Critique : L’amant double, un film de François Ozon

Comme son titre l’indique, le nouveau film de François Ozon, L’Amant double, évoque à nouveau la duplicité trouble de l’être humain, (« il n’y a pas de monstres, il n’y a que des êtres humains », fait-il dire à un de ses personnages). Allant de plus en plus loin dans la provocation, le cinéaste a peut-être fait le pas de trop.

Synopsis : Chloé, une jeune femme fragile, tombe amoureuse de son psychothérapeute, Paul. Quelques mois plus tard, ils s’installent ensemble, mais elle découvre que son amant lui a caché une partie de son identité…

Sex is comedy

A peine son dernier film, Frantz, digéré, voilà que le prolixe François Ozon tente de nous retourner le cerveau avec un film vendu comme un thriller érotique et qui de fait, recèle quelques moments de suspense, et beaucoup d’autres de sexe.

Ce n’est certes pas le début de L’Amant double qui va nous effrayer, avec la mise en place de la relation entre Chloé (Marine Vacth) , une jeune et jolie femme vaguement dépressive, et son psy Paul Meyer (Jérémie Rénier). En effet, Chloé se plaint de douleurs insupportables au ventre, et sa gynécologue, dans le cabinet de laquelle s’est d’ailleurs tenu en séquence d’ouverture du film un examen médical d’anthologie, annonciateur de l’état d’esprit d’Ozon pour le film, sa gynécologue donc, à force d’impuissance à identifier son problème, l’envoie consulter un psychiatre. Ozon s’amuse avec son thème dans ces premières minutes extraites de plusieurs séances, en utilisant des split-screens représentant deux fois la même scène, des jeux de miroir où reflets et sujets se répondent, et toute sorte de trouvailles plus ou moins inspirées pour jouer avec l’idée d’une identité double. Est-ce Paul ou Chloé, qu’on voit démultipliée dans des miroirs à facettes, qui est l’amant (ou la maîtresse) double ? Est-ce que ce qu’on voit est réalité ou fantasme, nul ne le sait, et pour cela, on peut dire qu’Ozon respecte le cahier des charges du film à mystères.

l-amant-double-francois-ozon-film-review-cannes 2017-selection-officielle-photo2Au fur et à mesure que le film se déroule, ce mystère s’épaissit, se dissipe, se renforce à nouveau, avec des twists plus ou moins d’envergure. Marina Vacth est impeccable dans le rôle de cette jeune femme névrosée, dont les douleurs abdominales sont le curseur qui mesure son bien-être ou plutôt son mal-être mental. Jérémie Rénier est parfait dans le rôle du psychiatre inquiétant à qui on ne confierait même pas son chaton, mais qui va bien sûr attirer la jeune Chloé en un rien de temps. Myriam Boyer excelle dans le personnage de la voisine du nouveau couple formé assez rapidement par Paul et sa patiente Chloé, une voisine à la Rosemary’s baby, avec son petit sourire ambigu en coin qui présage d’inquiétants évènements. Pour le côté thriller, le spectateur est donc servi, même s’il ne faut pas être trop trop regardant en terme de scenario, mais pour le côté érotique, il repassera…

L’Amant double est en effet affublé d’un défaut que d’aucuns pourraient qualifier de force, c’est qu’il est incroyablement froid. Même la chaleur boisée et années 30 du très bel immeuble Mallet-Stevens qui sert de décor à plusieurs séquences du film est anéantie par une mise en scène trop épurée, voire clinique, une ambiance impersonnelle et glaciale censée répliquer les sentiments de la protagoniste (il est question de frigidité dans le film). Alors, les scènes sexuelles les plus audacieuses peuvent s’enchaîner, la salle entière ne peut que rester de marbre dans un tel contexte. La surenchère que propose Ozon dans le domaine peut paraître du coup très incongrue, et peut dérouter le spectateur.

Sélectionné au dernier Festival de Cannes, L’Amant double en est reparti bredouille, signe peut-être de sa relative faiblesse. Soucieux d’aller de plus en plus loin dans l’exploration de son sujet, celui du désir féminin, récemment évoqué dans Jeune et jolie avec la même Marine Vlacth, il semblerait que le cinéaste en ait fait trop, au risque de passer pour un vulgaire racoleur.

Même si on ne peut nier à Ozon une mise en scène très soignée, servant ses thématiques de prédilection (Je est un autre, ce genre de choses) avec beaucoup d’adresse, on reste quelque peu sur sa faim avec L’Amant double. In fine, le film prometteur au début se délite en cours de route à force de scènes caricaturales et d’explications pas très crédibles, l’éloignant définitivement des maîtres du thriller psychologique tels que Hitchcock dont il est flagrant que le cinéaste se réclame. Une livraison mitigée donc pour ce cru 2017, mais qui ne présage en rien de l’évolution du cinéma de François Ozon qui ne manque certainement pas d’imagination.

L’Amant Double : bande annonce

L’Amant double : Fiche technique

Scénario et réalisation : François Ozon
Interprètes : Marine Vacth (Chloé), Jérémie Rénier (Paul), Myriam Boyer (Rose), Jacqueline Bisset (Mme Schenker).
Photographie : Manuel Dacosse
Montage : Laure Gardette
Musique : Philippe Rombi
Producteur : Eric et Nicolas Altmayer
Sociétés de production : Mandarin cinema, Scope Pictures
Société de distribution : Mars Distribution
Genre: thriller
Durée : 110 minutes
Date de sortie : 26 mai 2017

France-Belgique- 2017

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Beatrice Delesalle
Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal. Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme. Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent. Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.

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