Culte : Tough story

Porté par une Marie Colomb désarmante de sex-appeal non vulgaire et de vulnérabilité véridique, Culte de Louis Farge réussit l’exploit de raconter l’envers du succès de Loft Story, plutôt les atermoiements médiatiques, les luttes et doutes des producteurs de l’émission pionnière de la télé-réalité.

Par un renversement habile et gonflé de point de vue, Culte censé revenir sur l’émission phare qui inaugura en 2000 le renversement de paradigme de nos programmes avec l’apparition de la télé-réalité ne remplit presque jamais cette attente ou un hypothétique cahier des charges.

Nous ne verrons donc que très peu les lofteurs et encore moins la dinguerie de ce que fut le programme de Loft story. Louis Farge résolument décide de remonter la généalogie des décisions, deals foireux ou réussis, stratégies et conflits de pouvoir entre les différentes productions et chaînes de télévision (ici M6 et TF1).

Les lutteurs et non lofteurs ce sont eux : la toute jeune Alexia Laroche-Joubert sous les traits d’Isabelle de Rochechouard (excellente Anaïde Rozam), le patron de M6 tout en tourments et irrésolutions (très juste Philippe Lefebvre) et celui de TF1 abasourdi par la révolution à laquelle il assiste.

La série gagne en tension inattendues et pari nerveux, en direction d’acteurs précise et raide, en joutes passionnantes. Surtout elle passe de ce fait à côté des clichés où elle aurait pu se perdre : remontrer des images vaines et périmées des lofteurs désœuvrés devisant sur du rien.

À côté de cela Culte réussit à créer l’attente de ces moments, l’attente de quelques moments de Loana se remaquillant à travers les murs -big brother de M6.

La ligne de crête de Louis Farge est clairement de décrypter comment à la tête d’un phénomène voué à devenir « culte », il n’y a que la serendipity, le hasard, les petits montages aléatoires des uns et des autres et certainement pas une sûre stratégie marketing.

Derrière le culte, juste des assistants romantiques (émouvant Sami Outalbali) pré-fascinés par la future Loana, des prises de drogue tous azimut pour maintenir le rythme d’un travail H24, des hésitations humaines, quelques dilemmes moraux et surtout la morsure de l’ambition et de l’avidité.

Derrière le culte aucune certitude, derrière le succès aucune prévision, derrière la victoire juste des accidents remontés et réassignés en conquête, derrière la fabrication d’une star juste des enjeux peu conscients et la banalité d’une dialectique de la concurrence soumise au seul rite de l’argent. 

Là où le spectateur s’attend à revivre l’euphorie de cette épopée du vide de la télé-réalité, Culte le prend à rebrousse poil et détourne l’attention de sa série sur les mentors indécis et carnassiers des lofteurs.

Et puis il y a l’aura nette de Marie Colomb qui depuis son rôle dans l’excellente série Laetitia de Jean-Xavier de Lestrade en passant par As Bestas ne cesse d’illuminer l’image de son éclat, de sa candeur, de son émotion et de sa déchirure enfantine.

Bande-annonce : Culte

Réalisation : Louis Farge
Culte est une série écrite par Matthieu Rumani et Nicolas Slomka (Family Business)
Casting : Anaïde Rozam, César Domboy, Sami Outalbali (Sex Education), Nicolas Briançon (Le Procès Goldman), Marie Colomb (Follow)…
La série est composée de six épisodes de 52 minutes chacun. Diffusée depuis le 18 octobre prochain sur Amazon Prime.

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