« BRZRKR : Bloodlines » : les revers de l’immortalité

L’univers de BRZRKR s’élargit avec Bloodlines, un album qui comporte deux nouvelles histoires de l’immortel guerrier B., inspiré des traits de Keanu Reeves. Ce premier tome, divisé entre « Poésie de la folie » et « L’Empire déchu », nous plonge dans des royaumes anciens aux destins sombres, où les batailles sanglantes ne sont que les pointes avancées de la violence et de la vengeance. 

Si la trilogie d’origine de BRZRKR avait offert une vision intrigante de ce personnage assoiffé de sang, Bloodlines nous invite à un retour dans son passé, dévoilant de nouvelles facettes de sa quête destructrice et des histoires intimement vouées à la tragédie.

Dans « Poésie de la folie », l’action se situe dans l’Atlantide mythique, royaume prospère où B. est le protecteur attitré du roi Azaes, qu’il accompagne depuis sa prise de pouvoir durant son enfance. La force brute et l’immortalité de B. en font une arme redoutable contre les armées ennemies, et la survie de l’Atlantide dépend entièrement de ses pouvoirs surhumains. Pourtant, sous les apparences de la paix, une corruption s’insinue auprès du trône : un culte secret, conduit par des sorciers, manipule le roi pour faire revenir un dieu vengeur d’un autre âge.

Le scénario de Steve Skroce, à la fois simple et puissant, nous projette dans une confrontation titanesque où le héros immortel affronte une entité monstrueuse rappelant les créatures cosmiques de H.P. Lovecraft. L’apparition de cette divinité, mi-dieu, mi-poulpe, intensifie l’atmosphère cauchemardesque du récit, transformant la protection en une bataille contre des forces qui dépassent B. lui-même. Le dessin « brut de décoffrage », toujours aussi direct et gore, contribue à l’expérience immersive, avec des scènes de combats où chaque coup porté se traduit par des effusions de sang intenses. 

Dans le second récit, « L’Empire déchu », le cadre se déplace dans un royaume désertique et millénaire. Ici, le guerrier immortel devient un instrument de vengeance entre les mains d’une princesse ambitieuse. Manipulé pour détruire des factions rivales, B. s’engage dans un cycle de carnages inévitables, alors même qu’il commence à découvrir les sentiments d’une trahison amoureuse. Ce récit, signé par Mattson Tomlin se distingue par une profondeur émotionnelle plus prononcée. La violence, omniprésente, s’accompagne cette fois-ci de nuances de tristesse et de regrets, le rendant tragiquement poétique. B. se lie à une femme, pense pouvoir s’affranchir auprès d’elle de sa condition, mais n’est finalement guère plus qu’un outil de destruction à ses yeux.

L’album BRZRKR: Bloodlines enrichit la série principale par des récits épiques, ultra-violents mais loin de s’y résumer, qui explorent des thématiques telles que la corruption du pouvoir, la tragédie des amours impossibles et l’aliénation d’un immortel contraint à la violence perpétuelle. L’approche de Bloodlines, discontinue et multi-temporelle, favorise une exploration plus symbolique de B., avec des royaumes visités devenant de nouvelles arènes de conflits et de chaos, mais aussi des prétextes à l’évocation du caractère protecteur et sentimental du guerrier. 

Ce premier tome pose les bases d’une mythologie élargie, laissant entendre que de nombreuses histoires restent à dévoiler, et que chaque fragment de ce passé pourrait apporter un éclairage nouveau sur la condition d’immortel du BRZRKR. Bloodlines réussit à conserver l’intérêt du lecteur grâce à ses scènes d’action magnifiquement mises en vignettes et à une ambiance visuelle immersive. Le deuxième tome devra contribuer à étoffer davantage encore la complexité psychologique du personnage, en approfondissant davantage les dilemmes d’une existence sans fin.

BRZRKR Bloodlines, Keanu Reeves, Matt Kindt et Ron Garney
Delcourt, octobre 2024, 112 pages

Note des lecteurs0 Note
4

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.

Nous l’orchestre : au cœur d’un ensemble symphonique

Le documentariste Philippe Béziat nous propose une plongée au sein du célèbre Orchestre de Paris. Multipliant les approches et les gestes de mise en scène, il permet de lever un coin de ce grand mystère : comment des individualités parviennent à faire corps, au service de la musique. Captivant.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Le vent dans les saules » : suspendre le temps

Sous la plume de Michel Plessix, l’univers pastoral imaginé par Kenneth Grahame retrouve une seconde jeunesse. Une fresque douce et mélancolique où l’amitié, la nature et les caprices composent une partition d’une rare délicatesse.

« Monet en quête de lumière » : la vie intime d’un génie pictural

Avec "Monet en quête de lumière", Aurélie Castex épouse un regard. À hauteur d’homme, au fil des saisons et des doutes, sa bande dessinée retrace l’itinéraire d’un peintre obsédé par l’insaisissable, jusqu’à faire de la lumière elle-même un sujet.

« Les Saiyans (Full Color, Tome 2) » : le moment où tout bascule

Ce deuxième volume de l'arc Saiyans concentre ce que Dragon Ball a de plus brutal et de plus sublime. C'est ici, peut-être, que la série devient grande.