Cinemania 2025 : On vous croit, un choc minimaliste

On peut affirmer de manière évidente que cette première œuvre réalisée à quatre mains ne passera pas inaperçue. On vous croit est d’une puissance rare. Et si les débuts de ce film très court peuvent dérouter et laisser augurer du pire, on est vite rattrapé par la maestria implacable de ce qui va suivre. Et pourtant, pas de scènes extrêmes ici : on est juste face à une histoire judiciaire comme il en existe malheureusement tant, une histoire de (sur)vie et de combat face à l’injustice d’une situation et face à la Justice elle-même. L’horreur ici vient de ce qui se tapit dans les foyers, derrière les murs. Par le biais de choix ultra-minimalistes, les cinéastes en herbe vont focaliser à raison notre attention sur la seule chose qui compte : un cas et des interprètes littéralement extraordinaires qui vont l’illustrer. Et notamment la révélation Myriem Akheddiou qui, lors d’une scène phénoménale, va nous scotcher à notre siège.

Synopsis : Aujourd’hui, Alice se retrouve devant un juge et n’a pas le droit à l’erreur. Elle doit défendre ses enfants, dont la garde est remise en cause. Pourra-t-elle les protéger de leur père avant qu’il ne soit trop tard ?

Forte de son métier dans les sphères sociales de l’enfance, Charlotte Devillers a pu insuffler un condensé de vérité dans son premier film, co-réalisé avec Arnaud Dufeys, qui l’accompagne à la cinématographie. Elle s’est, en outre, entourée de véritables avocats pour donner la réplique aux acteurs jouant les membres de cette famille au centre du film. De ce côté, le pari du vérisme est réussi, tant cette plongée au sein d’une audition au tribunal de l’enfance transpire le réalisme à travers chaque grain de la pellicule. On vous croit est une immersion à la fois inédite (au cinéma) et tristement banale (dans la vraie vie) au milieu d’une affaire de garde d’enfants.

Dans le même genre, on n’avait pas ressenti une telle décharge d’émotion mêlée de tension et de malaise depuis l’immense et magistral Jusqu’à la garde de Xavier Legrand. Ici, le père est également la source des peurs, mais pour d’autres raisons que l’on taira afin de ne pas déflorer la surprise. On vous croit a choisi d’être concis et d’aller droit au but, à raison, avec une durée d’une heure et quart à peine. Si ce n’est le premier quart d’heure peu engageant, qui laisse augurer un film pénible, une fois dans la salle d’audition – qui est le noyau du film – on est complètement happé. Ou plutôt étouffé.

Les cinéastes ont fait un choix radical et payant : celui du minimalisme le plus définitif. Tout ici concourt à se focaliser sur le sujet (la garde d’enfants réclamée par une mère face au père) et sur la prestation des acteurs. Les choix formels confinent à l’ascétisme tant tout est ici épuré : du blanc partout, aucun objet de décoration au sein de ce tribunal extrêmement moderne, une quasi-unité de lieu, pratiquement pas de seconds rôles aux côtés de la famille hormis la juge et les avocats, un format carré emprisonnant les personnages, une musique absente, si ce n’est un accompagnement sonore anxiogène… Tout ici est limité à la plus simple expression. Et tout cela a du sens : le spectateur ne sera déconcentré par rien et tout acquis à écouter (et ressentir) ce moment charnière dans le futur de cette famille éclatée. Un mot qui prendra un sens horriblement tragique durant le film.

Au milieu de ce processus narratif et formel assumé et tout à fait maîtrisé, il y a des acteurs extraordinaires, qu’ils soient professionnels (les enfants, Laurent Capelluto, …) ou non (les avocats, la juge). Et puis il y a Myriem Akheddiou. Dans ce que l’on confirme comme étant l’acmé de On vous croit, cette actrice méconnue et abonnée aux seconds rôles livre une performance comme on en voit très peu. De celles qui marquent une année cinéma. Dans une séquence filmée en plan fixe et serré, coupée à peine deux fois, durant près d’un quart d’heure, elle nous déchire le cœur. Sa prestation est purement incroyable de vérité, de sensibilité, d’effroi… Bref, d’un réalisme qui porterait presque le film vers le documentaire. Même lorsque ce sont d’autres intervenants qui parlent, la caméra s’attarde souvent sur son visage, et à chaque plan, elle nous sidère par la manière dont elle vit le rôle. Si on ne la retrouve pas aux Césars, c’est à n’y rien comprendre.

On vous croit se garde de donner des réponses toutes faites ou de nous emmener vers une façon de penser en particulier. Il pose les faits sur la table de manière implacable. Il dénonce l’horreur de certaines choses sans en rajouter, et son dispositif ainsi que la grammaire technique et cinématographique employée auraient pu aboutir à une œuvre austère. Elle l’est peut-être un peu, mais elle est surtout déchirante. On nous montre aussi l’absurdité de l’administration et du sac de nœuds que peut être la Justice. Un petit film d’apparence, mais une œuvre coup de poing et nécessaire qui ne laissera personne insensible jusqu’à son dénouement malin et salvateur.

Bande-annonce – On vous croit

Fiche technique – On vous croit

Réalisateurs : Charlotte Devillers & Arnaud Dufeys.
Scénaristes : Charlotte Devillers & Arnaud Dufeys.
Production : Makintosch Films..
Distribution : Jour2Fête.
Interprétation : Myriem Akheddiou, Laurent Capelutto, Natali Broods, Ulysse Goffin, Adèle Pinckaers, …
Genres : Drame – Judiciaire.
Date de sortie : 12 novembre 2025.
Durée : 1h18.
Pays : France.

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