« Fragments d’histoires troublantes », Pantom sème le trouble

Avec Fragments d’histoires troublantes, Pantom nous invite à explorer un univers où la mort, la perte et l’incompréhension humaine dominent. À travers sept récits courts, l’auteur bâtit une atmosphère de plus en plus oppressante, où l’ordinaire se mue progressivement en un fantastique qui exacerbe la noirceur des psychés. 

Chaque histoire met en scène des personnages en déroute, souvent confrontés à des événements qui bouleversent leurs existences et les précipitent dans une spirale irréversible. Pantom ménage des moments de tension et de violence émotionnelle. Il offre une réflexion sur la nature de la souffrance humaine, sur ses échos dans un monde qui semble absurde et cruel.

Dans l’histoire intitulée Kiss Me Alice, le personnage principal est un homme en quête de sentiment, mais dans une forme déviante. L’auteur esquisse un individu qui, après avoir vécu une enfance marquée par l’indifférence face à la perte maternelle, se retrouve incapable de pleurer la mort de son père. Le vide émotionnel de son enfance a longtemps été contrebalancé par Alice, une domestique qui lui apportait l’affection dont il semblait si désespérément en manque. Cependant, cette recherche d’intimité prend une tournure macabre lorsqu’il commence à tuer des femmes, espérant, par leur meurtre, combler l’absence qu’il ressent.

Ce récit explore le thème de l’absence d’empathie et du besoin humain d’être aimé, même par des moyens dévoyés. Le vide du protagoniste n’est jamais comblé par l’amour qu’il recherche, mais par une violence qui soulève une question fondamentale : la rédemption est-elle encore possible quand la déconnexion émotionnelle est totale ? 

L’histoire de Silent se distingue par sa simplicité apparente et la profondeur de son désespoir. Un homme, après la perte de sa femme dans un accident de train, sombre dans un deuil inconsolable. L’incapacité à surmonter cette tragédie marque une rupture avec la réalité, un passage dans une forme de paralysie émotionnelle où l’homme semble se noyer dans la solitude… Le Grand Mesa nous plonge ensuite dans un récit où la quête de la perfection, incarnée par l’invention d’une IA dotée de sentiments, rencontre l’échec total. Cela interroge notamment la relation entre l’homme et ses créations. 

Dans Du plus profond du lac, le thème de la malédiction prend une tournure des plus tragiques. Une jeune femme, dont le village souffre de sécheresse, reçoit un pendentif magique d’une sirène. Ce pendentif exauce le souhait de pluie, mais à un prix : en le portant, la jeune femme se transforme peu à peu en une créature marine condamnée à vivre sous l’eau. Ici, Pantom nous plonge dans un récit où la tentation, symbolisée par l’objet magique, devient la cause même de la chute. La Nuit de la tempête de neige remonte le fil d’un infanticide, Le Dernier Quartet renoue avec une forme de malédiction en érigeant le besoin de liberté, devenu irrépressible, en objet de criminalité, et Adorable Kollwitz raconte le désespoir d’une femme qui souffre de ne jamais avoir été soutenue par sa mère.

À travers Fragments d’histoires troublantes, Pantom réussit à créer une atmosphère hypnotique où le fantastique ne sert pas seulement à déstabiliser le lecteur, mais à explorer des recoins de la psyché humaine où l’inexplicable côtoie le quotidien. Chaque histoire, bien que différente dans sa forme, partage une même recherche de réponse face à l’incompréhensible, que ce soit la perte, la souffrance, la violence ou la quête de sens dans un monde dévasté par les erreurs humaines. Le recueil joue habilement sur l’ambiguïté. Le Dernier Quartet en est d’ailleurs symptomatique : Gisèle se tue à la tâche nuit et jour pour offrir à son frère les soins dont il a impérieusement besoin ; il suffira pourtant d’une illusion de renouveau pour qu’elle abandonne tout ce en quoi elle croyait…

Fragments d’histoires troublantes, Pantom
Delcourt/KBooks, janvier 2025, 420 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.

« Soudain », un chemin patient vers l’intime

L'amitié entre une directrice française d'EHPAD et une metteuse en scène japonaise. De cet argument simple, Ryusuke Hamaguchi tire un film épuré et pourtant foisonnant, aussi sensible que politique, sans jamais forcer le trait si ce n'est dans quelques redondances. Analyse.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Post Mortem » : ce que les morts ont à dire

"Post Mortem" réunit le médecin légiste belge Philippe Boxho et le dessinateur Pierre Alary dans une bande dessinée documentaire qui s'emploie à vulgariser un métier sur lequel circulent bon nombre de fantasmes. Le résultat est une œuvre à part, traversée par l'idée que la mort ne constitue pas tout à fait une fin.

« Les 4 Reliques du rock’n’roll » : les Zumbies remettent le rock sur pied

Dans un monde post-apocalyptique qui ne tourne déjà plus très rond, quatre rockeurs morts-vivants doivent réunir les reliques sacrées du rock’n’roll. Arnaud Le Gouëfflec et Julien Solé signent un road-trip furieux et absurdement réjouissant.

« La Désinformation » : comprendre pour mieux combattre

Entre montée des populismes, guerres hybrides, défiance envers les institutions et avènement des réseaux sociaux, la désinformation est devenue l'un des grands enjeux démocratiques de notre époque. Avec "La Désinformation", Grégoire Darcy propose une synthèse ambitieuse des connaissances scientifiques sur le sujet.