Cannes 2017 : Une plongée hardboiled dans le quartier de Bushwick

Comme en réponse à une sélection officielle trop prude, la Quinzaine des réalisateurs nous offre un nouveau film audacieux, soit 90 minutes de plan-séquence dans un New-York en feu et à sang.

Synopsis : En sortant du métro pour aller chez sa grand-mère avec son petit-ami, Lucy se retrouve dans les rues de Buschwick un quartier de Brooklyn, plongé dans un véritable bain de sang. Dans un contexte de séparatisme vis-à-vis de l’Union, les milices texanes envahissent New York pour en faire leur base d’opérations sur la Côte Est et s’en servir d’outil de négociations. Face à ce chaos, Lucy se réfugie dans le sous-sol de Stupe, un robuste vétéran. Ce dernier l’aide à traverser, à contrecœur, les quelques blocs de Bushwick la séparant de la maison de sa grand-mère – en supposant que celle-ci existe toujours.

Bushwick-film-Brittany-Snow-Dave-Bautista-festival-cannes2017-quinzaine-des-realisateurs

Qui n’a jamais rêvé de voir Brittany Snow (Pitch Perfect 1 & 2, The Hit Girls…) et Dave Bautista (Spectre, Les Gardiens de la Galaxie vol.1 & vol.2…) faire équipe dans un monde contemporain à ce point en proie au chaos que l’adjectif « post-apocalyptique » serait approprié ? Cette recette improbable – et pourtant tellement dans l’air du temps – Cary Murnion et Jonathan Milott, les réalisateurs du déjà très surprenant Cooties (qui suivaient des enseignants survivre à des enfants assoiffés de sang), l’ont fait pour nous ! Il leur aura toutefois fallu plusieurs années de durs labeurs – et le soutien financier de Netflix – pour y arriver. Dès les premières minutes, leur goût pour faire surgir dans le cadre les éléments les plus improbables ainsi que la maîtrise de leur plan séquence se font ressentir.. C’est l’alliance de ces deux éléments qui fera de leur film un petit divertissement efficace en jonglant constamment entre le champs et le hors-champ afin d’être violent, sans être extrême. Sans jamais atteindre la fluidité d’un Birdman, puisque les coupes du montage restent franchement visibles, le pouvoir d’immersion quasiment vidéoludique de leur dispositif va se maintenir jusque dans les dernières minutes, à un moment où notre attention ne sera plus du tout sur les mouvements de caméra. Notre attention ira en réalité se porter sur la façon dont le charme virginal de Brittany Snow forme une alchimie cinégénique parfaite avec le physique ultra-viril de Bautista, faisant d’eux un duo assez archétypal mais dont la relation est suffisamment bien écrite pour les amener vers une conclusion pleine d’émotions. Le fait qu’il s’agisse en réalité de cinq plans séquence d’une durée de 15 à 30 minutes est déjà un petit exploit en soi, et qu’on le remarque à peine est la preuve de la maestria de l’ouvrage. Le discours politique n’est pas non plus à négliger puisqu’il s’agit ni plus ni moins que d’une extrapolation de l’ultra-violence vers laquelle semble nous mener le populisme identitaire, car là où tout réalisateur américain aurait posé comme antagonistes des envahisseurs étrangers, il s’agit ici d’une nouvelle guerre de Sécession, ce qui apparaît comme un scénario plus redoutable encore. Film d’action pour midinettes, exercice de style prémonitoire ou simplement buddy-movie survitaminé, Bushwick est un long-métrage qui maîtrise ses partis-pris formels et ne devrait avoir aucun mal à trouver son public. Pour nous, à Cannes, c’est surtout une preuve de plus que les sélectionneurs de la Quinzaine des Réalisateurs peuvent aisément nous surprendre.

[QUINZAINE DES REALISATEURS] Bushwick

Un film de Cary Murnion et Jonathan Milott
Avec David Bautista et Brittany Snow
Distributeur : Netflix
Durée : 94 minutes
Genre : Action
Date de sortie : Prochainement sur Netflix

Etats-Unis – 2017

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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