Jordskott, la forêt des disparus, une série de Henrik Björn

Diffusées sur Arte, les deux saisons de la série suédoise Jordskott implantent une ambiance originale et prenante, entre polar, drame et fantastique.

Synopsis : travaillant comme négociatrice pour la police de Stockholm, Eva Thörnblad est rappelée dans sa ville d’origine, Silverhöjd. Son père, gravement malade, s’y est donné la mort. Elle retourne donc sur les lieux de sa jeunesse, lieux qu’elle avait quittés 7 ans plus tôt après la mystérieuse disparition de sa fille Josefine.

Les séries venant d’Europe du Nord sont aussi rares que passionnantes (sûrement parce que n’arrive chez nous que le haut du panier). The Killing, Borgen, Bron, Real Human, Trapped : les pays comme la Suède, le Danemark ou même l’Islande nous proposent des séries souvent intrigantes et intelligentes, bien éloignées des codes auxquels nous sommes habitués.

jordskott-moa-gammell-henrik-bjorn-critique-serie

Jordskott nous provient de Suède. La série est constituée (à ce jour) de deux saisons, la première réunissant 10 épisodes et la seconde 8. Chaque épisode fait effectivement une heure. Jordskott nous permet de suivre les pas d’une femme flic traumatisée par la disparition non résolue de sa fille. Or, lorsqu’elle retourne à Silverhöjd, 7 ans plus tard, c’est pour apprendre qu’un nouvel enfant vient de disparaître dans des conditions similaires.

Tout cela va forcément raviver les souvenirs douloureux d’Eva. La mort de son père, avec qui elle n’avait plus de contact depuis la disparition de Josefine ; le retour dans ce lieu de son enfance ; l’énigme parallèle autour d’un autre enfant : tout contribue à replier Eva autour de son propre passé.

Car tel est vraiment le rôle de la policière dans la série : elle n’est pas forcément l’enquêtrice principale, celle qui va dissiper les brumes qui entourent Silverhöjd. Elle est avant tout celle autour de qui tout va se cristalliser. C’est vers son passé que l’action va se tourner dans les deux saisons, d’abord son père dans la première, puis sa mère dans la seconde. Et c’est en remontant son histoire familiale que des explications vont arriver.

jordskott-henrik-bjorn-moa-gammel-critique-serie

Le drame familial et l’intrigue policière vont se dérouler dans une ambiance de plus en plus surnaturelle, et c’est peut-être là l’originalité de cette série. Très vite, l’immense forêt qui entoure Silverhöjd va être filmée de façon à la fois poétique, romantique et angoissante. Les plans semblent montrer un lieu où les personnages sont toujours observés, sans que l’on ne sache précisément par qui ou par quoi. Des hommes ou des femmes étranges s’y promènent, accomplissant des actes pour le moins déroutants.

Et les questions surgissent. Comment ces enfants ont-ils pu disparaître aussi rapidement et sans laisser la moindre trace ? Pourquoi les meurtres se multiplient-ils dans une petite ville jusque là si tranquille ? Quelle est cette femme qui semble parler à son corbeau ? Pourquoi des cris étranges retentissent-ils dans la forêt ?

Si la saison 1 se déroule exclusivement à Silverhöjd, cette petite ville de province entourée d’une immense forêt qui tient un rôle essentiel dans l’intrigue, la saison 2, elle, se fait plus urbaine. L’action, qui se déroule deux ans plus tard, se déplace à Stockholm, où Eva Thörnblad a repris son travail. Cependant, le procédé reste le même : là aussi, le décor se fait volontiers inquiétant, avec cette impression que quelque chose de surnaturel se cache dans les recoins sombres.

jordskott-critique-serie-henrik-bjorn-moa-gammel

De fait, les enquêtes vont souvent se baser sur l’idée d’aller au-delà des apparences pour découvrir des vérités auxquelles on ne pensait pas forcément. Le mouvement est celui de la descente sous la surface des choses : de nombreuses scènes se déroulent dans des sous-terrains, caves, grottes, mines…

Cela va permettre à Jordskott de diffuser un message de préoccupation écologique : destruction de forêt, réchauffement climatique, l’activité humaine dérègle la nature et ses conséquences se retournent contre les hommes.

Le tout fait de Jordskott une série riche et dense, énigmatique et prenante, malgré son rythme lent. On pourrait éventuellement lui reprocher de dévoiler trop vite certains mystères qui auraient gagné à rester plus longtemps dans l’ombre. L’interprétation est d’un bon niveau, les protagonistes sont attachants et les nombreux personnages secondaires densifient le portrait de la petite ville. Jordskott est une série intrigante qui nous garantit un bon moment de divertissement.

Jordskott : bande-annonce

Jordskott : Fiche Technique

Créateur : Henrik Björn
Réalisation : Henrik Björn, Anders Engström
Scénario : Henrik Björn, Alexander Kantsjö, Fredrik T. Olsson
Interprétation : Moa Gammel (Eva Thörnblad), Göran Ragnerstam (Göran Wass), Richard Forsgren (Tom Aronsson), Happy Jankell (Esmeralda), Henrik Knutsson (Nicklas Gunnarsson)
Photographie : Pelle Hallert, Kjell Lagerroos
Montage : Lars Gustafson, Simon Pontén
Musique : Erik Lewander, Olle Ljungman
Production : Filip Hammarström
Sociétés de production : Palladium Fiction, Sveriges Television, Svenska Filminstitutet
Sociétés de distribution : ITV Studios Global Entertainement, Arte
Genre : policier, drame, fantastique
Nombre d’épisodes : saison 1 : 10 ; saison 2 : 8
Durée d’un épisode : 60 minutes
Date de diffusion en France (saison 1) : 12 mai 2016

Suède – 2015

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.

Le Passage : Sur la corde de l’humanité

Entre thriller haletant et drame humaniste, le premier long"métrage de Brandt Anderson plonge le spectateur au cœur de la crise des réfugiés syriens. "Le Passage" est une œuvre chorale, tendue et bouleversante dont la maitrise narrative ouvre sur une émotion absolue.

En nous : une ode immersive et viscérale dans le travail de création

Premier documentaire de Juliette Binoche, "En nous" est un coup de maître. Né du spectacle de danse créé en 2007 avec Akram Khan, ce film nous immerge dans l'intimité d'un processus artistique tout en ressuscitant la magie de cette œuvre scénique.
Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.