« Mon carnet de films et séries » : devenir cinéphile, une page après l’autre

Les éditions Larousse publient Mon carnet de films et séries, imaginé par le vidéaste Amaury Dumontet. Un outil pratique, que l’on imagine avant tout entre les mains de cinéphiles en herbe. C’est en tout cas de cette manière que l’on a choisi de vous le présenter. En « je » et avec un peu d’imagination.

Quand j’ai ouvert ce carnet pour la première fois, j’ai vu un territoire vierge. Des pages blanches, des rubriques bien pensées, des défis à relever. Et l’évidence qu’il faut apprivoiser les films en plus de les consommer et de les apprécier.

Je suis de cette génération qui a grandi avec les plateformes, les recommandations automatiques, le « Vous aimerez aussi ». Je regardais beaucoup, mais je retenais peu. Ce carnet m’a forcé à ralentir le rythme, à problématiser les images.

La première claque, ce sont peut-être les pages « Awards ». Attribuer un prix au meilleur huis clos, au meilleur couple de cinéma, à la meilleure scène d’ouverture… Cela paraît enfantin, presque naïf. Mais au moment d’écrire, je me suis surpris à hésiter. Est-ce que ma scène d’ouverture préférée est celle d’Inglourious Basterds de Quentin Tarantino ? Ou l’explosion de couleurs de La La Land de Damien Chazelle ? Pourquoi l’une plutôt que l’autre ? Pour la première fois, je devais argumenter – face à moi-même.

Même chose côté séries. Sacrer une « meilleure mini-série » ou une « meilleure fin », c’est repenser à toutes ces nuits blanches, à ces épisodes enchaînés sans voir l’heure passer. Le carnet transforme mes souvenirs flous en choix assumés. Il m’oblige à trancher.

Puis je suis tombé sur la page « 3 films de… ». Sofia Coppola, David Fincher, Akira Kurosawa, Stanley Kubrick, Agnès Varda. Là, j’ai compris que le carnet me mettait au défi. Je connaissais un film de Kubrick, vaguement deux de Fincher. Trois ? Il fallait creuser. Chercher. J’ai commencé à voir les obsessions, les motifs, les manières de cadrer le monde. Ce n’était plus une succession de titres, mais des univers cohérents mis en branle, ou plutôt en images.

Le défi « 48 h chrono » a achevé de me convertir. Regarder un film sorti avant ma naissance. Enchaîner un documentaire et une fiction. Découvrir deux pays en deux films. Ce week-end-là, j’ai voyagé davantage et plus loin qu’en plusieurs mois. Le carnet transformait mon salon en salle de programmation personnelle.

Le « Ticket d’or ». Choisir le film que je ferais découvrir à la personne que j’aime. Celui qui représente ma vie. Celui dans lequel j’aimerais vivre. Celui que je garderais pour toujours. J’ai mis du temps à écrire. Parce que ces réponses parlent de moi plus que de cinéma. Mon film-refuge n’est pas le plus prestigieux. Mon film-vie n’est pas forcément le plus acclamé. Le carnet m’a appris à assumer cela.

« La boîte de Pandore » m’a fait sourire. Ces films que j’ai honte d’aimer… J’en ai noté cinq. Et en les écrivant, j’ai réalisé que la honte était inutile. Le goût est un cheminement personnel, pas toujours rationnel d’ailleurs.

Il y a aussi ces pages espiègles : « 4 scènes spicy du cinéma ». Évaluer le niveau de « piment » d’une scène, c’est reconnaître que le cinéma est aussi affaire de trouble, de désir, d’émulation. Mieux, le « dîner cinéphile » est devenu mon fantasme préféré. Inviter six personnalités autour d’une table. J’ai imaginé une conversation improbable entre John Carpenter et Stanley Kubrick. J’ai rêvé d’entendre Akira Kurosawa parler du Japon, Almodovar de l’Espace, Bong Joon-ho de la Corée.

Et puis, il y a la fiche détaillée, presque scolaire, pratico-pratique, peut-être moins intéressante aussi : titre, réalisateur·rice, acteurs, genre, émotions, synopsis, avis, scène préférée, envie de revoir. Au début, j’avoue que cela me semblait excessif. Tout notifier. Aujourd’hui, c’est devenu un rituel. Écrire mon avis, c’est fixer l’instant. Noter mes émotions, c’est mesurer l’impact réel du film. Parfois, quelques mois plus tard, je relis et je souris : j’ai changé. Mon regard aussi.

Ce carnet ne m’a pas appris à aimer le cinéma. Il m’a appris à le pratiquer. À le questionner. À le mémoriser. À le relier à ma propre histoire. Je pensais être cinéphile parce que je voyais beaucoup de films. Je découvre que je le deviens parce que je prends le temps d’y penser. Page après page, je ne remplis pas seulement un carnet. Je construis ma cinéphilie.

Mon carnet de films et séries, Amaury Dumontet
Larousse, 14 janvier 2026, 160 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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