses côtés, Taïssa Farmiga, sœur de la star de Conjuring, Vera Farmiga, campe un personnage au développement inexistant et aux réactions idiotes. La palme revient cependant à « Frenchie » joué par le belge Jonas Bloquet (déjà vu dans Elle de Verhoeven), stéréotype du français qui ne pense qu’à emballer les jeunes filles et dont le rôle se limite au sidekick rigolo, amateur de punchlines risibles (I’m French Canadian !).

Corin Hardy peine donc à s’exprimer et son film se fait complètement phagocyter par la patte James Wan. Impossible pour le metteur en scène irlandais de donner naissance à une atmosphère angoissante tant il doit respecter un cahier des charges d’une imposante contrainte. L’horreur est donc obligée de survenir au travers des sempiternels jump-scares à l’efficacité éculée, des clichés ancestraux de l’horreur allant du personnage qui apparaît silencieusement dans le dos du héros à la bougie qui s’éteint (un nombre incalculable de fois), le tout réutilisé à outrance, sans aucune parcimonie. Il faut dire qu’une fois que le film est lancé, les temps-morts sont quasiment inexistants, et le scénario s’enfonce dans une spirale infinie de subterfuges redondants à la subtilité pachydermique. Le film part ensuite en complète roue libre, s’amusant à empiler l’imagerie catholique de manière totalement aléatoire dans un foutoir dérisoire achevant de parachuter le film dans le nanardesque. À défaut de faire frissonner, La Nonne nous permettra de décrocher quelque fous-rires nerveux alors que l’on assiste impuissant au blasphème du cinéma d’horreur à chaque plan. Plutôt sympa donc de tomber sur la purge du festival dès la première soirée. Au moins, on peut se rassurer en se disant que le meilleur est à venir.

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