Cannes 2017 : Nothingwood, le film qui nous rappelle pourquoi on aime le cinéma !

On pourrait croire qu’il s’agit d’un pur personnage de comédie, entre Borat et Steven Seagal, mais non, Salim Shaheen est bien réel et Nothingwood, le film qui lui est consacré, est un documentaire. Parce qu’il alimente l’imaginaire de tout un pays en proie à la guerre, ce frétillant bisseux est l’incarnation de ce que le cinéma a de meilleur, il avait donc sa place à Cannes.

Synopsis : À une centaine de kilomètres de Kaboul, Salim Shaheen, l’acteur-réalisateur-producteur le plus populaire et prolifique d’Afghanistan, est venu projeter quelques-uns de ses 110 films et tourner le 111ème au passage. Ce voyage dans lequel il a entraîné sa bande de comédiens, tous plus excentriques et incontrôlables les uns que les autres, est l’occasion de faire la connaissance de cet amoureux du cinéma, qui fabrique sans relâche des films de série Z dans un pays en guerre depuis plus de trente ans. Le Prince de Nothingwood livre le récit d’une vie passée à accomplir un rêve d’enfant.

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Une sélection cannoise en demi-teinte, il n’en fallait pas plus pour remettre en doute la passion des hordes de cinéphiles venus sur la Croisette. Fort heureusement, les équipes de la Quinzaine des Réalisateurs ont su dénicher la petite perle qui allait raviver notre flamme. Sonia Kronlund le dit elle-même : qu’elle a filmé jusque-là en Afghanistan s’apparentait à des reportages sordides sur des crimes de masse et autres situations déprimantes. En voulant comprendre ce qui permettait à ses habitants de tenir le coup malgré ces exactions, elle a vite compris qu’il s’agissait de la faible industrie cinématographique locale, et que celle-ci gravitait autour d’une figure incontournable. Il était alors légitime qu’elle veuille le rencontrer et on la remercie de l’avoir filmé pour nous le présenter.

Apparaissant comme un grand enfant devant cette boîte de jouets que l’on appelle 7ème art, Salim Shaheen est un bonhomme que l’on aimerait détester à la vue de son orgueil démesuré et de ses caprices sur les plateaux de tournage improvisés, mais que l’on ne peut qu’adorer au regard de cette naïveté puérile qui se dégage de son travail. Les conditions de travail exécrables dont il s’accommode et la bonne humeur dont il fait preuve à longueur de journée apparaissent comme un bouclier aux horreurs qui l’entourent, et font de lui un génie dans son domaine, quand bien même ce domaine en question est celui du gros nanar que l’on aurait du mal à regarder au-delà des quelques extraits qui nous sont présentés au compte-goutte dans le film.

Autour de lui, il n’hésite pas à embaucher les membres de sa famille et ses amis, dont l’un d’eux a particulièrement tapé dans l’œil du public cannois : il s’agit d’un comédien amateur outrancièrement efféminé, se faisant surnommer « cousine » et qui apparait fièrement comme un symbole de cette communauté homosexuelle (le mot n’est jamais dit bien sûr, la question sexuelle n’est même jamais évoquée puisqu’il se présente comme marié et père de famille) dans ce pays rétrograde où l’on devine le degré de stigmatisation qu’il risque en affichant ne serait-ce que son goût pour le travestissement.

Shaheen nous raconte sa vie à travers des saynètes qui n’ont d’ailleurs pas vocation à s’assembler pour constituer une autobiographie. On apprend ainsi qu’il a commencé à se filmer très jeune et que son court passage à l’armée lui a permis de se faire passer pour un héros de guerre et ainsi de se créer un semblant de notoriété. Ses petites crapuleries ne sont rien au regard de cette confiance en soi et de cette passion monomaniaque dont il fait preuve et qui sont, incontestablement, la formule qui a fait de lui une star, pour ne pas dire un demi-dieu. Un exemple à suivre pour tous les jeunes ambitieux qui veulent se faire connaitre et une piqûre de rappel à ceux qui croient que le cinéma n’est qu’une industrie. Non, le cinéma est avant tout une machine à rêves et il est important d’avoir des gens qui l’alimentent !

[QUINZAINE DES REALISATEURS] Nothingwood

Un film de Sonia Kronlund
Avec Salim Shaheen
Distributeur : Pyramide Distribution
Durée : 1h25
Genre : Documentaire
Date de sortie : 14 Juin 2017

France, Afghanistan – 2016

Nothingwood : Bande-annonce

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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