The Disaster Artist : récit d’un improblable nanar

Tiré du livre éponyme qui raconte l’envers du décor du nanar The Room, The Disaster Artist est un éloge tendre à l’amitié et à la création mais aussi le récit de deux artistes ratés qui depuis l’humiliation vont créer l’un des plus mauvais films de tous les temps.

Tirer d’un des pires films de tous les temps un bon long-métrage : en voilà un défi curieux. Quand James Franco a annoncé s’atteler à l’adaptation du livre The Disaster Artist qui retrace les coulisses du nanar cinématographique The Room, on pouvait craindre que le réalisateur en profite pour exposer son humour (parfois) lourdingue vue l’histoire improbable qui entoure The Room. Au début des années 2000, Tommy Wiseau, artiste raté à l’allure digne d’un méchant de film d’horreur, produit, écrit et réalise The Room (sur ses économies personnelles) dont il tient le rôle principal aux côtés de son ami Greg Sestero. Le résultat est si mauvais qu’il en devient culte. Aujourd’hui, The Room est un succès incroyable diffusé à travers le monde où le public récite chaque réplique par cœur à l’image des séances de minuit de The Rocky Horror Picture Show. En 2013 Greg Sestero, son plus proche collaborateur et meilleur ennemi/ami, écrit un roman :  » The Disaster Artist  » qui dévoile la personnalité lunatique de Wiseau et le tournage catastrophique. Le livre se fait très rapidement remarquer jusqu’à attirer l’attention de James Franco et sa bande. Avec l’accord de tout le monde, le projet est lancé.

Loosers magnifiques

Malheureusement, le film se rate dans sa tentative de produire un récit biographique et se montre bien trop creux sur cet aspect. Alors que Tim Burton plongeait dans la psychée d’Ed Wood pour décortiquer son oeuvre, The Disaster Artist ne s’attarde jamais sur les motivations et la vision de Wiseau et traite le personnage avec trop de distance pour le comprendre. Pourtant le long-métrage tire tout son intérêt dans la mention  » inspirée d’une histoire vraie  » qui finit par occuper tout l’écran. Si l’histoire n’était que pure fiction, l’excentricité de son protagoniste et la qualité douteuse de sa création ne relèveraient que de l’anecdote. Le problème est que The Disaster Artist ne se suffit pas à lui-même et ne semble s’adresser qu’aux fans de The Room. Ainsi, le néophyte qui se retrouve face au film est rapidement perdu face à la multiplication de références à Wiseau et son univers. Moins qu’un long-métrage autonome, The Disaster Artist est surtout un hommage bienveillant envers un nanar culte. Si les coulisses du navet constituaient à priori ce qui pouvait le plus intéresser le spectateur, le film se concentre bien plus sur l’amitié qui unit Greg et Tommy. D’un côté Wiseau, artiste misérable et pathétique dont on ne sait rien et de l’autre Sestero, jeune comédien trop timide. Les deux se rencontrent lors d’un cours de théâtre. La première apparition se concilie avec la manière dont le monde a découvert Wiseau, dans une performance minable mais passionnée. Les deux loosers magnifiques semblent aux antipodes et pourtant leur destin est encore intimement lié.

Une déclaration d’amour aux rêves

davefranco-jamesfranco-thedisasterartist-film-wiseau-sesteroLa description des coulisses ne devient finalement qu’un prétexte pour exposer la personnalité excentrique de Wiseau et sa relation avec Sestero, l’envers du décor comme présenté dans le long-métrage étant bien moins délirant que le fut la réalité. Dans le livre, on apprend que l’équipe a dû être changée 4 fois ou encore que l’interprète original de Mark a été viré au profit de Sestero. James Franco décide de filmer ces deux héros comme deux figures shakespeariennes prises entre leurs rêves et leurs illusions. Cette démarche atteint son acmé lors d’une joute verbale intense entre le duo lorsque Sestero veut confronter Wiseau à ses mensonges et à son caractère destructeur. The Disaster Artist est une véritable ode à la création et à l’amitié. Les deux hommes au cœur du film sont des ratés qui faisant  face à l’indifférence de l’industrie cinématographique vont réussir en faisant tout à l’envers.  En cela, il est totalement fascinant de voir comment ils ont su tirer un succès incroyable de ce qui aurait pu être une humiliation totale. James Franco signe une performance brillante (Golden Globe du meilleur acteur !) dans un exercice de mimétisme quasi-parfait. Aucun d’eux n’avait le talent nécessaire pour réaliser un film mais leur démarche semble finalement bien plus sincère que la plupart des grandes productions hollywoodiennes. Le véritable Tommy Wiseau a tout d’un personnage cinématographique. Comble pour lui, la meilleure histoire qu’il a su orchestrer est finalement sa propre vie.

 Bande-annonce : The Disaster Artist

 Fiche technique – The Disaster Artist

Réalisation : James Franco
Scénario : Scott Neustadter et Michael H. Weber, d’après le livre éponyme de Greg Sestero et Tom Bissell
Distribution : James Franco (Tommy), Dave Franco (Greg), Seth Rogen (Sandy), Alison brie (Amber), Zac Efron (Dan)…
Direction artistique : Rachel Rockstroh
Décors : Susan Lynch
Costumes : Brenda Abbandandolo
Photographie : Brando Tost
Montage : Stacey Schroeder
Musique : Dave Porter
Production : James Franco, Evan Goldberg, Seth Rogen James Weaver et Vince Jolivette
Sociétés de production : New Line Cinema, Good Universe, Point Grey Pictures et Rabbit Bandini Productions
Sociétés de distribution : A24 films (États-Unis) ; Warner Bros (France)
Genre : comédie dramatique biographique
Durée : 98 minutes
Date de sortie : 7 mars 2018 (France)

États-Unis – 2018

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