« Nouvelles de jeunesse » : les débuts de Tennessee Williams

Les éditions Robert Laffont publient les méconnues Nouvelles de jeunesse du romancier américain Tennessee Williams. Ces dernières nous offrent un aperçu fascinant des débuts littéraires de l’un des dramaturges les plus influents du XXe siècle. Le recueil se compose de sept nouvelles démontrant déjà toute l’acuité du regard du jeune écrivain.

Quand il rédige les sept nouvelles qui composent ce recueil, Tennessee Williams vit encore dans le Missouri et se fait appeler Thomas Lanier Williams. Nous sommes à l’aube de son affirmation en tant que romancier et, à ce titre, Nouvelles de jeunesse constitue un témoignage précieux sur l’évolution stylistique thématique de l’auteur. On y décèle déjà les germes de ce qui deviendra plus tard sa signature littéraire : une sensibilité aiguë pour les âmes tourmentées, une exploration pleine d’à-propos de la solitude et une capacité remarquable à recréer des scènes de la vie quotidienne chargées d’affects.

Il y a quelque chose de profondément poétique dans ces courts récits au plus près de leurs protagonistes. Cela se manifeste notamment dans des descriptions très évocatrices et des dialogues finement ciselés. Le lecteur attentif peut apprécier comment l’auteur, encore en gestation, jongle déjà avec les mots pour créer des images saisissantes et traduire les états d’âme de ses protagonistes, las face au monde du travail, en quête d’amour ou de sensations, parfois perdus dans ce Sud états-unien protéiforme.

La fragilité humaine, l’impossibilité d’accéder pleinement au désir et l’ombre menaçante de la folie constituent autant de fils conducteurs qui se rejoignent subtilement dans la trame de ces histoires. Ces préoccupations prendront quelques années plus tard une ampleur tragique dans ses pièces les plus célèbres. Quid de ces jeunes héros qui s’éveillent à l’amour et/ou au sexe ? De cette vieille femme acariâtre faisant face à la fougue de chiens indomptables ? De cet évangéliste à la retraite assumant mal son attrait pour un cinéma vilipendé par sa religion ?

En creux : un aperçu fascinant de l’Amérique telle que la percevait le jeune Williams. À travers ses personnages et leurs péripéties (essentiellement intérieures), l’auteur esquisse un portrait nuancé de la société américaine de son époque, avec ses espoirs, ses contradictions et ses zones d’ombre. Un schisme apparaît souvent entre les attentes des protagonistes et la réalité qui s’impose à eux. Ce sentiment de désillusion nourrit clairement la plume du jeune romancier.

Nouvelles de jeunesse devrait plaire à tout amateur de l’œuvre de Tennessee Williams. Moins dense que ses grands classiques, mais tout aussi juste, ce recueil permet d’apprécier les premiers pas littéraires d’un génie en devenir, mais aussi de mieux comprendre la genèse de son univers si particulier. On n’en attendait pas moins. 

Nouvelles de jeunesse, Tennessee Williams
Robert Laffont, janvier 2025, 160 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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