« Marie, récit d’une GPA » : au-delà des préjugés

Avec Marie, récit d’une GPA, Théa Rojzman au scénario et Marie Jaffredo aux illustrations livrent un témoignage précieux, sensible et engagé sur un sujet aussi intime que controversé : la gestation pour autrui (GPA).

Marie est une enfant semblable à toutes les petites filles du monde, à ceci près qu’elle grandit auprès de deux papas, François-Xavier et Thomas. Leur histoire commence à une époque où la loi française sur « le mariage pour tous » n’existe pas encore, dans une société en mutation lente mais certaine. C’est là, dans ce contexte de revendications et de droits en devenir, que ce couple homosexuel nourrit progressivement un rêve commun : devenir parents.

Confrontés à l’impossibilité légale d’avoir recours à la GPA en France, François-Xavier et Thomas se tournent vers les États-Unis, où la pratique, très encadrée, est autorisée sous certaines conditions éthiques. Mais le cheminement vers la parentalité se révèle ardu, jalonné de défis financiers (jusqu’à 150 000 dollars engagés), juridiques (plus de 70 pages de contrats stricts) et surtout émotionnels. Les auteurs ne cachent rien des complexités humaines inhérentes à cette démarche. Comment établir une relation saine avec la mère porteuse et la donneuse d’ovules ? Que faire face aux imprévus, aux échecs potentiels et aux questionnements éthiques soulevés par la procédure ?

Ces interrogations sont d’autant plus exacerbées lorsque surgit l’inattendu : la pandémie mondiale de COVID-19. Alors que François-Xavier et Thomas préparent joyeusement l’arrivée de leur enfant, les frontières se ferment brutalement en mars 2020. Qu’importe, il en faudra davantage pour mettre à mal leur projet de fonder une famille…

Richement documenté, le récit explore les aspects pratiques et administratifs liés à la GPA outre-Atlantique : avocats, agences spécialisées, délais d’attente interminables. Mais plus qu’une simple restitution factuelle, c’est l’épaisseur humaine du témoignage qui en fait tout l’intérêt. Les doutes, les craintes, les instants de joie intense mais fragile sont subtilement retranscrits par Théa Rojzman, tandis que les dessins délicats et expressifs de Marie Jaffredo apportent une touche douce et empathique au propos.

Marie, récit d’une GPA ne néglige pas les questions connexes que le recours à la gestation pour autrui ne manque pas de soulever. Il est ainsi question de la place à accorder à la mère porteuse dans l’histoire familiale, de l’attachement affectif et de la manière dont cette « pratique » peut être perçue et acceptée en France (y compris juridiquement).

D’une sincérité touchante, l’album de Théa Rojzman et Marie Jaffredo délivre un témoignage à la fois intime et universel, et éclaire une réalité souvent mal comprise, ou caricaturée. C’est une histoire d’amour profond, de combats quotidiens et d’espoir inébranlable. Un récit qui interroge profondément notre rapport à la parentalité, au couple et à l’éthique. Un ouvrage à découvrir.

Marie, récit d’une GPA, Théa Rojzman et Marie Jaffredo
Glénat, mars 2025, 112 pages

Note des lecteurs1 Note
3.5

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Toy Story 5 tire la corde vers l’infini et au-delà

"Toy Story 5" déçoit malgré une belle animation. Woody trahit sa fin du quatrième opus, Buzz reste secondaire et c'est Jessie qui porte tout le poids émotionnel du film. Un scénario qui ne décolle jamais, des décors paresseux... Disney a-t-il fini par essorer sa propre saga ?

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Agnès la Chevaleresse » : la fantasy à la langue bien pendue

Avec "Agnès la Chevaleresse", Damien Geffroy se délecte des mythes de l’heroic fantasy. Pièce après pièce, avec une jubilation fortement communicative, il imagine un récit entre satire des histoires chevaleresques, héroïne obstinée et vieux mentor plus porté sur la chopine que sur l’honneur. L’auteur livre aux éditions Fluide Glacial une aventure légère, drôle et souvent irrésistible.

« La Vie extraordinaire d’Arizona Joe » : l’Amérique au carrefour des fortunes

À l'heure où Wall Street commence à façonner le monde moderne, un adolescent en fuite croise la route d'un vagabond qui lui apprend à regarder l'Amérique autrement. Avec "Baby Boxer Banker", premier volet de La Vie extraordinaire d'Arizona Joe, Stéphane Piatzszek et Fabrice Meddour signent un récit d'initiation où l'aventure se mêle à la filiation, la liberté et les promesses contradictoires du rêve américain.

« Bêtes comme nous » : quand les animaux deviennent humains

Un escargot super-héros qui met deux semaines à sauver New York, des moutons grégaires militants ou encore une araignée dépressive parce que son costume de super-héros ne trompe personne : avec Bêtes comme nous, MO/CDM bâtit un bestiaire dont les pièges, souvent, relèvent des caractéristiques biologiques des protagonistes. Une idée simple, parfois exploitée jusqu’à l’usure, mais qui donne naissance à un recueil de gags souvent réjouissants.