WIPP Festival #10 : Dix ans d’un laboratoire unique de création

Pour ses dix ans, le WIPP Festival continue de défendre ce qui fonde son identité : montrer des films avant qu’ils n’existent, donner la parole aux scénaristes, célébrer l’écriture et les univers en gestation. Invité cette année au jury professionnel, Le Mag du Ciné plonge au cœur de cette édition anniversaire qui rassemble à Commune Image, du 3 au 6 décembre, vingt-deux projets en développement, des rencontres professionnelles, et une ouverture célébrant des films passés par le festival.

En rejoignant cette année le jury professionnel du WIPP, notre rédacteur en chef Jérémy Chommanivong plongera au cœur d’un festival à part. Le WIPP, pour Work In Progress Performance, fête en 2025 sa dixième édition, et demeure un événement véritablement singulier : un festival consacré non pas aux films achevés, mais aux œuvres en cours d’écriture. Une décennie d’un travail patient, décrit avec force dans l’édito de sa directrice artistique Mélanie Aubert. Celle-ci rappelle comment le WIPP a grandi avec l’ambition de « défendre la création cinématographique dès son développement, où auteurs et auteurs disposent de l’espace et du temps nécessaires pour sublimer les contours de leurs œuvres en gestation ».

Né en 2015 à Commune Image, à Saint-Ouen, le festival rassemble aujourd’hui auteurs, techniciens, producteurs, étudiants, diffuseurs et cinéphiles dans un lieu pensé comme un véritable carrefour de la création. Nous y retrouvons la même énergie qu’à ses débuts : un espace chaleureux, fertile, où les projets se frottent aux regards du public et des professionnels, où les films peuvent commencer à prendre corps.

Le concept : quinze minutes pour faire exister un film

Ce qui fait la singularité du WIPP, c’est son format. Chaque scénariste dispose de quinze minutes pour présenter son projet sur scène, de la manière la plus libre possible. Sur les éditions précédentes, nous avons vu se succéder lectures, performances théâtralisées, projections d’images, recherches visuelles, ambiances sonores… Une liberté totale qui reflète la vocation du festival : montrer le cinéma en train de se créer, avant le tournage, parfois même avant la version dialoguée du scénario.

En 2025, ce ne sont pas moins de 22 projets, courts et longs métrages, fiction et documentaire, animation et prises de vues réelles, qui monteront sur scène. Chaque film a été accompagné en amont par l’une des structures partenaires ou provient de l’appel à projets « Émergence Seine-Saint-Denis », permettant à deux jeunes auteurs du territoire d’intégrer la sélection officielle.

Cette diversité est la force du WIPP : des premiers films côtoient des voix confirmées, des récits intimes rencontrent des propositions plus expérimentales, le documentaire se mélange à l’animation, et le public passe d’un univers à un autre sans transition.

Une ouverture entre réflexion et célébration

Cette édition anniversaire s’ouvre le mercredi 3 décembre avec une série de tables rondes thématiques, qui constituent déjà une plongée dans les enjeux contemporains de la création :

  • Les secrets du développement de l’animation
  • Accompagner un projet documentaire
  • Faire produire son premier film : du rêve à la réalité

Ces temps d’échange jouent un rôle essentiel : ils permettent aux jeunes cinéastes de comprendre la réalité des processus de production, de rencontrer des experts, de situer leur propre trajectoire.

La soirée d’ouverture se poursuit par une projection-événement : Dans la Boue d’Andy Buron et La Cure Thermale de Joséphine Habif, deux films qui ont précisément pris leur envol… au WIPP. En 2021, leurs projets n’étaient que des performances sur scène ; quatre ans plus tard, les œuvres existent, distribuées par Manifest, prêtes à rencontrer le public. Les cinéastes reviennent d’ailleurs sur scène avec leur producteur ou productrice pour raconter ce chemin, de l’écriture à l’écran.

Une ouverture qui célèbre l’essence même du festival, car ses projets ne sont pas des promesses incertaines. Certains deviennent bel et bien des films.

WIPP-10-programme-officiel

Trois jours d’exploration d’univers en gestation

Du jeudi au samedi, les onze sélections se succèdent, chacune réunissant deux projets issus d’un dispositif d’accompagnement. Nous découvrons ainsi les pitch-performances du Groupe Ouest, d’Émergence Seine-Saint-Denis, de Valence Scénario, d’Aide à l’écriture de la Région Île-de-France, de Séquences 7, Cinémas 93, des Femmes s’Animent, du GREC, de La Ruche d’ADDOC de La Scénaristerie.

Depuis notre place de juré, nous observons ce moment rare où le film cherche sa forme : les intentions se clarifient, les regards s’affûtent et la mise en scène se dessine. Le public, très impliqué, participe aussi aux discussions et nourrit les échanges.

Au-delà des sessions publiques, le WIPP organise également des rencontres professionnelles réservées aux auteurs sélectionnés, l’occasion d’approfondir avec eux les potentialités de production, les besoins dramaturgiques ou les prochaines étapes de développement.

Une clôture qui récompense l’audace

Le samedi soir, après trois jours de performances, les lauréats découvrent enfin les prix décernés par le jury professionnel (dont nous faisons partie) et le jury étudiant : meilleur projet de long métrage documentaire, long métrage fiction, court métrage, animation, auteur débutant, performance, ainsi que le Prix Talents en Court décerné pour la première fois cette année.

La soirée de clôture réunit auteurs, jurés, partenaires et public dans une ambiance joyeuse et décontractée. C’est un moment de célébration, mais aussi d’élan. Beaucoup d’histoires se poursuivent à Commune Image, laissant ainsi naître de futures collaborations.

Les parcours révélés par le WIPP : une rampe d’élan vers le cinéma

Au fil des années, plusieurs projets passés par le WIPP ont trouvé financements, partenaires, ou ont tout simplement pu éclore. En 2020, Jonathan Millet est monté sur scène pour présenter Les Fantômes, son premier long métrage de fiction, alors en développement avec le Moulin d’Andé. Quatre ans plus tard, en février 2024, le film touche à la fin de sa post-production, et en mai la même année, il est projeté à la Semaine de la Critique du 77ᵉ Festival de Cannes — une trajectoire exemplaire née, en partie, au WIPP.

D’autres réussites témoignent de la façon dont ce festival agit comme catalyseur. Ainsi, Maud Konan, lauréate du Prix du Jury Étudiant lors du WIPP #7, décroche ensuite l’aide à l’écriture du CNC. Son projet initial sera finalement mis en pause, mais sa présence au WIPP lui permet de rencontrer le producteur Allan Masson. De cette rencontre naîtra un nouveau court métrage, Celle qui meurt vivra, aujourd’hui soutenu par la Région Grand Est et en cours de financement.

Autant de preuves que le WIPP ne produit pas seulement des séances performées : il fait naître des rencontres, des trajectoires, et parfois l’avenir même d’un film.

Pourquoi nous soutenons le WIPP

En tant que rédaction invitée au jury professionnel, nous voyons dans le WIPP un festival essentiel. Parce qu’il valorise les scénaristes, défend la création indépendante, et rend visibles des projets fragiles, audacieux, hybrides, qui ne trouvent pas toujours leur place dans les circuits traditionnels. Et parce qu’il permet à chacun de découvrir le cinéma avant même qu’il existe, dans sa forme la plus brute et la plus vibrante.

Pour ses dix ans, le WIPP confirme sa pertinence : un espace où les films se cherchent et parfois se révèlent. Un lieu où l’on se rencontre, où l’on apprend, où l’on partage. Un festival où le cinéma ne se consomme pas, mais se construit.

Et nous sommes fiers, cette année, de participer à cette construction.


Informations pratiques

WIPP Festival #10 — Work In Progress Performance
📍 Commune Image, 8 rue Godillot, 93400 Saint-Ouen
📅 Du 3 au 6 décembre 2025
💬 Tables rondes, performances, rencontres professionnelles, projection d’ouverture
🎟️ Entrée libre et gratuite
🔗 Plus d’informations : programme complet, partenaires et sélections disponibles dans le Catalogue WIPP #10

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