« Terorisuto » : plongée au cœur de l’Armée Rouge japonaise

Paru aux éditions Glénat, Terorisuto, de Frédéric Maffre et François Ruiz, explore l’histoire méconnue et fascinante de l’Armée Rouge japonaise, l’un des groupes révolutionnaires les plus radicaux du XXᵉ siècle. À travers le parcours de Kozo Okamoto, ce récit éclaire les enjeux idéologiques et humains d’une jeunesse alerte et jusqu’au-boutiste. 

À la fin des années 60, le Japon, à l’instar de nombreuses nations, est traversé par des mouvements de contestation estudiantine. La jeunesse nipponne, galvanisée par l’idéologie marxiste, se soulève contre un régime perçu comme rigide et élitiste. Ces manifestations prennent une ampleur inédite. Elles aboutissent par exemple à l’occupation chaotique de l’Université de Tokyo.

La révolte estudiantine, née de revendications concrètes comme la hausse des frais de scolarité, se radicalise sous l’effet d’une répression policière croissante. La confrontation s’intensifie, franchissant le seuil de la protestation pacifique pour adopter une logique violente, où les armes remplacent les slogans. Ce basculement marque l’émergence de la Fraction Armée Rouge (FAR), prémices d’une trajectoire sanglante.

Si l’Armée Rouge Japonaise naît dans les ruelles de Tokyo, son champ d’action s’élargit rapidement. Dès 1970, avec l’incident du détournement du vol Japan Airlines 351, le groupe affiche sa capacité à frapper loin de ses bases. À travers des collaborations avec des organisations comme le Front Populaire de Libération de la Palestine, il exporte son idéologie et ses méthodes au Moyen-Orient.

Terorisuto illustre parfaitement cette mondialisation du terrorisme par une succession d’événements marquants. Les militants nippons seront impliqués dans la prise d’otages à l’ambassade française de La Haye en 1974 ou encore dans l’attentat contre un club de loisirs de l’US Navy à Naples en 1988. Chaque opération semble traduire une escalade dans la violence et la complexité stratégique.

Figure centrale de Terorisuto, Kozo Okamoto incarne les paradoxes de cette jeunesse enragée. Issu d’un milieu ordinaire, il ne se distingue ni par son charisme ni par sa vision politique. Pourtant, son engagement dans l’Armée Rouge japonaise le propulse au cœur d’attentats retentissants, notamment au Moyen-Orient.

Terorisuto rend compte de phénomènes méconnus et radiographie les dynamiques internes de ces groupes révolutionnaires. Mori et Nagata, leaders d’un groupe, n’hésitent pas à recourir à la violence et à la torture pour imposer leurs vues auprès des leurs. Il y a notamment cette femme enceinte à qui l’on suggère de confier son enfant à la communauté, pour l’élever comme un pur révolutionnaire. Certains rebelles rejoignent la Corée du Nord, considérée comme une terre d’exil pour les gauchistes. 

Avec Terorisuto, Frédéric Maffre et François Ruiz signent une œuvre imparfaite mais passionnante. En retraçant l’histoire de l’Armée Rouge japonaise, ils interrogent la radicalité et ses dérives, tout en proposant une réflexion sur la mondialisation des luttes idéologiques. Tout ne peut certes être retracé en quelque 140 pages, et les caractérisations mériteraient parfois d’être plus fines, mais on saisit sans peine les tragédies en cours et leur portée.  

Terorisuto, Frédéric Maffre et François Ruiz
Glénat, janvier 2025, 136 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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