« Miou-Miou, la noblesse des humbles » : les valses d’une comédienne

Miou-Miou, la noblesse des humbles, de Dominique Choulant, est publié par les éditions LettMotif. Biographie passionnée de l’actrice française Sylvette Herry, plus connue sous son pseudonyme Miou-Miou, cet ouvrage nous plonge dans la carrière et la vie privée d’une figure emblématique du cinéma français des années 1970.

Née en 1950 dans un milieu modeste, Miou-Miou, de son vrai nom Sylvette Herry, a gravi les échelons du cinéma français grâce à un talent indéniable et une détermination sans faille. Issue du quartier des Halles, elle découvre tôt les difficultés de la vie, ce qui forge son caractère et son ambition, bien qu’elle rechigne à en parler. Le livre de Dominique Choulant détaille comment, après ses débuts timides au Café de la Gare, elle réussit à se faire un nom dans le milieu du cinéma. 

Sa rencontre avec des personnalités comme Coluche, qui lui attribue son célèbre surnom, et Bertrand Blier, qui lui offre un premier rôle iconique dans Les Valseuses, constitue des tournants décisifs dans sa carrière. « Comme j’étais dans une tristesse molle à cette époque-là, c’est Coluche qui m’a dit : “T’es toute gnan-gnan, t’es toute miou-miou”. Et puis, voilà. C’était réglé. Tout le monde m’appelait Miou-Miou. »

De La Dérobade à Coup de foudre en passant par La Lectrice, l’actrice s’est imposée comme engagée et versatile dans ses rôles. Son refus du star-system et son désir de rester fidèle à elle-même, loin des paillettes et des projecteurs, se traduisent par ailleurs parfaitement dans cette biographie : « Le paraître ne l’intéresse pas : « Je tourne des films, et c’est tout. Je ne tiens pas à rester dans ce tout petit milieu qu’est le cinéma où vous êtes très vite “superstar”… même si vous n’avez pas fait grand-chose ! Je préfère garder les pieds bien sur terre et regarder bien en face les réalités de la vie, même si parfois elles ne sont pas très drôles, que de me vautrer dans une célébrité uniquement professionnelle… »

Dominique Choulant revient longuement sur les collaborations artistiques qui ont émaillé – et conditionné – la carrière de Miou-Miou, mais aussi son approche personnelle du métier d’actrice. « J’ai aimé la dimension hors normes du métier de comédienne, le fait de ne jamais faire la même chose. Chaque rôle est une aventure qui dure deux mois et puis on change. Il y a aussi un côté “entrer par effraction”, qui me plaît beaucoup. » La dimension humaine et affective des relations nouées dans le métier est mise en exergue, tout comme l’importance de ses rencontres avec Bertrand Blier, Claude Miller, Georges Lautner, Patrick Dewaere ou Gérard Depardieu. 

Si Les Valseuses en 1974 est un jalon majeur, propulsant Miou-Miou, Dewaere et Depardieu au rang de stars, la comédienne a ensuite enchaîné les rôles marquants, de La Dérobade, pour lequel elle remporte le César de la meilleure actrice en 1980, à Milou en mai, en passant par des films comme F… comme Fairbanks et La Lectrice. Chaque rôle s’appréhende comme une nouvelle aventure, et Miou-Miou parvient à se réinventer constamment. Sur le film de Bertrand Blier, l’auteur écrit : « C’est comme ça qu’au printemps 1974 un vent nouveau de liberté a soufflé sur la France. Le duo Dewaere-Depardieu étant d’une évidence absolue et Miou-Miou d’un naturel confondant. »

Miou-Miou a toujours cultivé une certaine discrétion sur sa vie privée, pourtant marquée par des relations amoureuses fortement médiatisées, comprenant des histoires avec Patrick Dewaere, Julien Clerc, avec qui elle a une fille, Jeanne Herry, elle-même réalisatrice, et enfin avec le romancier Jean Teulé. La comédienne se caractérise aussi par ses engagements politiques et sociaux, notamment pour les droits des femmes, une cause qui lui tient particulièrement à cœur. Miou-Miou n’a jamais hésité à prendre position, comme en témoigne sa participation à la manifestation contre le projet de Code de la nationalité en 1986.

Malgré une filmographie décrite comme inégale ces dernières années, Miou-Miou continue occasionnellement de surprendre et de séduire le public. Ses récentes apparitions dans Larguées (2018) et Pupille (2018), réalisé par sa fille, montrent qu’elle n’a rien perdu de son talent. Elle incarne aujourd’hui une certaine idée du cinéma français, authentique et sans artifice. Elle reste une figure libre et indépendante, une actrice populaire et appréciée du public pour sa sincérité et son naturel parfois désarmant.

Miou-Miou, la noblesse des humbles de Dominique Choulant rend un hommage appuyé (peut-être trop ?) à une actrice-phare du cinéma français. En plus de retracer son parcours depuis son enfance modeste jusqu’à son statut de célébrité, l’ouvrage dévoile une personnalité riche et complexe, faite de simplicité et de sincérité, qui continue discrètement son bonhomme de chemin. Et qui inspire toujours autant : « Ce que j’ai aimé dans le succès, c’est la reconnaissance et l’identification : j’ai rencontré des femmes très disparates, pour lesquelles certains de mes films ont été primordiaux. »

Miou-Miou, la noblesse des humbles, Dominique Choulant
LettMotif, juin 2024, 294 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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