« Palmyra » : à cran et à crocs

Avec Palmyra, nouvel opus indépendant de la série « Survival », Christophe Bec poursuit une exploration méthodique des mécanismes du fantastique et de l’horreur en situant cette fois-ci son intrigue au cœur du Maine rural, près d’une forêt inquiétante qui distille progressivement un sentiment oppressant et tenace d’angoisse. Une famille ordinaire, les Saville, récemment installée dans une ferme isolée en lisière de bois, se retrouve confrontée à l’irruption brutale d’un danger ancestral, tapie dans l’ombre épaisse des arbres environnants.

Dans Palmyra, la tension est parfaitement graduée. Christophe Bec installe d’abord ses personnages dans une quotidienneté rassurante avant de fissurer lentement cette surface de normalité. Les Saville entendent vivre modestement et paisiblement à l’orée d’un bois. Un plan compromis par les premières manifestations surnaturelles, qui initient le cauchemar à venir. Comme chez Stephen King ou John Carpenter, le banal s’hybride à l’horreur et le récit s’enfonce inexorablement dans l’angoisse. Le huis clos fantastique est en marche : isolement, incertitude grandissante et menaces omniprésentes.

Au dessin, Kamil Kochanski s’illustre par un style réaliste et sombre. Il soigne remarquablement les ambiances nocturnes et inquiétantes de l’album, avec des plans très cinématographiques qui laissent entrevoir les créatures avant qu’elles n’adviennent réellement. Leur véritable nature reste un mystère – elles possèdent des yeux lumineux et une agressivité sauvage – et cela accentue l’imaginaire du lecteur. La confrontation et la lutte pour la survie tient ici le haut du pavé : dans une orchestration maîtrisée de la tension, nourrie notamment par le handicap du père Saville, on observe une famille ordinaire faire face à des événements extraordinaires, dont l’hostilité est parfaitement restituée.

Toutefois, Christophe Bec ne se contente pas d’une simple lutte horrifique : en introduisant un personnage comme Doug, le cousin chasseur, l’intrigue gagne en dynamique et en profondeur. Sa présence, celle d’un paria de famille aux traumatismes profonds, permet au scénario de repousser la seule menace extérieure pour interroger, en seconde intention, la nature de l’homme face à l’épreuve. Des réflexions sous-jacentes, sur l’entraide, la résilience, voire le sacrifice, se font également jour, dans un petit groupe opposé à une menace indéfinie et à laquelle les autorités environnantes restent sourdes.

Palmyra remplit le contrat, dans le registre qu’il s’est choisi : une bande dessinée horrifique, nerveuse et prenante, soutenue par une esthétique visuelle puissante et un scénario qui, s’il ne révolutionne pas les codes du genre, les exploite toutefois avec efficacité et habileté (la maison isolée dans les bois, le soutien extérieur marginal mais précieux, etc.). Solidement épaulé par Kamil Kochanski, Christophe Bec confirme ici son aisance à jouer avec nos peurs viscérales, rappelant ses influences assumées, de Lovecraft à Stephen King en passant par Evil Dead, tout en nous tenant solidement captifs d’un suspense habilement ficelé. 

Survival : Palmyra, Christophe Bec et Kamil Kochanski
Soleil, mars 2025, 56 pages

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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