Le Prisonnier d’Alcatraz prend son envol en DVD & Blu-Ray

Les éditions WildSide nous proposent de savourer Le Prisonnier d’Alcatraz, un des meilleurs films de prison du cinéma américain, réalisé par John Frankenheimer, avec Burt Lancaster et Karl Malden, dans un superbe coffret.

Le destin de « L’Oiseleur d’Alcatraz » est authentique, et lorsque le film est sorti, en 1962, son personnage principal était toujours emprisonné. Robert Stroud est au centre de l’attention publique aux États-Unis depuis 1955 et la parution du livre The Birdman of Alcatraz, de Tom Gaddis (qui sera interprété par Edmund O’Brien dans le film de Frankenheimer). Stroud est le plus vieux prisonnier du pays : son incarcération a commencé en 1909, alors qu’il avait 19 ans. Au total, il passera 54 ans en prison, dont 42 en isolement. Mais en cette fin d’années 50, le cas de Stroud est devenu médiatique et de nombreuses pétitions réclament sa libération. Le prisonnier est le symbole de l’injustice du système judiciairo-pénitenciaire américain.

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John Frankenheimer dirigeant Burt Lancaster

C’est cela (et bien d’autres choses encore) que nous raconte le livre rédigé par Doug Headline qui accompagne le film dans une superbe édition parue chez WildSide. Doug Headline est le fils du célèbre auteur de romans policiers français, Jean-Patrick Manchette, et l’auteur de livres sur James Stewart ou John Cassavetes ainsi que de documentaires sur Chabrol ou Lino Ventura, entre autres. Il signe, pour cette édition du Prisonnier d’Alcatraz, un livre de 200 pages agrémenté de nombreuses photos qui relate la fabrication du film et met en lumière les libertés prises par le scénario par rapport à la réalité historique.

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Car le film de Frankenheimer n’hésite pas à présenter Stroud comme une victime. Il faut dire que Le Prisonnier d’Alcatraz est entièrement porté par un Burt Lancaster qui est convaincu que le cas Stroud est un exemple flagrant d’injustice. L’acteur n’hésitera pas d’ailleurs à réécrire certaines scènes et cherchera à imposer ses vues à Frankenheimer (après avoir fait exclure le premier réalisateur du film, le Britannique Charles Crichton). Le tournage sera un long conflit d’ego entre les deux hommes, qui avaient déjà tourné ensemble Le Temps du châtiment l’année précédente et se retrouveront par la suite pour deux autres très grands films, Sept Jours en mai et Le Train.

Le film ne cache pas que Stroud est un personnage violent, mais excuse sa violence par les circonstances (un gardien injuste, etc.). En gros, c’est la prison elle-même qui exacerbe la violence et l’impulsivité du Prisonnier d’Alcatraz.

« Vous semblez détester le monde entier.
_ On s’adapte à la fosse à purin dans laquelle on vit »

Une prison qui est montrée de façon extrêmement réaliste. Le choix des cadrages, le montage, la voix off, la reconstitution mettent en évidence la volonté documentaire du projet, ce qui n’empêche pas Frankenheimer de maîtriser à la perfection l’aspect technique de son film.

L’une des originalités du film est bien entendu d’insister sur la carrière ornithologique de Stroud. Le prisonnier, condamné à l’isolement à vie, recueille d’abord un moineau, puis petit à petit va étudier les oiseaux au point d’en devenir un spécialiste reconnu. Et le film de Frankenheimer va appuyer sur la métaphore contenue dans cette situation : un prisonnier va construire des cages pour y mettre des oiseaux, comme une sorte de mise en abyme de sa condition. Les oiseaux deviennent le symbole de l’emprisonnement.

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Pour augmenter encore cette assimilation, le film n’hésite pas à insister sur le fait que les prisonniers sont traités comme des animaux.

« Vous n’êtes qu’un animal !
_ Les cages existent pour ça, les animaux, non ? »

Mais ce symbole est aussi paradoxal. Parce que les oiseaux sont synonymes de liberté. Cela participe encore plus à l’assimilation entre Stroud et les oiseaux : des personnages libres bien qu’étant emprisonnés.

C’est autour de ces oiseaux que va s’engager alors un récit minutieux, détaillé, passionnant et émouvant.

Le Prisonnier d’Alcatraz est incontestablement un des meilleurs films de prison du cinéma américain. Cette réussite est d’abord due au talent de John Frankenheimer, cinéaste souvent sous-estimé auquel on devra, par la suite, Un crime dans la tête, Opération diabolique ou French Connection 2. Il apporte ici son sens du récit, une efficacité narrative qui vient directement de son expérience télévisuelle : son film est absolument passionnant, sans le moindre temps mort. Il est aussi une grande réussite esthétique, avec un traitement de l’image directement inspiré des grands films noirs, avec ses jeux d’ombres et de lumières, ces barreaux qui se projettent sur les personnages, ses contre-jours, etc.

L’autre grand responsable de la réussite du film, c’est bien entendu Burt Lancaster. L’ancien acrobate devenu comédien autodidacte avait déjà quelques grands films à son actif : Les Tueurs, de Siodmak, Les Démons de la liberté, de Jules Dassin, Vera Cruz, d’Aldrich, ou bien entendu Elmer Gantry pour lequel il recevra un Oscar. Sa composition de Robert Stroud est saisissante. Derrière l’apparente sobriété de son jeu, il parvient à faire ressentir le feu qui habite le personnage. A ses côtés, on retrouve avec plaisir Karl Malden et Telly Savalas, entre autres.

Le coffret que sort WildSide rend parfaitement hommage à ce grand film. Avec la très belle restauration et le livre de Doug Headline, on se retrouve avec un superbe écrin dans lequel on peut savourer ce grand film.

Le Prisonnier d’Alcatraz : bande-annonce

Caractéristiques techniques du DVD :

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Master restauré
Noir & Blanc
Format image : 1.66
16/9ème compatible 4/3
Format son :
Anglais DTS Master Audio & Dolby Digital Mono 1.0
Français Dolby Digital Mono 1.0
Sous-titres : français
Durée : 141 minutes

Caractéristiques Blu-Ray :

Master restauré
Noir & Blanc
Format image : 1.66
Résolution film : 1080 24p
Format son :
Anglais et français DTS HD Master Audio Mono 1.0
Sous-titres : français
Durée : 147 minutes

Compléments :
Une illusion de liberté : entretien avec Richard H. Kline, cameraman sur le film (28 minutes)
Au-delà des grilles, un livre exclusif de 200 pages écrit par Doug Headline, illustré de photos d’archives rares.

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