Arrête-moi si tu peux de Steven Spielberg : quand même les comédies sont réussies

Arrête-moi si tu peux est l’une des traques les plus amusantes du cinéma américain. Mettant en scène Tom Hanks aux côtés de Di Caprio, Spielberg fait de ce film la confirmation de son talent tous genres confondus.

synopsis : Dans les années soixante, le jeune Frank Abagnale Jr. est passé maître dans l’art de l’escroquerie, allant jusqu’à détourner 2,5 millions de dollars et à figurer sur les listes du FBI comme l’un des dix individus les plus recherchés des États-Unis. Véritable caméléon, Frank revêt des identités aussi diverses que celles de pilote de ligne, médecin, professeur d’université ou encore assistant du procureur. Carl Hanratty, agent du FBI à l’apparence stricte, fait de la traque de Frank Abagnale Jr. sa mission prioritaire, mais ce dernier reste pendant longtemps insaisissable… 

Inspirée d’une histoire vraie, cette comédie peut paraître surprenante dans la filmographie du réalisateur d’E.T. Mais Spielberg est aussi bon en comédie qu’en drame historique ou qu’en science fiction, il utilise toujours ses armes de cinéaste pour replacer ses films en apparence plus légers dans des sujets sérieux qui proposent bien plus qu’un simple divertissement. Arrête-moi si tu peux fait appel au thème de prédilection du réalisateur : l’enfance ou du moins la naïveté de la vie. Film personnel pour lui qui a vu ses parents se séparer, Spielberg choisit l’angle de l’empathie plutôt que celui de critiquer un système mettant à mal son pays.

Avec la relation père/fils entre Léonardo Di Caprio et Christopher Walken, le film rend son héros très touchant. La complicité qui lie les deux personnages rend les fautes du fils bien plus humaines qu’il n’y paraît. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’on se prend vite au jeu de la traque et que l’on espère même qu’il ne se fera pas prendre. Spielberg arrive à nous convaincre de l’humanité immense de Franck qui n’est pas seulement un escroc. arrête-moi-si-tu-peux-leonardo-di-caprioIl est plus bien plus que cela : c’est un fils qui idéalise son père et devient faussaire en essayant de l’imiter, puis un jeune homme qui fuit le divorce de ses parents en préférant s’enfermer dans sa nouvelle vie plutôt que d’affronter la réalité. C’est ce que Spielberg nous livre de sa propre vie aussi et de sa manière de s’être créé un mécanisme de défense lorsqu’il avait vécu lui-même cette situation.

On ne retient de ce film pas tant la réalisation en elle-même, ni la mise en scène bien que le travail des couleurs soit très symbolique en passant de nuances fades à des teintes plus jaunes lorsqu’il devient adulte. On retient surtout le jeu des acteurs qui porte littéralement le film :  que ce soit le trio masculin ou toutes les femmes à qui Di Caprio donne la réplique, ce sont eux qui créent l’ambiance si agréable du film et qui amusent autant le spectateur que le réalisateur derrière la caméra.

L’arrivée de Carl dans le film voit mûrir comme une seconde relation père/fils, celle que chacun n’a jamais pu avoir. Bien qu’ils apparaissent comme radicalement opposés, le spectateur assiste finalement à une rencontre entre deux hommes qui se complètent. Les deux se ressemblent : ils sont seuls, enfermés dans un autre monde qui leur fait fuir la réalité. Pour l’un, c’est le milieu de l’imposture qui régit sa vie, pour l’autre c’est celui du FBI. Autant de différences et d’oxymores qui s’avèrent construire une parfaite symétrie et réciprocité entre ces deux là. L’un et l’autre sont leur seul compagnie. Carl protège Franck des autres agents lorsqu’il se fait arrêter, ils s’appellent à chaque Noël et continuent de garder ce rituel en prison : autant d’attention et d’habitudes qu’un père pourrait avoir envers son fils et inversement. Cette relation naît aussi d’une certaine fascination de Carl envers Franck : comme souvent pour les policiers dans leur traque de criminel ou autres, il demeure une envie folle de comprendre ce qu’il se passe dans la tête de celui qu’on a en face de nous et surtout de savoir comment il a fait pour nous berner pendant tout ce temps, de saisir l’étendue de son intelligence. Dans le film, il lui demande à plusieurs reprises comment il a fait pour avoir l’examen du barreau. C’est la curiosité de l’un envers l’autre qui laisse peu à peu place à une certaine tendresse et affection entre eux deux, toujours sous-jacente dans les scènes où ils apparaissent tous les deux. Leur jeu va bien plus loin qu’une simple traque ou envie de justice, il est indéniablement humain et sentimental.

Arrête-moi si tu peux n’est donc pas l’histoire banale d’un bandit mais plutôt celle d’un jeune homme en quête de repères qui n’a trouvé que l’escroquerie pour cacher ses peines et se faire remarquer. Spielberg livre un film personnel aux airs légers avec un Di Caprio charmant en escroc.

Arrête-moi si tu peux : Bande-annonce

Arrête-moi si tu peux : Fiche Technique

Titre original : Catch Me If You Can
Réalisation : Steven Spielberg
Scénario : Jeff Nathanson, d’après l’oeuvre de Frank Abagnale Jr
Interprétation : Tom Hanks, Leonardo Di Caprio, Christopher Walken, Martin Sheen, Nathalie Baye, Amy Adams, Jennifer Garner
Image: Janusz Kaminski
Montage: Michael Kahn
Musique: John Williams (interprète : Franck Sinatra)
Décors : Jeannine Claudia Oppewalm
Costumes : Mary Zophres
Producteur(s): Walter Parkes, Steven Spielberg
Société de production: DreamWorks Pictures, Amblin Entertainment, Kemp Company, Splendid Pictures, Parkes/MacDonald Productions
Distributeur: United International Pictures
Récompenses : Meilleur acteur dans un second rôle (Christopher Walken)
Durée : 141 minutes
Genre : comédie, drame, thriller
Date de sortie : 12 février 2003

États-Unis – 2003

 

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Gwennaëlle Masle
Gwennaëlle Maslehttps://www.lemagducine.fr/
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