The Lunchbox de Ritesh Batra : Critique du film

The Lunchbox de Ritesh Batra : Saveurs indiennes doucement épicées et romance épistolaire

Succès populaire et révélé lors de la Semaine de la critique à Canne (2013), The Lunchbox, le premier long-métrage de Ritesh Batra est une délicieuse friandise parfaitement maîtrisée, soutenue par un scénario simple mais d’une redoutable efficacité. A partir de la pratique traditionnelle des Dabbawalahs, la livraison quotidienne des déjeuners sur le lieu de travail des employés indiens, le réalisateur imagine une erreur d’aiguillage qui débouche sur une relation épistolaire entre deux êtres délaissés, une femme au foyer et un veuf solitaire. Cette correspondance lente, d’un autre temps, est une véritable bouffée d’oxygène dans notre monde instantané du numérique, et permet aux deux personnages si attachants, de se libérer de beaucoup de préjugés, d’obligations, de peurs. Le spectateur appréciera cette réalisation au plus près des émotions.

Loin des paillettes de Bollywood, The Lunchbox offre surtout au spectateur occidental à travers sa belle photographie, un voyage dépaysant, à la fois comique et nostalgique dans une Inde foisonnante et multicolore, un portrait de la vie quotidienne, des classes moyennes de Bombay, mégalopole à la vie grouillante, avec ses foules empruntant des rues bruyantes et bigarrées, des trains de banlieue vétustes et surchargés, contrastant avec l’isolement de beaucoup d’individus.

Ritesh Batra filme également avec une grande acuité les scènes de bureau, le rituel comique des fonctionnaires gratte-papiers qui gribouillent sur des registres avec comme seule outil une calculette. Mais la critique sociale est plus profonde. Le réalisateur porte un regard bienveillant et néanmoins vif sur la condition de la femme en Inde, celle d’Ila cloitrée à la maison, dont le seul dialogue est celui qu’elle entretient avec sa « Auntie », sa voisine du dessus, tour à tour hilarant et émouvant, mais également sur le marché du travail, l’importance de la famille et des traditions.

Les acteurs particulièrement attachants livrent une interprétation remarquable, toute en retenue : l’acteur Irrfan Khan (Saajan) de renommée internationale, interprète parfaitement le quinquagénaire veuf, qui se morfond dans une solitude affective presque raisonnée ; Nimrat Kaur (Ila) confère à son personnage une grande humanité, tandis que Nawazuddin Siddiqui (Shaikh), le successeur de Saajan, jeune travailleur orphelin ingénu et roublard, au bagout aussi énervant que drôle, est tour à tour hilarant et émouvant.

Sans se plier au modèle convenu du happy-end attendu, The Lunchbox est un film subtil et tendre, d’une grande humanité. Un joli conte épistolaire aux saveurs multiples, et universelles, qui confère à ses personnages une belle profondeur d’âme et révèle l’émergence d’un jeune cinéma indien indépendant. Rafraîchissant !

Synopsis : Chaque matin, Ila (Nimraut Kaur), une jeune femme au foyer délaissée par son mari, s’efforce de le reconquérir en lui préparant des plats variés et savoureux. Elle confie ensuite sa lunchbox au gigantesque service de livraison, assuré par les Dabbawallahs qui desservent toutes les entreprises de Bombay. Chaque soir, elle attend de son mari des compliments qui ne viennent pas. Ce qu’elle ignore, c’est que la lunchbox a été remise accidentellement à Saajan (Irrfan Khan), un veuf solitaire, proche de la retraite. Consciente de la méprise, Il a glisse alors dans la lunchbox un petit mot qui marque le début d’une relation épistolaire touchante et pleine de tendresse entre ces deux solitudes.

Fiche Technique : The Lunchbox

Titre original : Dabba
Réalisé par :  Ritesh Batra
Avec : Irrfan Khan , Nimrat Kaur , Nawazuddin Siddiqui …
Durée : 1h42min
Pays de production :  Inde
Année de production :  2013
Distributeur : Happiness Distribution

 

 

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