Tempête sur Brest, à cause d’un trésor

Dans ce troisième épisode de la série L’Epervier les enjeux se précisent. Toujours dans une situation difficile, Yann de Kermeur s’affirme comme excellent stratège, aussi audacieux que fin psychologue. Il doit composer avec M. de La Motte qui, tout en le poursuivant s’associe avec l’assassin de M. de Kermellec (voir l’épisode 1 : Le trépassé de Kermellec) dans le but de s’approprier un trésor. Ce butin serait à récupérer de l’autre côté de l’océan. On assiste alors à un étonnant retournement de situation, puisque Yann va passer de pourchassé à pourchassant.

L’épisode précédent (Tome 2 : Le rocher du crâne) ayant apporté son lot de péripéties, Yann a abandonné un refuge en cul-de-sac, non sans infliger quelques pertes à son ennemi juré qu’est M. de La Motte. Pour cela, il a convaincu les frères Pouliquen, deux Bretons pur jus, de l’aider. Les frères sont d’excellents artificiers, mais ne portent pas Yann dans leur cœur. Celui-ci doit donc s’en méfier. De son côté, M. de La Motte se méfie lui aussi énormément de son associé de circonstances, M. de Villeneuve. En effet, l’assassin de M. de Kermellec s’avère obnubilé par sa cupidité. A tel point qu’il envisage de supprimer Agnès de Kermellec, dès que celle-ci comprend ce qu’il a en tête. Celle-ci ayant eu la curiosité de rechercher le livre de bord de son grand-père, elle a compris qu’il comptait donner à Yann les informations nécessaires pour retrouver le trésor que convoite M. De Villeneuve. Ce dernier n’étant autre qu’un cousin d’Agnès de Kermellec, il s’arrange pour la côtoyer. Celle-ci sentant le danger, feint sur son état de santé juste avant l’enterrement de son grand-père, deux jours après sa mort tragique. Enfin, Yann profite de sa connaissance des lieux qui date de son enfance pour interpréter les ultimes confidences du comte de Kermellec juste avant son dernier souffle. Lui aussi comprend où aller chercher le trésor en question.

Manœuvres à terre

Cet épisode nous vaut donc de nouvelles péripéties, avec les manœuvres des personnages principaux qui se précisent. Comme le titre l’indique, tout cela se passe essentiellement à Brest. Mais Yann n’y revient qu’en toute fin d’épisode. Auparavant, avec ses hommes, il a investi le fort de Berthaume, profitant du désœuvrement de ses quelques défenseurs sans méfiance. Une carte de la rade de Brest et de ses environs présente en début d’album aide bien à comprendre la manœuvre et les choix de Yann. Le Fort de Berthaume, situé encore plus à l’ouest de la rade et plus ou moins face au fort Vauban de Camaret, occupe une position encore bien plus imprenable. Là, c’est par le dessin que Patrice Pellerin le fait sentir. Moins spectaculaire que le début du précédent épisode de la série, il nous fait néanmoins très bien sentir la position privilégiée du fort de Berthaume, en particulier parce qu’on y accède par une sorte de pont de singe où passe une barque suspendue dans les airs, seul moyen d’accéder à un point intermédiaire (gros rocher) qui mène à une fragile passerelle, unique moyen à son tour d’accéder à l’île où se trouve le fort de Berthaume, gros bloc bétonné construit sur un îlot battu par la mer et les vents, avec des falaises qui en font le tour.

Impressions

Cet épisode alterne donc les manœuvres des personnages principaux, avec quelques moments de bravoure qui nous font profiter du site de la rade de Brest et des environs. La côte bretonne est bien mise en valeur, ainsi que la ville de Brest. Les décors et costumes sont toujours très soignés. De plus, le dessinateur-scénariste Patrice Pellerin s’avère une nouvelle fois très à l’aise pour mettre en scène son histoire, grâce à une organisation irréprochable de chaque planche, où la belle diversité des tailles et formes de vignettes reste systématiquement au service de la progression de l’action. Et même si l’ensemble s’avère un poil trop bavard à mon avis, cet épisode se parcourt avec plaisir. De plus, l’auteur s’y entend pour donner envie de découvrir la suite, puisqu’à l’évidence le tome 4 privilégiera les aventures maritimes. A noter que dans le présent album, l’accent est mis à un moment sur la méchante cicatrice que Yann arbore de part et d’autre d’un œil. Elle rappelle que l’Épervier a un passé et que ce passé est agité. Mais sur son passé, il faudra attendre l’épisode suivant pour en savoir davantage.

Tempête sur Brest – L’Épervier Tome 3, Patrice Pellerin
Dupuis (Collection « Repérages ») : sorti le 4 juin 1997

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3.5

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