« Ruridragon » : une chronique douce-amère de l’adolescence

Un matin comme les autres, Ruri Aoki, une lycéenne plutôt discrète, se réveille avec une paire de cornes sur le crâne. En guise d’explication, sa mère lui confie, avec un flegme un brin déconcertant, qu’elle tient cela de son père, un dragon. Ainsi débute Ruridragon, premier tome d’une série qui s’est rapidement taillé un joli succès au Japon, et qui arrive enfin en France aux éditions Glénat.

Le point de départ pourrait laisser attendre un récit d’action ou une fresque fantastique. Il n’en est rien. Ici, pas de combats homériques ni de prophéties grandiloquentes. Ruridragon choisit la voie d’un fantastique discret, en s’ancrant résolument dans le quotidien d’une adolescente qui doit soudain composer avec des transformations inattendues : souffle enflammé incontrôlé, capacités de régénération, cornes bien visibles… Autant de métaphores à peine voilées des mutations de l’adolescence.

Au fil des pages, l’auteur explore avec à-propos, et une pointe d’humour, les thèmes de l’acceptation de soi, de la différence et de l’intégration au sein du groupe. Car Ruri, loin d’être ostracisée, suscite plutôt curiosité et bienveillance de la part de ses camarades de classe. Une situation traitée sans naïveté excessive : la jeune fille demeure habitée par le doute et la gêne, et les réactions de son entourage scolaire oscillent entre fascination sincère et maladresses. Le personnage de la mère, quant à lui, apporte une tonalité singulière : à la fois bienveillante et étrangement distante, elle refuse de dramatiser la situation, parfois au point de sembler décalée, notamment lorsqu’il s’agit de pousser, par ruse, sa fille à retourner à l’école après un malencontreux crachat de feu en plein cours.

Graphiquement, le travail de Masaoki Shindo séduit par son trait sobre et expressif. Les émotions de Ruri passent avec finesse, et les contrastes entre son quotidien ordinaire et l’irruption du surnaturel sont traités avec beaucoup de légèreté. Loin des démonstrations tapageuses, l’auteur privilégie la suggestion, dans une mise en scène discrète et soignée. Aussi, sans révolutionner le genre, Ruridragon s’impose par sa sincérité et sa justesse. Une œuvre modeste mais touchante, qui parlera probablement aux amateurs de récits initiatiques ou de teen stories.

Ruridragon, Masaoki Shindo 
Glénat, juillet 2025, 176 pages

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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