« American Parano » : un second tome au diapason

Avec American Parano : Black House, Hervé Bourhis et Lucas Varela concluent leur diptyque en offrant une exploration saisissante d’un San Francisco des années 60 marqué par le psychédélisme, les crimes rituels et une enquête policière haletante. Entre mysticisme et manipulation, la protagoniste Kim Tyler se confronte à des vérités troublantes et une société patriarcale oppressante.

Le deuxième tome d’American Parano s’ouvre alors que des victimes semblent avoir été la cible de rituels satanistes. L’inspectrice Kim Tyler, toujours empêtrée dans son enquête précédente, se retrouve face à Baron Yeval, un personnage énigmatique et manipulateur, fondateur de « l’Église de Satan ». Ce dernier est rusé, manipulateur, beau parleur. Et il apprécie particulièrement se jouer de son interlocutrice.

La situation se complique davantage pour Kim, qui est confrontée à un nouveau partenaire, Taft, après que son équipier de longue date, Ulysses Ford, a été hospitalisé. Les deux agents sont contraints de coopérer alors que l’enquête prend un tournant inattendu : un marginal se livre aux autorités, prétendant être l’assassin. Mais les apparences sont souvent trompeuses, et ce coupable trop évident ne semble être qu’une pièce d’un puzzle plus complexe.

Le cadre de l’intrigue, le San Francisco de la fin des années 60, est essentiel pour comprendre la profondeur narrative de ce polar. Cette période, marquée par les contre-cultures, les mouvements hippies et l’émergence de nouvelles formes de spiritualité, est également un temps de grandes tensions sociales et politiques. Le dessin de Lucas Varela rend hommage à cette époque avec une précision engageante. Des vignettes urbaines minutieusement construites, rappelant le style d’Edward Hopper et son fameux Nighthawks, enveloppent le lecteur dans une atmosphère à la fois nostalgique et oppressante.

Le personnage de Kimberly Tyler demeure le cœur battant de cette histoire. Elle est la seule femme dans un univers policier résolument machiste et méprisant, ce qui rend son parcours d’autant plus intéressant. Kim se montre indépendante, non seulement sur le plan professionnel, mais aussi personnel et sexuel. Elle se retrouve à découvrir des vérités troublantes sur son père et ses interrogations avec Baron Yeval révèlent des moments de tension psychologique intenses, où le jeu de domination n’est pas sans rappeler celui entre Clarice Starling et Hannibal Lecter dans Le Silence des agneaux.

American Parano : Black House conclut un diptyque où se mêlent savamment intrigue policière, critique sociale et exploration de l’âme humaine. Hervé Bourhis et Lucas Varela livrent une œuvre marquante qui utilise le cadre historique des années 60 et la figure d’une héroïne féminine forte pour interroger des thématiques telles que le patriarcat, la manipulation, les rites, etc. En restituant une époque pleine de contradictions et de tensions à travers un récit policier haletant, les auteurs réussissent à créer un polar noir où San Francisco joue les premiers rôles.

American Parano T.02 : Black House, Hervé Bourhis et Lucas Varela
Dupuis, août 2024, 64 pages

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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