« Valhalla Bunker » : nazisme résiduel

Fabien Bedouel situe ce nouvel opus dix années après les événements explosifs de la saga Valhalla Hotel et la destruction de l’hôtel éponyme. Dans Valhalla Bunker (Glénat), les lecteurs sont transportés des paysages arides du Nouveau-Mexique vers les étendues glacées de l’Alaska, où les nazis, que l’on pensait vaincus, semblent avoir établi une nouvelle base secrète…

Quel plaisir de retrouver ces personnages hauts en couleur que sont El Loco, Betty, Meli, Malone et Lemmy ! Valhalla Hotel nous exposait à une aventure aussi délirante qu’intense, dans un style mêlant humour décapant, action effrénée et références culturelles multiples. Eh bien, c’est peu dire que Valhalla Bunker abonde dans le même sens.

Dès les premières pages, l’absurde côtoie le spectaculaire. Le coach Malone, toujours aussi pathétique, sort de prison après plusieurs années d’incarcération, pour être récupéré par Melinda dans un bolide extravagant. Leur destination ? Le Lea’s bar, point de ralliement où il retrouve ses anciens compagnons d’armes. Pendant la parenthèse carcérale qui fut sienne, El Loco est devenu une star du métal, Betty a gravi les échelons à la CIA et Lemmy s’est mis à réaliser des films de genre. On redécouvre la même bande de bras cassés, mais redimensionnée juste ce qu’il faut pour nous surprendre.

L’humour, souvent irrévérencieux, reste omniprésent, et les dialogues fusent avec une spontanéité déconcertante. Fabien Bedouel ne manque évidemment pas d’allusions satiriques, notamment au trumpisme, incarné ici par un ex-shérif devenu président des États-Unis, dont la chevelure teintée d’orange constitue un clin d’œil évident. 

L’action foisonne dans Valhalla Bunker. De l’irruption d’un commando chez El Loco à l’exploration d’une nouvelle base secrète nazie, l’ancienne équipe reprend du service, toujours avec ce mélange de naïveté et d’absurdité qui la caractérise si bien. Le ton reste ainsi résolument déjanté, avec des personnages farfelus et des situations improbables. Les idéologies extrêmes et les désirs de vengeance des uns et des autres ne sont finalement que des prétextes pour immerger le lecteur dans une ambiance pop aussi jouissive que référencée.

Valhalla Bunker est une excellente surprise pour tous les amateurs de la première saga comme pour les nouveaux lecteurs. Loin d’être une simple reprise, elle apporte un souffle nouveau tout en respectant l’ADN de la série originale, chose rendue possible par l’évolution des personnages et la relocalisation de l’intrigue dans un nouveau décor. Redoutable. 

Valhalla Bunker, Fabien Bedouel
Glénat, août 2024, 64 pages

Note des lecteurs0 Note
4

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.

« Soudain », un chemin patient vers l’intime

L'amitié entre une directrice française d'EHPAD et une metteuse en scène japonaise. De cet argument simple, Ryusuke Hamaguchi tire un film épuré et pourtant foisonnant, aussi sensible que politique, sans jamais forcer le trait si ce n'est dans quelques redondances. Analyse.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Post Mortem » : ce que les morts ont à dire

"Post Mortem" réunit le médecin légiste belge Philippe Boxho et le dessinateur Pierre Alary dans une bande dessinée documentaire qui s'emploie à vulgariser un métier sur lequel circulent bon nombre de fantasmes. Le résultat est une œuvre à part, traversée par l'idée que la mort ne constitue pas tout à fait une fin.

« Les 4 Reliques du rock’n’roll » : les Zumbies remettent le rock sur pied

Dans un monde post-apocalyptique qui ne tourne déjà plus très rond, quatre rockeurs morts-vivants doivent réunir les reliques sacrées du rock’n’roll. Arnaud Le Gouëfflec et Julien Solé signent un road-trip furieux et absurdement réjouissant.

« La Désinformation » : comprendre pour mieux combattre

Entre montée des populismes, guerres hybrides, défiance envers les institutions et avènement des réseaux sociaux, la désinformation est devenue l'un des grands enjeux démocratiques de notre époque. Avec "La Désinformation", Grégoire Darcy propose une synthèse ambitieuse des connaissances scientifiques sur le sujet.