Gérardmer 2025 : Des clones, des robots, des fantômes et des politiciens

Nous attendions la neige ; nous n’eûmes que le givre. Légère déception vite rattrapée par la qualité de cette édition de Gérardmer 2025. Au programme de ce deuxième jour : Azraël, Oddity, Rumours, Companion et In vitro.

(Compétition) – Azraël – Réalisé par E. L. Katz (États-Unis, 2024)

Décidément, les innovations formelles pullulent comme des zombies à Gérardmer cette année. Le très biblique Azraël part d’une décision cinématographique forte : faire un film sans dialogue, sans pour autant retourner au cinéma muet, et sans, bien sûr, renoncer à la communication entre les personnages. Bref, un film de genre sans dialogue, qu’est‑ce que ça donne ? Ce qui pose également la question très intéressante de l’intérêt du dialogue dans le film de genre. Et si l’apocalypse avait fait disparaître l’origine de toute civilisation humaine, toute culture ? À savoir le langage, la parole et toutes les interactions qui vont avec ? Azraël ravira les fans de post-apo, par son approche originale, comme les curieux.

(Compétition) – Oddity – Réalisé par Damian Mc Carthy (Irlande et États-Unis, 2024)

Le sens de la vie adulte en 2025 ? Passer des dizaines de week‑ends à rénover une vieille bâtisse pour en faire la maison de ses rêves comme les oiseaux font leur nid. Oddity décide de partir de cette tristesse pour réinvestir le sous-genre des home invasion avec brio. Aucune véritable surprise ni dans les thèmes ni dans les effets spéciaux, quoiqu’une mise en scène millimétrée et une précision chirurgicale des plans retienne le spectateur à son siège. La force du film tient entre les quatre murs du salon qui arriment la structure de l’édifice à un rythme haletant. C’est qu’entre ces coordonnées résolument classiques, Oddity réussit à créer des images et sensations horrifiques surprenantes. Si la fin en décevra peut-être certains, Oddity accomplit l’exploit, non de renouveler le genre, mais de nous le faire redécouvrir.

(Compétition) – Rumours – Réalisé par Guy Maddin, Evan Johnson & Galen Johnson (Canada et Allemagne, 2024)

Les dirigeants des sept plus grandes puissances mondiales se réunissent dans un château allemand pour y rédiger une déclaration commune que personne ne lira, à propos d’une vague crise mondiale. Progressivement, à mesure que la nuit tombe, les lieux s’avèrent étrangement désertés, tandis que la brume envahit une forêt aux lumières irréelles.

Guy Maddin, entouré d’Evan et de Galen Johnson, a quelque peu atténué l’aspect expérimental de son style dans cette fable surréaliste, où des acteurs renommés s’amusent comme des enfants à jouer des hommes de pouvoir infantile. On pense à « L’Ange exterminateur », la bouffonnerie en plus. Pris dans l’écrin d’une photo savamment travaillée, aux reflets fantastiques d’outre-monde, nos personnages errent dans ce grand jardin interminable, principalement soucieux de rédiger leur fameuse déclaration commune, au milieu de zombies sans squelettes plus occupés à se masturber frénétiquement qu’à pourchasser nos politiciens.

On cherche un sens. Est‑ce une allégorie de la décadence occidentale ? La question est posée dans le film par le Président Français, qui, dans une scène savoureuse, se met à interpréter les actions anodines de ses homologues comme si le destin des nations s’y dessinait. Tout en s’offrant à ce type de réflexion, le film s’en moque allègrement, nous entraînant toujours plus loin dans la drôlerie absurde et cruelle. Persiste, tout de même, cette simple interrogation : les paroles de nos gouvernants, qu’ils semblent croire performatives, ne sont‑elles pas, à tout prendre, que des « rumours », de vains bruits, déclamées sentencieusement à l’adresse de peuples morts‑vivants, mous, décérébrés et priapiques ; et notre époque, une ridicule fin des temps qui n’en finit pas ?

(Hors-compétition) – Companion – Réalisé par Drew Hancock (États-Unis, 2024)

Il m’a semblé approprié (et non moins allégeant), compte tenu du sujet de ce film, d’en faire rédiger la critique par ChatGPT. Il faut dire que, dans son style sans âme si caractéristique, celle‑ci (oui, « elle » ; n’est‑ce pas une IA ?), a su assez justement transcrire ma pensée.

Oh ! Elle me comprend si bien !

« Companion, film de genre se déroulant dans un futur où les humains peuvent acquérir des robots compagnons sexuels, propose une réflexion sur les dérives d’une société de plus en plus déshumanisée. Malgré sa qualité formelle (décors soignés, ambiance immersive, bonne direction d’acteurs), le film reste enfermé dans une approche manichéenne qui ne sort jamais des rails une fois posés.

Le film dénonce les violences sexistes et l’objectification des femmes, mais se heurte à une structure narrative prévisible et une conclusion qui frôle la moralité douteuse. Au lieu de nuancer son message, il semble valider, dans son climax, certains comportements problématiques sous couvert de rédemption, rendant la réflexion incertaine.

Companion échoue à approfondir son sujet, se contentant d’une lecture simpliste qui frustre plus qu’elle ne questionne, et laisse une impression de superficialité malgré ses bonnes intentions. » (ChatGPT)

(Hors-compétition) – In vitro – Réalisé par Will Howarth et Tom McKeith (Australie, 2024)

Dans un futur tout proche, en Australie, un couple d’éleveurs clone des vaches pour sauver l’agriculture mondiale. Leur relation est mise à rude épreuve lorsque la femme découvre que son mari l’a dupliquée à son insu.

À n’en pas douter, les scènes d’exposition, entre superbes plans de paysages australiens méconnus, étrangeté diffuse, dans un cadre, celui du monde agricole, plutôt original pour un film de genre, et présentation efficace des personnages et de leur problématique majeure, ces premières scènes, donc, constituent une réussite sans faille.

Et cependant, la suite ne cesse de décevoir. Le milieu du film est un ventre mou, qui s’étire artificiellement dans une ambiance de thriller poussif. Les personnages perdent progressivement toute vraisemblance et toute ambiguïté morale, au profit d’un mouvement de course‑poursuite aussi résolu que plat. Quant à la question du clonage et aux vertiges métaphysiques que la chose pourrait occasionner, elle se trouve pratiquement éludée. La relation entre la femme et son clone est d’une évidence inquestionnée, sans malaise ni aspérité.

À la place, le film choisit d’explorer les thèmes du couple et de la maternité, mais sans y injecter, là non plus, aucun trouble, nous laissant avec une résolution finale à la morale, compte tenu du manichéisme du scénario, d’autant plus inconséquente (les mêmes actes qui condamnent l’homme semblent justifiés, et sans tellement de difficulté, pour la femme).

On retiendra, tout de même, de ce film, ses grandes promesses initiales, la justesse des acteurs et la belle sobriété de sa mise en scène.

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