« Zoé Carrington » (vol. 2) : sentiments passés

Avec ce second tome de Zoé Carrington, publié aux éditions Bamboo, Jim clôt avec talent son diptyque, qui réunissait d’anciens amis – et amants – à Londres, dans un contexte des plus singuliers…

Dans ce second tome, Londres reste le théâtre d’une célébration à la fois festive et douloureuse, où le souvenir côtoie la perte, et où l’insouciance d’hier se heurte brutalement à la réalité du deuil. Le personnage de Zoé, « cheval sauvage » s’il en est, demeure le cœur battant du récit. Toujours aussi libre, indépendante et magnétique, elle incarne une féminité moderne, complexe et assumée, qui tend à vampiriser, dans le cas présent, la gent masculine. 

Jim la caractérise comme une personne énigmatique, fascinante et insaisissable. Elle est cette femme dont le charme et les formes provoquent autant d’admiration que de tourments chez ceux qui croisent sa route, à commencer par Simon, le personnage masculin principal, encore sous le coup d’une relation pourtant enterrée il y a plusieurs années. Ce qui n’empêche pas ce dernier de nourrir l’espoir évident de renouer avec celle qu’il n’a jamais pu oublier.

Zoé et Simon se retrouvent donc autour d’une célébration funéraire : la fête prévue pour les 30 ans de Léo, le mari de Zoé. Il s’agit en fait d’un enterrement à la hauteur du couple extravagant qu’ils formaient. Si la relation entre les deux principaux protagonistes est ambiguë, cette cérémonie l’est tout autant, dans un mélange des genres bientôt contaminé, à nouveau, par le spectre de la finitude.

Jim semble s’amuser de ces paradoxes. L’extravagance se conjugue avec la tristesse. Ailleurs, l’amour se mêle avec la prostitution. Cette nuit singulière cristallise les sentiments contradictoires qui traversent l’ensemble du récit, bercé de nostalgie, arrimé à des rêves déçus, tapissé d’amitiés plus ou moins perdues, et dans lequel l’amour n’est jamais véritablement éteint.

Finesse d’écriture, planches tantôt réalistes tantôt oniriques, ce second et dernier tome ne révolutionne pas ce qui avait été amorcé un an plus tôt. Tout tient dans les conflits internes des personnages et dans l’impossibilité d’accéder à la plénitude recherchée. Le final n’apporte d’ailleurs pas de conclusion joyeuse, preuve que l’auteur ne ménage pas ses protagonistes.

Finalement, Zoé Carrington aura beaucoup brodé autour d’amours perdues, de jeunesse enfuie et de cette douloureuse, inconsolable, confrontation au deuil. Jim signe une œuvre sensible, très humaine, où les attentes sont figées dans un idéal inaccessible. Ce second tome clôture habilement le cycle de l’auteur.

Zoé Carrington (Vol.2), Jim
Bamboo, mars 2025, 96 pages

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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