« San Francisco 1906 » : chaos et intérêts mafieux

San Francisco 1906 : La Part du feu, de Damien Marie et Fabrice Meddour, poursuit le récit entamé dans le premier tome, qui nous entraînait dans une ville de San Francisco en proie au désastre après le célèbre tremblement de terre du 18 avril 1906. Cet album, publié par les éditions Bamboo, est ancré dans une reconstitution historique documentée et explore des thèmes universels tels que la corruption, le danger et la lutte pour la survie.

Au Palace Hotel, l’incendie est sur toutes les lèvres. Les conduites de gaz défaillantes, le vent changeant et les incendies se propageant des quartiers industriels vers les structures en bois des maisons créent une situation désastreuse et particulièrement anxiogène. La mort du chef des pompiers dans l’effondrement de sa caserne vient encore accentuer l’ampleur du chaos. La ville, en ruines, doit faire face à une crise sans précédent, avec des prisons endommagées et la nécessité de libérer les petits délinquants tout en regroupant les plus dangereux à San Quentin. Pendant ce temps, ce qu’il reste de la ville est en proie aux pillages… 

Les autorités, débordées, reçoivent l’appui de 1700 militaires. Des mesures drastiques sont envisagées, telles que l’utilisation d’explosifs pour dynamiter certains bâtiments afin de freiner l’avancée des flammes. Le maire ordonne à la police de tirer à vue pour réprimer les actes criminels et prévenir la violence qui s’intensifie. Les forces de l’ordre ont pour consigne d’abattre sans sommation toute personne suspectée de pillage. L’approvisionnement en gaz et en électricité est coupé pour éviter de nouveaux départs de feu. 

Judith, l’héroïne de l’histoire, se retrouve toujours impliquée dans une conspiration complexe autour d’un tableau de Gustav Klimt. Encombrée par cette œuvre précieuse, elle est obstinément poursuivie par les mafias italienne et chinoise. La tension culmine lorsque la pègre chinoise parvient à s’emparer du tableau sous le nez des Italiens. Malgré le danger, Judith refuse de fuir, déterminée et désireuse de se sortir de ce pétrin. Mais les choses sont peut-être un peu plus complexes qu’attendu et des jeux de pouvoir se trament dans les coulisses… 

San Francisco 1906 vaut en premier lieu pour son réalisme : Damien Marie et Fabrice Meddour dépeignent parfaitement une ville en déchéance accélérée, soumise aux ruines, aux incendies et à la criminalité. L’incendie finit par détruire 80 % de San Francisco, faisant 3000 morts parmi les 400000 habitants et laissant 300000 personnes sans abri. L’album expose également le racisme ambiant, notamment à travers le traitement des Italiens par les militaires, surnommés « spaghetti » et abattus froidement. Cette tension raciale exacerbe le climat de violence et de désespoir qui règnent dans la ville.

L’album se termine sur une note historique avec un dossier pédagogique détaillant l’incendie de San Francisco, ainsi que des références à l’œuvre de Gustav Klimt (qui apparaît occasionnellement dans ce second tome), enrichissant ainsi la compréhension du contexte et des enjeux de l’époque. San Francisco 1906 : La Part du feu donne ainsi lieu à une immersion passionnante dans une période charnière de l’histoire de San Francisco, portée par une reconstitution visuelle très réussie et un récit mené avec talent.

San Francisco 1906 : La Part du feu, Damien Marie et Fabrice Meddour
Bamboo/Grand Angle, septembre 2024, 56 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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