« Kundan (T02) » : un conte vampirique au cœur du Raj

Loin des ruelles embrumées de Whitechapel, Kundan : Crépuscule indien déploie la majesté lumineuse des palais du Raj pour mieux y distiller son venin gothique. Deuxième volet d’une trilogie où le vampire ne chasse plus seulement dans les brumes victoriennes mais sous le soleil écrasant de l’Inde coloniale, cet album entérine le virage engagé dans le premier tome : une hybridation du mythe stokerien et du folklore indien.

Derrière les traits du défunt Lord Benedict, Kundan a pris ses quartiers au sein du palais du maharajah. Mais il n’est ni diplomate ni homme de foi. Il est vengeance, et cette fois, il a choisi de frapper au cœur de l’Empire britannique, s’alliant pour un temps aux mystérieux Thugs qui rêvent eux aussi de renverser l’ordre colonial. Le théâtre est somptueux, les acteurs en place : une princesse troublée, un médecin sceptique, une dame de compagnie au passé ésotérique… et dans les marges, l’ombre rampante d’un monstre que nul ne devine encore.

Ce deuxième tome inverse la perspective. Le prédateur est scruté, soupçonné, suivi. Le suspense naît non plus de la traque mais de l’effritement du masque. Kundan n’a plus l’avantage de l’inconnu : sa toute-puissance se lézarde sous le regard du médecin Riwetz et de la subtile Kavi, dont le rôle s’étoffe à mesure que les pièces se mettent en place. Ce n’est plus seulement une affaire de crocs et de morsures, mais de faux-semblants, de tensions latentes, de résurgences mythologiques. 

Luana Vergari évite les pièges du genre. Pas de grandiloquence sanglante ici, mais une tension insidieuse, presque feutrée, où l’ésotérisme indien – notamment autour de la déesse Durga – s’invite sans forcer le trait. L’écriture gagne en épaisseur, en précision, en intelligence politique aussi, reléguant le décorum britannique à l’arrière-plan au profit d’un conflit plus ancien – plus sacré ? Il y a des abcès et des mystères à percer. Concomitamment.

Quant à Emmanuel Civiello, il livre ici un travail d’une maîtrise remarquable. Son trait baroque s’épanouit dans des pages somptueuses et des décors d’une précision hypnotique… Kundan : Crépuscule indien réussit, l’un dans l’autre, le pari d’un second tome qui dépasse l’exposition sans la renier, approfondit ses thèmes sans les figer. L’affrontement annoncé, entre science rationaliste, révolte mystique et pulsion vampirique, s’annonce vertigineux. 

Kundan : Crépuscule indien, Luana Vergari et Emmanuel Civiello 
Glénat, mai 2025, 56 pages

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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