« Atlas des années 1960 » : les sixties expliquées et illustrées

Cent cartes pour parcourir une décennie que la mémoire tend parfois à réduire à ses refrains et à ses couleurs. Avec cet Atlas des années 1960, Gordon Kerr et l’illustratrice Claire Rollet font voisiner l’effervescence culturelle, les conquêtes sociales et les lignes de fracture qui traversent le monde.

C’est une histoire circonscrite (les années 60) qui peut se feuilleter avec discontinuité. Chacune des cartes ici rassemblées présente des lieux, des dates ou des trajectoires. Quelques paragraphes les relient ensemble et donnent à voir ce qui se joue, au même moment, d’un continent à l’autre. La géographie fait donc office de fil narratif : elle rapproche des événements que les récits chronologiques tiennent volontiers à distance. Cet Atlas des années 1960 passe des alliances de la guerre froide aux nouveaux objets du quotidien, du British Beat aux dictatures, des luttes pour les droits civiques aux compétitions sportives. Ses illustrations donnent au livre une prise accueillante, en dépit des violences qu’il raconte.

Prenons l’exemple de 1968. On y rassemble des contestations en France, aux États-Unis, au Mexique, en Tchécoslovaquie ou en Afrique du Sud : la colère n’a pas partout les mêmes motifs, mais la simultanéité frappe évidemment. La culture a voix au chapitre. Le 5 octobre 1962, « Love Me Do », premier single des Beatles, paraît au Royaume-Uni tandis que Dr. No, premier James Bond au cinéma, est présenté à Londres. Quelques pages plus loin, la carte des objets convoités place côte à côte le transistor de poche, l’appareil photo Instamatic et le magnétophone à cassette : autant de petits appareils qui déplacent la musique, l’image et les usages dans la vie ordinaire.

On ne demande pas à cent cartes de remplacer une histoire complète des Sixties. Elles en proposent toutefois une entrée multiple et souvent éclairante, où l’élan de la jeunesse côtoie les dictatures, la guerre du Vietnam et les inégalités persistantes. L’ouvrage rappelle ainsi que la décennie ne fut pas seulement une bande-son hippie ou une promesse de liberté politique : ce fut aussi un monde en recomposition, parcouru de ruptures dont les effets se font encore sentir aujourd’hui.

Pour s’en rendre compte, il suffit de se reporter aux pages sur les dictatures, les crises géopolitiques ou les mutations sociales et sociétales. Car Gordon Kerr et Claire Rollet donnent à voir, sans s’empeser, ce qui a constitué l’étoffe d’une décennie fondatrice à bien des égards.

Atlas des années 1960, Gordon Kerr et Claire Rollet
Point Nemo, 14 octobre 2026, 200 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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