« Ulis » : à hauteur d’élèves

On connaît Fabien Toulmé pour L’Odyssée d’Hakim. Avec Ulis, son nouvel album, il s’aventure dans un territoire encore méconnu : celui des classes spécialisées d’inclusion scolaire et des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH). 

Ivan, ancien ingénieur informatique usé par un burn-out et une rupture amoureuse, accepte un peu par hasard un poste d’AESH dans une classe Ulis de collège. Ni formé ni préparé, il découvre le quotidien d’enfants aux parcours cabossés, fragiles, et l’exigence d’un rôle dont il ne soupçonnait ni la difficulté ni la noblesse.

Il se voit confier plus particulièrement Matisse, un jeune autiste dont il devient l’accompagnant privilégié. Peu à peu, au fil des saisons scolaires, Ivan se cherche, doute, se trompe, mais avance irrémédiablement. Il noue des liens bienveillants, et profitables aux deux parties, avec Matisse. L’apprentissage est réciproque. Ivan se reconstruit autant que Matisse se construit.

Fabien Toulmé a passé du temps en Ulis. Il a observé, écouté, recueilli des bribes de réalité. Cela se sent. Derrière la fiction, on devine la matière documentaire : la dureté d’un métier sous-estimé, les moyens indigents de l’Éducation nationale, les incompréhensions avec les collègues ou les parents, mais aussi ces liens de confiance qui se tissent, ces victoires minuscules mais pourtant essentielles.

L’auteur montre un système à bout de souffle, où les AESH sont parachutés sans préparation, contraints d’improviser vaille que vaille face à des situations complexes. Mais là où d’autres sombreraient dans le constat amer, Fabien Toulmé opte pour la nuance : il témoigne de la fatigue, certes, mais aussi de l’abnégation et de l’éthique des enseignants et accompagnants qui tiennent debout ce dispositif.

On reconnaît immédiatement son dessin, simple sans être simpliste, expressif sans surcharge. Comme dans ses précédents albums, il mise sur la clarté, sur la ligne claire des émotions. Et les personnages existent pleinement : Mme Tramont, la professeure intransigeante, qui porte l’âpreté de son métier comme une armure ; les élèves – Bilal, Léa, Goran, Inès, Matisse – tous esquissés avec délicatesse, sans caricature ; et Ivan, avatar maladroit mais profondément humain, dont on suit la lente métamorphose.

Ulis est une chronique du réel, avec ses heurts et ses élans, qui éclaire un angle mort de notre système scolaire. Ce que Fabien Toulmé constate, c’est que l’inclusion nécessite énormément d’humanité et pas mal de bravoure, avec des individus contraints de composer avec un système défaillant. C’est aussi un récit de résilience : celle d’Ivan, qui retrouve un sens à sa vie en aidant les autres ; celle des élèves, qui affrontent les regards condescendants ou hostiles pour tenter de trouver leur place…

Avec Ulis, Fabien Toulmé donne à voir, à comprendre, et surtout à ressentir. Une bande dessinée parfaite pour accompagner la rentrée : à hauteur d’élèves, à hauteur d’homme.

Ulis, Fabien Toulmé
Delcourt, septembre 2025, 272 pages

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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