The Mandalorian and Grogu, ou la saga Star Wars à bout de Force ?

Sept ans. Sept longues années sans que la galaxie lointaine, très lointaine ne daigne se montrer dans nos salles obscures. Pas de quoi créer le moindre sentiment de manque pour autant, tant Disney s’est senti obligé de tuer toute attente ou aura autour de la saga Star Wars, en nous bombardant de séries Disney +. Dans l’idée, pas de soucis, la plateforme est faite pour ça. Sur le papier, on a enchaîné les catastrophes industrielles. Seules lumières à travers le côté obscur de la farce, les séries d’animations et deux séries live action. L’une d’entre elles, The Mandalorian, évolue sur nos écrans pour le grand retour de la saga. Alors, que vaut The Mandalorian and Grogu ? Ben… ça existe. Voilà.

The Mandalorian, c’est deux excellentes saisons dans l’univers de Star Wars, suivies d’un troisième acte plus… difficile, pour rester poli. C’est Disney+ à ses débuts, quand ils essayaient encore de faire que leurs séries ressemblent à quelque chose. C’est Dave Filoni, quand il créait encore autour de La Guerre des Etoiles, avant qu’il comprenne qu’il suffisait qu’Hayden Christensen fasse son mouvement du dos dans des séries catastrophiques pour satisfaire le public. Bref, c’est ce qu’on attend de la licence : une œuvre qui ne donne pas l’impression d’avoir un sabre laser braqué sur la tempe si elle ne s’intègre pas à la nonalogie Skywalker. Un film Star Wars peut aussi explorer le lore, raconter d’autres choses et agrandir l’univers créé en 1977 par George Lucas. En ce sens, difficile de reprocher au film ce qu’il est : une œuvre parfaitement inoffensive autour de deux personnages adorés des fans, rien de plus, rien de moins. Non, pas d’apparition de Luke Skywalker rajeuni numériquement. Pas de mini Ben Solo que l’on verrait en coup de vent ou de Faucon Millenium en arrière plan. Et, plus surprenant encore, aucune allusion au retour du Grand Amiral Thrawn ou d’Ezra Bridger, qui aurait amorcé la saison 2 de la série Ahsoka. Non. Le Mandalorian and Grogu, c’est le Mandalorian et Grogu, épicétou.

Un peu, grogu, passionnément

D’un côté, on apprécie. Contrairement à Marvel, Star Wars semble vouloir garder des histoires indépendantes pour le cinéma. Pas besoin de faire ses devoirs et de mater 15 séries nulles pour comprendre qui est qui, ou de quoi parle tel personnage. Rassurez-vous donc, si vous n’avez pas vu les trois saisons, ou même un seul épisode de la série principale, vous pouvez voir ce film sans craindre d’être perdu. Mando (le Mandalorien) a la classe, Grogu (Bébé Yoda) est mignon, c’est le plus important. Alors, certes, le film vous balance quelques personnages comme si vous aviez grandi avec, mais l’intrigue principale reste parfaitement autonome. Là où ça blesse, c’est que de cette volonté de faire du projet une histoire totalement indépendante naît un défaut important : l’absence totale de toute tension dramatique ou d’importance pour le futur de la saga. Nos héros possèdent une immunité scénaristique en beskar armé et le scénario suit une autoroute certes pas désagréable, mais prévisible au possible. Mandalorian and Grogu, c’est les trois premiers épisodes de la saison 4, avec un peu plus de budget. C’est le minimum d’enjeu, pour être certain de ne pas bousculer Ahsoka et les autres œuvres à venir dans cette chronologie. La comparaison avec des épisodes n’est pas anodine, tant le découpage de l’histoire semble construit pour diviser le film en 4 segments de 30 minutes, à balancer plus tard sur la plateforme. Comparer l’histoire à un début de saison fait sens aussi, tant rien n’a changé, pour personne, à l’issue des 2h.

Le pire, c’est que c’est pas mauvais. Enfin, à l’échelle de ce Star Wars est devenue en dix ans, c’est pas si mal. On passe même un moment plutôt sympa. Le souci, c’est que l’aspect téléfilm de luxe se ressent trop souvent. Comme d’habitude avec Disney, le chef de la photographie semble s’être perdu dans les limbes de la force, tant le film est éclairé comme une série télévisée. Jon Favreau sait ce que les fans attendent d’une aventure du duo et joue dessus. Les scènes d’actions sont nombreuses et franchement réussies, avec une entrée de Mando diablement efficace de caractérisation. Malheureusement, la magie Star Wars a disparu et on sort de la salle sans grand chose à dire, tant il ne s’est rien passé. L’histoire se suit, oui. Les décors sont magnifiques, top. Mais le cœur du film lui, n’essaye rien.  Le traumatisme de l’Episode VIII : Les Derniers Jedi semble encore trop frais dans l’esprit de Lucasfilm. Tout est fait pour que le vaisseau continue son trajet en pilote automatique. Seule la musique propose des sorties de route très inhabituelles pour la franchise et ça passe plutôt pas mal. Certains diront que l’absence de Jedi est préjudiciable. Non. Andor et Rogue One existent (le final avec Vador ne rend que meilleur un film déjà exceptionnel). Et c’est ça, le problème principal de Mandalorian and Grogu. A trop vouloir faire plaisir aux fans de Grogu, il en oublie les passionnés de cinéma.

Parce que oui, le film se destine au cinéma et, comme dirait l’autre, il faut le considérer en tant que tel. Malgré tous ses énormes défauts qui font de lui le pire de la saga, L’ascension de Skywalker proposait de belles idées visuelles, de mise en scène. C’était le film avec le pire scénario jamais conçu, mais on ne sortait pas de la salle avec l’impression d’avoir vu un téléfilm. On vous dira surement que bon, ça va, c’est pour les enfants. Non. En 1977 aussi, le public visé était très jeune. Pourtant, l’Histoire s’en souvient encore. Faire de la mise en scène, du cinéma, ça ne coute pas plus cher. Ca demande du travail, de l’ambition, des qualités d’écriture et surtout, une bonne coordination entre les différentes équipes qui composent un long métrage. Obsession, sorti ce mois-ci avec 750 000 dollars de budget, est d’ores et déjà considéré comme l’un des meilleurs films d’horreur de ces 20 dernières années. Mandalorian and Grogu, malgré son manque d’ambition narrative vis-à-vis de l’univers, aurait pu se vanter d’être le meilleur western spatial jamais sorti. Non, c’est une petite chose mignone, qui ne fait pas de mal à une mouche et dont personne ne se souviendra, tant notre regard est déjà tourné vers l’avenir. La saga mérite mieux. Pedro Pascal et Sigourney Weaver, qui apparaît dix minutes à tout casser, aussi.

The Mandalorian and Grogu – bande-annonce

The Mandalorian and Grogu – fiche technique

Réalisation : Jon Favreau
Scénario : Jon Favreau, Dave Filoni, Noah Kloor
Interprètes : Pedro Pascal, Sigourney Weaver, Jeremy Allen White, Steven Blum, Jonny Coyne
Photographie : David Klein
Décors : Doug Chiang, Andrew L. Jones
Costumes : Mary Zophres
Montage : Rachel Goodlett Katz, Dylan Firshein
Musique : Ludwig Göransson
Producteurs : Jon Favreau, Kathleen Kennedy, Dave Filoni, Ian Bryce
Société de production : Lucasfilm
Pays de production : États-Unis
Société de distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures
Durée : 2h12
Genre : Aventure, Fantastique, Science-Fiction
Date de sortie : 20 mai 2026

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2.5

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Dimitri Redier
Dimitri Redierhttps://www.lemagducine.fr/
Film préféré (Gladiator) - Série préférée (Mr Robot) - Acteur préfére : (Benedict Cumberbatch) - Actrice préférée (Emma Stone) - Réalisateur préféré (Denis Villeneuve) - Jeu vidéo préféré (The Last of Us 2) - Plat préféré (Les sushis…ça n’a aucun rapport mais je suis sûr que vous vous posiez la question)

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