« Un manager presque parfait » : l’art de diriger en bulles et en couleurs

On a souvent reproché aux manuels de management leur sérieux compassé, leur jargon gorgé d’anglicismes et leurs schémas ternes. Mais que se passe-t-il lorsqu’on choisit d’éclairer les travers et les fulgurances du monde managérial à travers… une bande dessinée ? C’est le pari de Ludovic Girodon et Jack Chadwick avec Un manager presque parfait (Marabout). À mi-chemin entre le guide pratique et la BD humoristique, l’ouvrage déploie en 80 pages une galerie de situations que tout manager reconnaîtra, parfois avec un sourire gêné, parfois avec un soupir de soulagement : ouf, je ne suis pas le seul !

Le livre s’organise autour de quatre grandes thématiques, sortes de « points cardinaux » du leadership au quotidien : postures et rituels, communication, cohésion et motivation, situations managériales. Chaque chapitre alterne des scènes de bande dessinée, parfois caricaturales et des pages synthétiques où l’on retrouve des conseils concrets, des schémas et même des tips applicables dès le lendemain.

L’intelligence du projet tient précisément dans ce va-et-vient : la BD amuse, mais elle n’est jamais gratuite. Elle joue le rôle du miroir grossissant : une réplique maladroite, un tic de langage ou un travers hiérarchique prend vie en vignette, et soudain, on se reconnaît. Ensuite vient l’analyse, la pédagogie, la suggestion pour se sortir de l’impasse, de l’incompréhension, du laxisme…

Ainsi, la page sur les phrases toxiques, par exemple, résonnera certainement auprès de tous ceux qui, un jour, ont lâché un maladroit « Prends exemple sur Paul… » ou un sec « Merci de m’envoyer le fichier Alpha ». En regard, le livre propose des alternatives concrètes et bienveillantes, qui permettent de passer de l’ordre déguisé au dialogue respectueux, d’humaniser la communication et de fluidifier les rapports hiérarchiques.

Les auteurs reviennent ainsi tour à tour sur la gestion du temps et de la sollicitation permanente, sur les réunions d’équipe, sur la fixation d’objectifs, sur le management d’une diva… Ils conseillent la tenue d’un agenda redessiné, avec des créneaux de sollicitation programmés, des réunions dynamiques, bien préparées, avec des séquences d’interaction planifiées ou encore la mise à l’écart des collaborateurs compétents mais toxiques, car ingérables.

On pourrait craindre un manuel simplifié à l’extrême, ou une BD gadget. Mais Un manager presque parfait évite soigneusement l’écueil, sans jamais prétendre livrer une méthode miracle. Il propose rien de moins qu’une boussole faite d’humour, d’autodérision et de clarté. On sort de la lecture avec des idées applicables, mais surtout avec une légèreté bienvenue dans un univers souvent lesté de PowerPoints et de graphiques Excel.

« Presque parfait ». L’adjectif du titre est plutôt bien choisi. L’ouvrage ne cherche pas à ériger un modèle infaillible, mais simplement à montrer qu’un bon manager est avant tout un être en apprentissage constant. Le voilà nanti d’un bel outil pour faire face à toutes les situations.

Un manager presque parfait, Ludovic Girodon et Jack Chadwick
Marabout, 3 septembre 2025, 80 pages

Note des lecteurs0 Note
3

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

Fjord : La Grande Fureur des bien-pensants

"Fjord", Palme d'or 2026 de Christian Mungiu, suit une famille roumano-norvégienne accusée par les services sociaux d'un pays scandinave, entre conservatisme religieux et progressisme libéral. Un film ambigu et intelligent, mais un peu trop scolaire et démonstratif, qui questionne nos préjugés.

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Post Mortem » : ce que les morts ont à dire

"Post Mortem" réunit le médecin légiste belge Philippe Boxho et le dessinateur Pierre Alary dans une bande dessinée documentaire qui s'emploie à vulgariser un métier sur lequel circulent bon nombre de fantasmes. Le résultat est une œuvre à part, traversée par l'idée que la mort ne constitue pas tout à fait une fin.

« Les 4 Reliques du rock’n’roll » : les Zumbies remettent le rock sur pied

Dans un monde post-apocalyptique qui ne tourne déjà plus très rond, quatre rockeurs morts-vivants doivent réunir les reliques sacrées du rock’n’roll. Arnaud Le Gouëfflec et Julien Solé signent un road-trip furieux et absurdement réjouissant.

« La Désinformation » : comprendre pour mieux combattre

Entre montée des populismes, guerres hybrides, défiance envers les institutions et avènement des réseaux sociaux, la désinformation est devenue l'un des grands enjeux démocratiques de notre époque. Avec "La Désinformation", Grégoire Darcy propose une synthèse ambitieuse des connaissances scientifiques sur le sujet.